Billet d’humeur #8

Gnagnagna on ne peut plus rien dire, gnagnagna-ouinouin… voilà l’argumentaire de ceux qui disent haut et fort que la liberté d’expression c’est bien, mais… ce « mais » est une insulte à notre capacité de penser, et à notre liberté d’être une espèce autre que purement évolutionniste qui ne veut que bouffer son voisin pour lui imposer sa loi…

Mes petites petites petites filles…

par @petrovskybl

Quand nous n’aurons plus le droit de nous exprimer qu’en levant la main à espérer, fébriles, qu’on nous interroge.

Quand il faudra, pour dire ce que l’on pense, engager dix avocats et autant de crevettes cocktails.

Quand merde, chier et putain seront des mots systématiquement soulignés en rouge dans nos traitements de textes.

Quand aimer la nudité sera devenu l’ultime tabou.

Quand rire d’avoir trop fait d’excès sera devenu la dernière des hontes, qui nous poussera à nous flageller sur la place publique avec des orties fraîches.

Quand le monde ne tournera plus rond car il sera devenu tout plat.

Quand l’évocation des noms de Cabu, Charb, Tignous, Honoré ou Wolinski n’inspirera que de la gêne aux oreilles chastes.

Quand Beaumarchais, Bukowski, Juvénal, Desproges, Boileau, La Fontaine, Rabelais et Nizan ne seront plus enseignés que comme des mauvais exemples, à une jeunesse mollassonne et endormie, sous le regard de vieux corbeaux austères de leurs maîtres.

Quand nous nous ferons tous peur les uns les autres, sans autre raison que notre propre existence et la découverte de nos différences.

Quand l’éloquence des armes taira celle des tribuns.

Quand ma fille et ses filles et leurs filles se demanderont ce que sont ces vieux journaux poussiéreux que gardait leur aïeul au grenier de cette maison de campagne que nous cherchons encore.

Quand elles les ouvriront pour y voir les gros nez des dictateurs de la pensée raillés en deux coups de crayon par d’éternels enfants.

Quand un exemplaire du mariage de Figaro arraché au dessous du pied d’une commode bancale leur fera déclamer en son nom que sans liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur, et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits.

Quand Serge retrouvera sa voix sous un saphir abandonné là et qu’elles se demanderont qui étaient ces Prévert et Cosma qui faisaient rimer les souvenirs avec les feuilles d’automne.

Quand l’une après l’autre mes traces ne seront qu’un moment d’étonnement et d’embarras pour ces petites princesses, dans quel monde vivront-elles ?

Dans quel monde les aurais-je laissées grandir ?

Devront-elles reconquérir une liberté perdue ?

Auront-elles connu le goût de notre liberté et en voudront-elles ? ou se satisferont-elles du sort offert par ceux qui penseront à leur place ?

Ce sera dans cent ans. 

Mais dans mille ? Dans dix mille ? Dans un million ? 

Qu’est-ce qui fera rire mes petites filles du bout des temps ?

Qu’est-ce qui les fera virevolter comme des papillons babillards ?

Est-ce qu’elles sauront rire, ces petites descendantes ?

Est-ce qu’elles en auront toujours le droit ?

Ou aura-t-on drapé leurs âmes vibrantes des étoffes de la soumission ?

Pour que demain chacun puisse encore se foutre de la gueule de tout et tourner en ridicule les risibles qui croient nous commander, et à qui nous confions comme des sots ce pouvoir, j’ai voulu ce futur podcast. 

Il y a Charlie, il y a Siné, il y a les Standupeurs américains, les punks russes et tant d’autres sur chaque continent, et dans le placard de notre chez-nous, il y aura moi. Résistant comme un fou à l’assombrissement du feu d’artifice que devrait être le bonheur de vivre, rendu nauséabond par quelques illuminés de tous poils.

Quand nous n’aurons plus le droit de définir nos propres limites, nous battrons-nous pour le récupérer ? Certains l’ont fait. Moi, je le dois à ma fille. 

Bienvenue dans Liberté Égalité Pains Au Lait.

(vidéos à (re)voir pour se faire du bien et se souvenir…)

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