Billet d’humeur #2

Un ami nous a fait parvenir ce petit moment d’humeur enfermé chez lui en ces instants où nous luttons contre un ennemi qui n’est invisible que parce que nous avons une mauvaise vue. Ledit ami est sous le coup d’une restriction de ses agissements sur twitter et perdu dans son isolement, il divague. Épisode #2

1000 mots tout pile !

par @PetrovskyBL

Il ne faut jamais commencer un texte en parlant de la météo et du temps qui passe. Le génie qui a écrit ça n’a jamais vécu en confinement, et n’a jamais été banni de Twitter (ou j’ai une petite aigreur et ça risque de ressortir dans plusieurs billets). Alors en la mémoire de celui qui, caché quelque part dans l’Internet des donneurs de leçon, érige les règles qui doivent faire de nous de meilleurs écrivains, mais toujours moins bon que lui pour qu’il garde sa suprématie, je vais vous dire qu’il fait beau et que le temps semble s’étirer comme un long ruban infini de morve. J’utilise le masculin parce que ma maudite langue n’a pas de neutre, ce qui est d’une débilité sans nom et prouve bien qu’à un moment précis de notre histoire une bande de mecs s’est réunie pour établir qu’ils allaient prendre la main sur toute la population humaine, gonzesses comprises, et balancer par la fenêtre tout ce qui pourrait nuire à cette suprématie. Monde de merde. Je glisse deux trois lieux communs de telle sorte qu’on soit sur la même longueur d’onde : manger ou être mangé (maxime qui se révèle aussi être un excellent exercice de conjugaison pour les massacreurs d’orthographe et de grammaire du web – et non je ne suis pas un grammar-nazi, mais si j’écris « mangé ou être manger » ben ça ne veut pas du tout dire la même chose ; alors, écrivez comme vous voulez, mais rendez-le compréhensible bordel de nom d’un p’tit bonhomme en bois). Donc, vous voyez vous me faites digresser, manger ou être mangé. Chacun se grimpe dessus, on est ravi de donner un coup de main, mais faut que ça se voit, faut qu’on parle de nous. Même ceux dont c’est la vocation se médiatisent comme des bimbos à (trop) gros tétés sur des écrans plats comme leurs encéphalogrammes. Les bigots en tout genre, les patrons d’industries, les mécènes, les guides spirituels (dont on espère que la plupart toussent, car sans vouloir leur mort, pendant qu’ils font ça, ils nous emmerdent moins) et mon voisin qui a cru bon de mettre une affiche dans l’escalier et de la signer de manière assez explicite afin qu’on le reconnaisse bien. Il s’y est tellement bien pris qu’après avoir lu son message, sa signature m’a tellement subjugué que j’ai complètement oublié de quoi il voulait parler. Il fait beau donc, et les gens profitent de chaque instant donné pour se montrer supérieurs. Même simplement « merci » relève de l’art de passer au-dessus de celui qui nous a rendu service. On répond à ces mails de collègues qui nous apportent la donnée indispensable qu’on attendait depuis des jours par un : « merci Machin, grâce à toi je vais enfin pouvoir avancer mon truc formidable qui révolutionnera l’univers ». Analysons cette phrase. Elle commence bien « merci Machin », sobre, efficace ; les variantes boboïsanto-cadre-supérieurs « merci à toi » ou « merci pour l’équipe » sont toutes deux valables, quoi qu’elles amènent une petite envie de gerber supplémentaire. « grâce à toi », sublime, on reconnaît dans l’auteur de la missive à laquelle on répond qu’il a contribué à nous sortir d’une merde noire ; certains utilisent aussi cette formule avec beaucoup d’ironie, mais cela présuppose que les autres lecteurs et le récipiendaire aient une capacité intellectuelle légèrement au-dessus de celle de la fougère, et rien n’est moins sûr à ce stade d’anthropophagie bureaucratique. « je vais enfin pouvoir avancer », et bim ! dans ta face ; ça fait des mois qu’on poireaute espèce de dégénéré et c’est maintenant que tu daignes te sortir les doigts du rectum pour faire quelque chose de correct de ta vie, branleur. « mon truc » c’est le mien à moi, le plus beau le plus doux le plus indispensable que tu sais pas encore que tu ne pourras plus t’en passer mais je te le dis déjà c’t’une tuerie ; pas mieux comme explication. « formidable qui révolutionnera l’univers » on touche au sublime, comme disait l’autre (je ne le cite plus parce qu’il a écrit du génial mais il pensait comme un anus atrophié gorgé d’hémorroïdes), c’est l’infini mis à la portée des caniches. Voilà. Quelle autre démonstration voulez-vous ? Ne recevez-vous pas, et surtout, bande d’infâmes prétentieux du bon-cœur gratos mais avec Taxe Insipide du Tout Pour Moi Les Trous-d’Balles (TITPMLB, on y reviendra un jour, retenez le concept), n’écrivez-vous pas vous-même ce genre de messages ? Avouez ! Et même si vous n’avouez pas, je le sais, je le sens ; et je le fais aussi. Évidemment, vous ne pensez tout de même pas que je vais laisser Bidule du service marketing ou Trucmuche du cinquième étage de mon immeuble, s’accorder une gloire qui aura déjà assez de mal à couvrir mes épaules larges comme celles de mille Titans ? Faut pas déconner. Il fait beau. Cette conne de mouette ou une de ses cousines est revenue. Je ne sais même plus ce que je voulais vous dire, et pourtant je sens que c’était très important. Alors, adulez-moi comme si je vous avais raconté l’histoire du siècle, parlez-en autour de vous, que la plèbe s’en délecte également. Et si vous croisez mon salopard de voisin, vous lui direz que ce n’est pas le moment de faire des travaux de percement en plein confinement, ça peut rendre les voisins du dessous légèrement irritables, et contrairement à lui ces mêmes voisins ont fait les études scientifiques, notamment en chimie, nécessaires pour lui rendre la vie tout à fait misérable, il n’aura jamais assez de PQ pour tenir ces années d’isolement social qui se profilent à l’horizon. Quoi ? Vous croyez vraiment que ça ne va durer que quelques semaines ? Les portes se rouvriront, oui, mais vous verrez, l’isolement enroulé dans son drap trompeur de bienfaisance, de fraternité, d’amour mutuel et de vivre-ensemble, cet isolement des âmes ne se rencontrant que pour s’affronter ne fait que commencer. Bon combat à tous. La nature saura réguler le reste, faisons-lui confiance, elle est déjà en train de le faire.

2 commentaires sur “Billet d’humeur #2

  1. Salut Fish,
    J’adore tes billets d’humeur et la verve qui te caractérise.
    Je vais essayer de pas en louper.
    Je me permets juste de te signaler une coquille sur le P’tit bonhomme en bois, quelques points non suivis d’une majuscule et attention à ton usage des  » ;  » qui ne sont pas toujours justifiés.
    Oui bon fallait bien que je signale des trucs. Je ne sais pas faire autrement que de bêta lire. Maxime sors de ce corps haha (avec beaucoup moins d’intelligence et de classe que lui je le reconnais).
    Merci pour le partage en tout cas.
    C’est cool.
    A +
    Caalfein

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