Billet d’humeur #3

Un ami nous a fait parvenir ce petit moment d’humeur enfermé chez lui en ces instants où nous luttons contre un ennemi qui n’est invisible que parce que nous avons une mauvaise vue. Ledit ami est sous le coup d’une restriction de ses agissements sur twitter et perdu dans son isolement, il divague. Épisode #3

Le chant de la mouette

par @PetrovskyBL

Ça ne chante pas une mouette, ça rit puis ça hurle. Ça ne sait faire que ça. Ça dort un peu. Ça chie beaucoup, car ça mange tout autant et ça a un système digestif finalement assez court, il n’y a en effet pas besoin d’une énergie démentielle pour envoyer en l’air ce volatile dont les os sont aussi creux que les pensées d’un bigot face à une capote anglaise. Ou face à ma soeur si j’en avais une. Depuis ma maison devenue prison, depuis que l’on m’a banni, depuis que nous avons tous l’impression d’être dans un mauvais film, je pense à la mouette comme d’autres pensent au cygne majestueux qui danse sur ses pointes et meurt devant le public. Je suis la mort rieuse. Car oui, c’est peut-être plus drôle en ce moment de mourir que de rester. Tant partent qui laissent les damnés guéris, ou pas encore malades, avec leurs larmes. C’est triste de vivre, mais la mouette rit. Elle se fout légèrement de nous, elle sera là demain encore à grignoter des vers puisque nos déchets seront morts avec nous, et que ces lombrics nous prendront notre sève, notre chair. Ça ne vit pas vieux une mouette, et parfois même moins quand ça se prend une voiture lancée trop vite entre un chez-soi exigu et la tablée d’une belle-mère un dimanche de cris d’enfants. Mais il n’y a plus de voitures maintenant, et les enfants crient de peur de ne jamais grandir ; ce maudit Pan qui ne le voulait pas, lui, maintenant il en rêverait. Je n’ai toujours pas de caillou à jeter à cette mouette, je ne sais même pas si c’est celle d’hier ou une de ses soeurs, ou cousines, ou cousin, j’en sais quoi, moi, de l’arbre généalogique de ces piafs et de leurs sexes ? Je fais d’un oeil le tour de la pièce qui me calfeutre, il n’y a rien à lancer, rien qui ne me soit devenu que trop précieux aujourd’hui. Tout ce que je ne voulais plus, pour rien au monde maintenant je ne m’en séparerais. Tout m’accompagnera dans cette tombe où je gis déjà accoudé à la fenêtre. Gésir. Voilà un joli verbe que je n’aurais pas assez employé. Gésir. Comme les rois et les reines qui seuls gisent alors que nous nous décomposons, et que je regarde ma mouette qui n’a aucune attention pour moi. Je vais refermer la fenêtre et si demain je me lève, je reviendrai la voir, cette pétasse, qui sera encore là quand je serai mort à manger des papiers dans cette poubelle des quais de Seine que le vent agite bien gentiment.

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