Billet d’humeur #10

Je vous ai sondés, vous n’avez rien dit, vous y consentiez donc, mais maintenant j’ai le doigt qui pue. Alors comme vous m’avez cherché, que vous n’êtes pas les seuls et que ces trois énergumènes trustent les écrans à m’en donner une nausée qu’aucune gastro ne serait égaler, je me lâche, je lâche tout, et j’inaugure le billet d’humeur et d’actualité pour ce dixième anniversaire. Vous êtes bientôt mille à avoir lu ce blog, c’est tout à fait énorme, et je ne me lasse pas de vous balancer ces débilités. Puissent-elles vous faire sourire, rire ou vomir, sans jamais vous laisser indifférents. Venez sur les réseaux en débattre et vous y battre s’il le faut. Je suis un piètre jouteur, mais j’aime vous y voir postillonner ! Bonne lecture, amis ! N’oubliez pas d’être heureux, il n’y a que vous qui puissiez choisir pour vous-même cette destinée, le reste n’est que littérature…

Ça sent le sapin

par @petrovskybl

Des profondeurs d’une gauche qui ne sait plus quel racolage utiliser pour conquérir des voix, à une chanteuse au nom de dessert japonais scatophile, en passant par le Mick Jagger des boîtes de Petri, rien n’y fit. Vous aviez pourtant la possibilité de diriger ma haine et mon courroux (coucou!) vers ces figures Warholiennes du succès immérité, mais vous optâtes pour la morosité la plus flasque, la platitude résignée du résineux saturnien qui encombre en ce moment nos trottoirs et nos cimetières alors que toussent et toussent les humains. Car oui, en ces temps de peste bubonique revisitée où l’humanité sait que demain sera moins bien qu’aujourd’hui et qu’hier ne meurt jamais, vous eussiez pu (tout simplement, parce que vous « eussiez putes » ça fait un peu trop néerlandais des ruelles ou brésilien des sous-bois), vous eussiez pu donc, verser dans la gaudriole facile et dans le calembour à deux sesterces, mais non, bravo, je suis fier de vous comme de cette première chemise que j’ai mise sous verre et que je regarde amoureusement en espérant qu’elle ait enfin un jour le goût de madeleine que m’a promis Proust, je vous admire même.

Car comme aurait dit Aya Kakamura, dont je me refuse à orthographier le nom correctement tant qu’elle n’aura pas écrit un texte qui ne fusionne pas dadaïsme et macramé : « Hello papi, mais qué pasa? J’entends des bails atroces sur moi. » Les juristes immobiliers auront rectifié d’eux-mêmes le pluriel de bail en baux, mais passons puisque ce n’est pas sur les bancs de l’école qu’on devient utile à la société a priori, la miss des bas studios ne peut donc être tenue pour responsable de ce langage que personne ne comprend et en réinvente le sens à sa propre interprétation. Entendons-nous sur une chose, il faut beaucoup de bouses pour que du bon engrais ainsi obtenu émerge l’excellence d’un blé merveilleux qui ondule aux alizés. Alors merci Aya Qu’akamouru pour tant de déjections verbales. Vous êtes le terreau fertile sur lequel va naître toute une génération d’écervelés qui ne remplissent plus les universités, mais écument les gloires faciles à la recherche d’une marche de porche où poser leur cul un soir de pluie, et pester sur ce monde qui ne veut pas d’eux. Quelle merde cette planète qui ne reconnaît pas le talent de ceux qui ne font qu’en vouloir, sans jamais oser en avoir. Le talent populaire c’est la démagogie de l’art. Combien sont morts pour être redécouverts ? Combien sont entrés dans l’histoire des décennies après en être sortis ? À combien d’acteurs fait-on reprendre chaque ligne, chaque anicroche d’élocution, inlassablement, pour enfin leur décerner un Oscar à quelques jours de leur mort ? Pas à Yaya Connemara ! Son instinct. Sa synthèse universelle de notre quotidien est sans appel. D’ailleurs personne ne conteste ses paroles, puisque personne ne les comprend. C’est d’ailleurs, passez-moi l’astuce vulgaire, le meilleur moyen de ne jamais être contredit. Aurais-je été un poil sarcastique dans mes propos, vous ne m’en tiendrez pas rigueur, et vous reconnaîtrez aisément qu’à défaut de nous faire réfléchir, elle nous fait bien rire… ou rigoler, ne l’emmerdons pas avec un verbe du troisième groupe trop ardu à conjuguer et restons au premier, même si c’est bas de plafond.

Barre à gauche toute ! Pour Mélenchon c’est autre chose. C’est un érudit. C’est un tribun. Pas de faute d’accord en nombre chez Jean-Luc. Il sait haranguer les foules et les faire siennes, même quand c’est un hologramme qui représente devant nous sa sainte personne. La République c’est lui, avait-il affirmé face à un inspecteur de police judiciaire qui se demandait au même moment s’il avait bien fermé la fenêtre de sa cuisine en partant le matin pour cette perquisition, durant laquelle il essayait de rester de marbre face à un petit frisé à lunette qui lui postillonnait à la tronche. D’aucuns auraient rétorqué à l’homme de gauche que La République c’était Platon, mais le bon mot en cet instant n’aurait pas trouvé son public. Notre diva des maux d’une génération qu’elle croit représenter aurait pu, si elle avait été là, balancer son célèbre : « Ferme, ferme la porte, t’as la pookie dans l’side Pookie, pookie, pookie », qui tel un « va, je ne te hais point » d’une Chimène de bas étage à un Rodrigue coi et idiot, aurait scotché toute la foule, mais elle n’était pas là et est-ce que sérieusement quelqu’un d’autre que sa môman aurait compris un broc de ce qu’elle aurait voulu dire ? Question rhétorique, tout cela se serait terminé au commissariat, le poignet agrafé à un radiateur pendant qu’au loin celui qui nous avait déjà attendus des heures se faisait mettre la fièvre par une meuf terrible, bien plus bonne que la plus bonne de nos copines. Mélenchon donc, roi des orateurs, mais éternel énervé, entouré d’une clique qui ne sert pas beaucoup son image, et dont on a oublié depuis longtemps le programme, dilué dans le marasme des mots inutiles et des petites phrases assassines de ses coreligionnaires. Mélenchon qui ferait mieux de se recentrer sur son mandat plutôt que sur le suivant, et qui de ses adeptes n’a fait que des déçus ou des moutons. Quand les idées ne sont plus le moteur, mais que Narcisse déboule avec ses reflets et son goût pour la masturbation, plus un seul humain ne sait se tenir. Il faut briller ou faire s’éteindre les autres, c’est l’un ou l’autre, pas d’échappatoire, pas de troisième voie. Tuer ou être tué, mais se donner en spectacle jusqu’au ridicule. N’est-ce pas le borgne de Saint-Cloud qui disait que peu lui importait la manière dont on parlait de lui, l’important était que son nom soit su et circule ? Le résultat est là. D’un extrême à l’autre, même stratégie, même désintérêt pour les gens face à sa propre gloire. Quant à sa prostate, mystère. Le dernier à avoir essayé de l’enculer est maintenant à l’Élysée, et s’il y est arrivé, il n’a jamais rapporté aucun avis médical sur l’organe enfoui de notre haineux des harengs de Bismarck.

Maintenant que votre appétit est aiguisé, vous reprendrez bien du Raoult ? Ne faites pas vos timides, il m’en reste des caisses entières, qui si elles avaient contenu plus de masques que de verves de sa part, nous auraient permis de terminer l’année dans les bras de nos proches plutôt que la gueule dans un plat réchauffé de fond de rayonnage au parfum de Viandox. À quoi servent-ils tous ces médecins ? Un ingénieur on lui demande de construire un pont, il construit un pont (aux erreurs de Gênes près) ; un paysagiste on lui dit de tailler une haie, il embauche trois immigrés clandestins et leur vole leurs papiers pour qu’ils le fassent à sa place, mais le résultat est là, la haie est taillée ; les paysans paysannent (sic) ; les marins marinent ; le vendeur vend ; même le banquier achève son travail tel qu’il le lui a été demandé. Mais les médecins ? Guérissent-ils ? Douze ans passés à faire reluire les allées des facs, à quoi bon ? La moindre toux et hop ! on traite les symptômes mais pas la maladie. Et nous ne parlons pas ici de connaître les tréfonds d’une galaxie lointaine au sein de laquelle se cache le secret de l’existence et un petit homme vert à grandes oreilles, nous parlons de notre corps, de notre enveloppe, celle que nous habitons depuis des millénaires. Celle que nous avons eu tout le loisir d’analyser, et pour l’étude de laquelle quelques dictatures bien réparties au fil des siècles ont aboli la place de certains humains dans la société pour que des expériences dont seuls les chiens et les chimpanzés avaient eu l’honneur, puissent se dérouler paisiblement à la sortie des douches collectives ou de la communion du p’tit dernier. Eh ben que dalle ! Pas foutu de nous soigner dès qu’une nouvelle maladie approche. Et ce sont ces mêmes médecins qui vont hurler au scandale quand le technicien de leur box internet n’arrive pas à la faire fonctionner, eux qui ont été incapables jusqu’à présent de nous faire éviter toutes ces morts certaines. Alors on crève d’une toux. On agonise d’un hoquet. L’amour lui-même nous foudroie depuis des décennies sans qu’aucun laboratoire ne s’émeuve de cette incompétence si chèrement rémunérée, sur le dos des infirmiers et des ambulanciers, qui eux seuls nous guérissent, épongent nos vomis et nos fronts, nous promettent que « oui, le médecin va passer vous voir », mais il ne passe jamais et on s’éteint. Professions maudites que celles qu’on trouve dans les hôpitaux. Mais c’était sans compter sur Saint Raoult de la Providence. Dans le bled de la Bonne Mère des cathos à l’accent de rascasse, trône l’empereur des « si on m’avait écouté » et des  » j’vous l’avais bien dit ». L’homme qui dit de lui-même que son CV est impressionnant, n’en pisse pas forcément plus loin que ses congénères, et s’est fait mettre de côté par toute l’intelligentsia médicale dont les lèvres papillonnaient autour des scrotums z’ou des vagins de nos ministres en émoi. Comme un garçon il a les cheveux longs, comme un garçon il porte un blouson, un médaillon, un gros ceinturon, et au mur son diplôme préféré, celui qui dit qu’il a la plus grosse, et qu’il sait résoudre des intégrales triples en moins de cinq minutes, sans pour autant savoir quoi en faire. Dans le poste, les médias de tous bords s’arrachent ce D’Artagnan des bacs à sable si télégénique, avec sa langue acérée, ses promesses de jours meilleurs et son arrogance juvénile. Et si on lui donnait les pleins pouvoirs, au gominé, si on lui filait tout le pouvoir qu’il réclame. Qu’en ferait-il ? La même gabegie que tous ses prédécesseurs. Et un autre prendrait sa place comme oiseau de mauvais augure piailleur (sic), la boucle serait bouclée. Finalement le mouvement perpétuel en politique existe déjà. S’il pouvait se transformer en énergie, plus besoin de centrales thermiques. Et la publicité des années quatre-vingt-dix ne dirait plus d’avoir un tigre dans son moteur, mais un Mélenchon ou un Valls ; « prenez un Balkany il vous rapporte plus qu’il ne vous coûte ! » ; ça donnerait des réclames formidables.

Trois figures, trois témoins de notre temps qui prendront plus de place dans les livres d’histoire que nous, pauvres erres inutiles qui nous escrimons à faire tourner la Terre en rond, pourvu qu’on ait bien compris qu’elle n’est pas plate (barrez-vous d’ici si vous le croyez !). Trois habitués des couvertures de magasines et des coups d’éclat, qui ne verront jamais ces mots. Trois pourvoyeurs d’illusions parmi lesquels je n’ai pas su choisir malgré vos réponses au sondage. Trois de ceux qui font notre paysage et qui, grâce aux battages qu’ils provoquent, me font penser que pour notre siècle et nos bons cœurs, pour notre salut et nos envies de quiétude ou de bonheur, ça sent le sapin.

Billet d’humeur #9

Il est à toi, ce doux billet, toi qui n’as pas compris pourquoi d’un coup des gens que tu croyais inoffensifs ou pire : amis, se sont jetés sur toi. De siècles en siècles ils ont existé sans qu’on puisse identifier leur source. Certainement une canalisation d’eau usée mal soudée qui depuis l’existence des échanges verbaux dégueule à travers leurs bouches. Ce billet est aussi pour toi, Ô divin bien-pensant, nous ne sommes que des cafards que tu écrases sous tes pieds magnifiques et qui sentent la rose…

… Ô Saint Branlitos le bienpensant masqué !

par @petrovskybl

Alors que je me baladais, clopin-clopant mais sans tabac, sur la toile ces jours-ci, je me suis à nouveau laissé surprendre par l’araignée immonde qui l’avait tissée. Une connaissance, une amie, une partenaire de délires, venait d’être sauvagement attaquée par des individus au courage aussi démesurément insignifiant que le chibre de leur leader et nauséabond que la vulve de leur muse. Qu’avait fait mon amie pour être ainsi caillassée en place de grève ? Elle avait exprimé, passivement, une opinion. Elle s’était opposée à la pensée unique de ceux qui imaginent dominer les autres par leur démagogie saillante et tabassent tous les obstacles qu’ils croisent à grands coups de péremptoire et de victimisation, elle a fait cela sobrement, en refusant de ne pas suivre sur les réseaux un gus dont ils ont fait leur ennemi juré.

Schopenhauer, dans son Art d’Avoir Toujours Raison, qui semble avoir été écrit par une de mes ex, nous dit ceci : La dialectique éristique est l’art de la controverse (à vos souhaits), celle que l’on utilise pour avoir raison, c’est-à-dire per fas et nefas*. On peut en toute objectivité avoir raison, et pourtant aux yeux des spectateurs, et parfois pour soi-même, avoir tort. [*locution latine signifiant par tous les moyens possibles]. Je vais vous spoiler la fin, car de toute façon vous ne lirez pas je le sais cet excellent ouvrage, trop occupés que vous êtes à déglutir l’une de ces bouses posées en tête de gondoles ou de ces diarrhées auto-éditées par un écrivain en non-avenir mais qui vous fait un follower de plus, voici donc la fin, que le gars Arthur nomme : L’Ultime Stratagème. Soyez personnel, insultant, malpoli. Lorsque l’on se rend compte que l’adversaire nous est supérieur et nous ôte toute raison, il faut alors devenir personnel, insultant, malpoli. Et le philosophe de conclure : Le seul comportement sûr est donc celui que mentionne Aristote dans le dernier chapitre de son Topica : de ne pas débattre avec la première personne que l’on rencontre, mais seulement avec des connaissances que vous savez posséder suffisamment d’intelligence pour ne pas se déshonorer en disant des absurdités, qui appellent à la raison et pas à une autorité, qui écoutent la raison et s’y plient, et enfin qui écoutent la vérité, reconnaissent avoir tort, même de la bouche d’un adversaire, et suffisamment justes pour supporter avoir eu tort si la vérité était dans l’autre camp. De là, sur cent personnes, à peine une mérite que l’on débatte avec elle. On peut laisser le reste parler autant qu’ils veulent car desipere est juris gentium*, et il faut se souvenir de ce que disait Voltaire : « la paix vaut encore mieux que la vérité », et de ce proverbe arabe : « Sur l’arbre du silence pendent les fruits de la paix. » [locution latine signifiant extravaguer est un droit des gens].

Que pouvons-nous dire de tout cela si ce n’est que mon amie a croisé la route d’un adepte de la verve inutile et de la verge cinglante ? Par une méconnaissance totale de la pluralité du monde qui les entoure, par l’incompréhension de leur propre insignifiance ou par l’excès de lait maternel certainement trop riche en fibres, il naît épisodiquement des êtres qui se croient dotés d’un pouvoir presque divin, en tout cas qui leur semble indiscutable, celui d’avoir toujours raison et de posséder le droit de vie et de mort sur ceux qui s’opposent à leur superbe, soit par principe, soit en s’exprimant simplement dans une direction différente. Ces êtres ont la particularité de devenir violents et de chercher l’annihilation de l’autre systématiquement. Ce sont souvent des personnages sans vie propre, sans recul ni capacité de raisonnement. Un peu comme des religieux ou des astrologues, leur conviction de maîtriser les arcanes d’un univers qu’ils ne font que fantasmer les enferme dans le tourbillon d’une réalité dont ils sont incapables de s’extraire, même avec de l’aide, aide qui les dégoûte d’ailleurs plus qu’elle ne les convainc, et les persuade une fois de plus de rester dans leur obscurantisme de pensée unique. Et v’la t’y pas qu’en plus ils se mettent à gueuler sur tout ce qui bouge, et, c’est encore plus drôle, sur ce qui ne bouge pas non plus. Ils arpentent les allées de la société munis d’un emporte pièce, et à tous ceux qui n’en respectent pas précisément les contours ils assurent une destinée funeste accompagné d’un coup de pied au cul. Ils nous brisent les oreilles à se vouloir des révolutionnaires, des chevaliers blancs incorruptibles et récipiendaires de la toute puissance de la révélation ultime sur ce qui doit être ou ce qui ne le doit pas. En gros, ils nous emmerdent.

Mais alors quoi ? On ne peut plus rien dire, et même ici, dans l’antre de l’expression libre et libertaire, l’auteur de ces mots voudrait censurer les harceleurs de l’esprit dont la diatribe est une forme de parole qui ne saurait être contrainte ? Mais non Léon, répondrais-je à cela. Loin de moi l’idée de tailler dans leurs propos, mais s’il est possible qu’une poignée de sans-couilles (sans ovaires et sans gonades non binaires, eu égard à Ste Thérèse de l’Inclusion) s’en prenne lapidairement à qui que ce soit, il est de mon devoir à mon tour de de leur en foutre une couche, qu’ils tiennent fortement par ailleurs. Et de leur dire que si la connerie se mesurait par un toucher rectal, ils n’auraient plus jamais de problème de constipation.

Car oui, je veux que les cons s’expriment, qu’il viennent sur la grand place, au milieu de la plèbe que nous sommes et déclament leurs vers, leur prose, leur… ah ben non, leur rien d’autre puisque tout ce qui n’est pas prose est vers et tout ce qui n’est point vers est prose ©. Qu’ils postillonnent sous le soleil, sous les étoiles, sous une pluie battante qui leur fera attraper froid et tousser à s’en enfoncer des cotons-tiges dans le tarin pour savoir quel pourcentage d’ADN de pangolin leurs cellules contiennent ; ah ! chienne d’époque ! Qu’ils y viennent comme dirait le pilier de comptoir prêt à en découdre ; qu’on se mette sur la poire une bonne fois, puis une deuxième et une troisième s’il le faut. On finira bien par se réconcilier un jour au cimetière, en regardant par une fissure de nos pierres tombales un monde dont on n’aura pas assez profité, occupés que nous étions à nous cracher dans les yeux. On sera devenus copains alors. Et dans la petite tombe à côté de nous on entendra pleurer. Un petit pleur aigu et étouffé. Celui d’un doux enfant parti trop tôt sous les coups de ceux dont ici je veux qu’on tue à jamais l’impudence : les fourbes. Car si le con au grand air ne représente comme danger pour l’humanité que celui d’être suivi par des plus cons que lui (Ô Boileau, si tu savais…), le con caché, le fourbe, le traitre, l’assassin de coursives, le comploteur des palais, celui qui se masque, se drape, se cache et aux autres fait la révérence pendant qu’il croc-en-jambe (sic) son prochain et le laisse s’étouffer dans la merde qu’il aura déféqué sur le pavé juste sous son nez. Cet animal immonde, somme de toutes les vomissures et de toutes les déjections de nos pensées les plus abjectes. Ce néant de conscience, ce zéro de l’évolution qui vaut bien moins que les pierres des rues qu’il foule. Celui-ci doit se taire, ou pour reprendre mon crédo, acquérir le courage de venir sur le devant de la scène. Car s’il ne chuchote plus et qu’on le pousse à hurler sa gouaille, alors il en sera tout autre chose, et vous verrez le héros des placards, comme un ballon de baudruche qu’on pique avec une aiguille, d’un coup se dérober et s’enfuir désordonné, loin, aussi loin qu’il pourra.

Ne pleure pas, jamais, toi qui reçois de ces fourbes les mots tachés. Ils ne sont rien et n’existent pour personne d’autre qu’eux-mêmes. Toi par contre tu es notre amie. L’amie des cons, l’amie des bons, des fées, des rats et des scélérats, qui s’accordent tous sur la nécessité d’une parole libre et forte, mais qui jamais ne confondent cette liberté avec celle de tuer dans l’anonymat d’une alcôve isolée ceux qui n’ont pas envie de se défendre.

Billet d’humeur #8

Gnagnagna on ne peut plus rien dire, gnagnagna-ouinouin… voilà l’argumentaire de ceux qui disent haut et fort que la liberté d’expression c’est bien, mais… ce « mais » est une insulte à notre capacité de penser, et à notre liberté d’être une espèce autre que purement évolutionniste qui ne veut que bouffer son voisin pour lui imposer sa loi…

Mes petites petites petites filles…

par @petrovskybl

Quand nous n’aurons plus le droit de nous exprimer qu’en levant la main à espérer, fébriles, qu’on nous interroge.

Quand il faudra, pour dire ce que l’on pense, engager dix avocats et autant de crevettes cocktails.

Quand merde, chier et putain seront des mots systématiquement soulignés en rouge dans nos traitements de textes.

Quand aimer la nudité sera devenu l’ultime tabou.

Quand rire d’avoir trop fait d’excès sera devenu la dernière des hontes, qui nous poussera à nous flageller sur la place publique avec des orties fraîches.

Quand le monde ne tournera plus rond car il sera devenu tout plat.

Quand l’évocation des noms de Cabu, Charb, Tignous, Honoré ou Wolinski n’inspirera que de la gêne aux oreilles chastes.

Quand Beaumarchais, Bukowski, Juvénal, Desproges, Boileau, La Fontaine, Rabelais et Nizan ne seront plus enseignés que comme des mauvais exemples, à une jeunesse mollassonne et endormie, sous le regard de vieux corbeaux austères de leurs maîtres.

Quand nous nous ferons tous peur les uns les autres, sans autre raison que notre propre existence et la découverte de nos différences.

Quand l’éloquence des armes taira celle des tribuns.

Quand ma fille et ses filles et leurs filles se demanderont ce que sont ces vieux journaux poussiéreux que gardait leur aïeul au grenier de cette maison de campagne que nous cherchons encore.

Quand elles les ouvriront pour y voir les gros nez des dictateurs de la pensée raillés en deux coups de crayon par d’éternels enfants.

Quand un exemplaire du mariage de Figaro arraché au dessous du pied d’une commode bancale leur fera déclamer en son nom que sans liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur, et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits.

Quand Serge retrouvera sa voix sous un saphir abandonné là et qu’elles se demanderont qui étaient ces Prévert et Cosma qui faisaient rimer les souvenirs avec les feuilles d’automne.

Quand l’une après l’autre mes traces ne seront qu’un moment d’étonnement et d’embarras pour ces petites princesses, dans quel monde vivront-elles ?

Dans quel monde les aurais-je laissées grandir ?

Devront-elles reconquérir une liberté perdue ?

Auront-elles connu le goût de notre liberté et en voudront-elles ? ou se satisferont-elles du sort offert par ceux qui penseront à leur place ?

Ce sera dans cent ans. 

Mais dans mille ? Dans dix mille ? Dans un million ? 

Qu’est-ce qui fera rire mes petites filles du bout des temps ?

Qu’est-ce qui les fera virevolter comme des papillons babillards ?

Est-ce qu’elles sauront rire, ces petites descendantes ?

Est-ce qu’elles en auront toujours le droit ?

Ou aura-t-on drapé leurs âmes vibrantes des étoffes de la soumission ?

Pour que demain chacun puisse encore se foutre de la gueule de tout et tourner en ridicule les risibles qui croient nous commander, et à qui nous confions comme des sots ce pouvoir, j’ai voulu ce futur podcast. 

Il y a Charlie, il y a Siné, il y a les Standupeurs américains, les punks russes et tant d’autres sur chaque continent, et dans le placard de notre chez-nous, il y aura moi. Résistant comme un fou à l’assombrissement du feu d’artifice que devrait être le bonheur de vivre, rendu nauséabond par quelques illuminés de tous poils.

Quand nous n’aurons plus le droit de définir nos propres limites, nous battrons-nous pour le récupérer ? Certains l’ont fait. Moi, je le dois à ma fille. 

Bienvenue dans Liberté Égalité Pains Au Lait.

(vidéos à (re)voir pour se faire du bien et se souvenir…)

Billet d’humeur #7

De retour alors que je m’étais promis que NON, mais l’actualité m’a fait perdre la tête…

Ma petite puce

par @petrovskybl

Mercredi.

Pas loin de la mi-octobre, mais déjà presque novembre. Année du pangolin.

J’attrape avec plaisir mon Charlie, glissé sous la porte de notre appartement boboïsant par une gardienne d’immeuble qui doit se demander ce qu’est cette revue à l’emballage opaque que je reçois chaque semaine. « Certainement de la pornographie, rumine-t-elle à coup sûr dans son duvet vieillissant, de toute façon il a une tête de pervers ce locataire et tous les samedis il jette des dizaines de bouteilles dans la poubelle à verre. C’est louche ». Non, chère voisine du rez-de-chaussée, ce n’est pas louche, j’ai juste des amis qui aiment les bonnes choses et la gueule de bois. Et alors que ma commère accusatrice doit être en quête d’une rumeur sur la voisine du premier qu’on entend de plus en plus gémir avec les jours qui raccourcissent, j’ouvre mon Charlie et je me régale.

Immédiatement je dévore Les Couvertures Auxquelles Vous Avez Echappé, elles sont acerbes à souhait et tellement justes qu’avec ma douce, à qui je fais la lecture et une description de chaque dessin cependant qu’elle nourrit notre progéniture à la manière d’une productrice de foie gras d’un Sud-Ouest aux effluves merveilleux de magret et de vin trop sucré, on se marre, on rit jaune parfois, mais de bon cœur, on se pince les lèvres même alors que s’étalent les calembours d’actualité sur les têtes coupées, et on se dit qu’on est heureux de s’être abonnés. Je regarde ma fille qui décidément ne ressemble ni à une oie ni à un canard du Périgord, et pourtant, quelle goulue !

Je m’ébroue ensuite quelques instants seul à la lecture des Crétins, florilège d’abrutis qui déversent leur désamour de Charlie et leur conviction que la liberté d’expression c’est bien, mais qu’il faut y mettre des limites. S’y perdent d’ailleurs quelques fous de dieux et autres astrologues qui me confortent dans ma peur des rues sombres et des esprits étroits. Je dévoile à ma tendre les fautes de syntaxe juteuses et la haine qui s’étale là comme du foutre précoce : trop secoué, frustrant, et souvent mal dirigé.

Des idiots de la page de gauche je glisse vers les Soutiens de la page de droite. Que des profs ou conjoints de, qui s’en perdre la tête, eux, dévoilent leurs angoisses, leurs témoignages et leur fatalisme. Le monde a dérivé vers quelque chose qu’ils ne maîtrisent plus et ceux qui gueulent plus fort que les autres ont entraîné dans leur discours baveux torrentiel les apprentis humains au cerveau encore trop malléable. Au milieu des mots, une phrase me tire, comme l’évocation de janvier 2015, une larme qui m’enserre la gorge alors que j’essaye de lire à haute voix : « Ce qui est sûr, c’est que désormais, je n’hésiterai plus jamais devant les thèmes qui dérangent des intégristes car je préfère prendre le risque de mourir pour un monde meilleur que de vivre dans un monde obscur. » Silence. Anne-Gaëlle D. qui écrit ces mots n’est pas lieutenant de vaisseau au large du Yémen ou ingénieure sans frontière au milieu du Sahel. Non. Anne-Gaëlle D. est professeur des écoles, institutrice quoi. Certainement avec ses craies, son tableau noir, ou tout autre ustensile apporté par la modernité, et vissée au corps sa conviction de façonner des petits êtres pour en faire des adultes responsables, ouverts, tolérants, réfléchis et heureux. Pour sa conviction qui l’aura amenée d’un IUFM disparu en 2013 à un parterre de bambins criards, Anne-Gaëlle D. est prête à mourir. Et vous ? Et moi, qui ne suis déjà que rarement prompt à sauter un repas ?

Madame Anne-Gaëlle D., aujourd’hui alors que ma fille s’endort et que je rêve éveillé qu’elle ait un jour une femme comme vous pour lui enseigner le monde, vous m’avez fait ressentir tout le poids de mon inutilité. Moi aussi j’ai fait de longues études, dans de belles écoles, et j’ai réussi à ne plus avoir de crainte du lendemain, financièrement. Par contre, le peu d’âme qu’il me reste est totalement effrayé par l’obscurantisme et la perte de contrôle sur nos libertés. Je n’ai jamais cru en aucun dieu, et les religieux, comme les diseuses de bonne aventure me font vomir en cela qu’ils manipulent les gens pour leur propre bénéfice et qu’ils leur volent leur liberté. Mais je ne me bats pas. J’ai pleuré en janvier 2015, après avoir frissonné au procès de 2007. Mais je ne suis pas prêt à mourir. Et vous l’êtes. Je voudrais avoir votre courage, je voudrais que nous l’ayons tous. Peut-être demain, qui sait ? je me réveillerai, et ma flamme ne sera plus seulement qu’une intention minable, mais sera devenue un brasier. Je l’espère.

Merci Anne-Gaëlle D. Merci Charlie. Ma petite puce est si jolie et sa vie mérite certainement que le feu, enfin, me dévore.

Billet d’humeur #6

Nous sommes libres. Mais ces quelques semaines de repos forcé. D’enfermement presque volontaire n’ont pas laissé intacte nos santés mentales. Alors les billets d’humeurs et les souvenirs doivent continuer de pleuvoir. Épisode #6

The Lost World

par @PetrovskyBL

Quand Michael Crichton publia en 1995 ses histoires abracadabrantesques sur de grosses bestioles qui reprenaient vie par la volonté seule de quelques hommes mégalomanes, il n’imaginait certainement pas à quel point il écrivait en réalité sur tous les nostalgiques.
Et j’en suis.
J’en suis de ceux qui pensent aux évènements passés en permanence, et s’y accrochent comme des moules à un rocher la veille de la braderie de Lille. J’ai bientôt quarante ans. Un âge que je ne me voyais jamais atteindre. Un âge où normalement on grisonne, et on amène ses gosses devant l’école, dans une bagnole qui ne fait rêver aucune des filles qui s’étalent sur les vitrines des kiosques à journaux, mais peut-être une ou deux mères, c’est toujours ça. J’ai bientôt quarante ans et moi qui fête tous les ans mon anniversaire à m’en faire péter les veines, cette année, à cause d’un virus, je le célèbrerai de chez moi. Et c’est peut-être mieux ? J’en ai marre de boire. J’en ai marre de ne plus me souvenir de ce que je fais. Et puis je vais être père. Bordel. Enfin, si ce machin qui va frôler les quatre kilos aux dires d’un médecin vu hier et qui s’enorgueillissait de badigeonner le ventre bedonnant de ma douce, arrive à s’en extraire ? D’après dame nature oui. Mais quand on est au pied du mur, qui est l’endroit où l’on voit le mieux le mur et non nécessairement le maçon, je le rappelle, on se demande quand même si l’option d’être ovipare n’aurait pas été meilleure ou moins douloureuse. Même si, perdant continuellement tout ce que je cherche en vain, mes clefs principalement, il n’aurait mieux pas valu me confier l’œuf sans une sérieuse balise GPS.

Enfin. J’attends donc, confiné et sobre, ce changement de vie qui en a frappé d’autres avant moi et j’écoute mes souvenirs me causer. Il y a vingt ans. Vingt-deux ans si on tient à être aussi précis que la mode des arrondis ne nous y autorise pas, je passais mon bac, et comme il était de bon ton, j’entamais une première année de classe préparatoire aux grandes écoles d’ingénieurs, qui n’ont de grandes finalement que le fronton sur lequel elles inscrivent leur nom, et leur orgueil. Leur peur aussi de ne plus être grandes un jour et de devoir se mêler à celles qu’elles n’auront jamais que regardées de haut. Une première année de prépa qui découlera sur une seconde, puis trois années d’ingénieur et un DEA (je vous laisse aller sur les moteurs de recherche pour trouver la signification de ce témoignage du passé), dans des établissements qui feraient rêver, mais ne m’ont rien appris. Tout ce que je sais de mon métier aujourd’hui et dont je me sers quotidiennement, je l’ai appris par l’expérience, et la prépa. Oui. Car c’est la prépa qui a certainement été le moment de mes études que j’ai préféré. Apprendre pour apprendre. Sans but. Si ce n’est celui des concours. Mais ils ne m’ont jamais fait peur comme à certains de mes comparses. Du moins jamais autant. Pour autant il fallait bûcher dur pour tout intégrer. Les journées étaient intenses, comme les soirées et les nuits courtes, embrouillées par cet amoncellement de connaissances que le sommeil était censé trier. C’est à ces moments-là. Entre travail et limbes, à la recherche de musique ou de quoi que ce soit d’autre qui pourrait m’apaiser, qu’une nuit je suis tombé sur cette émission de radio qui a marqué ma vie, et ressort aujourd’hui dans mon cœur.

Elle s’appelait LMDMF, « Le Monde De Monsieur Fred », à prononcer LMDMeufs. Notez toute la sensibilité du jeu de mots. Une bande de potes, alunis par hasard sur OUÏ FM, qui n’était alors qu’une radio locale sur Paris, et qui nous jouait de 23 h à minuit des pièces de théâtre radiophoniques qui auraient fait pâlir par leur absurdité le plus fervent adepte de La Huchette, le tout prenant scène dans une onirique forêt magique. Il y avait le gosse Niluje, le Docteur Helmut Perchu, Monsieur Meuble, Léon Tom Cruise, Marguerite, Latex… et plusieurs autres, tous autour de Monsieur Fred, planté par Fred Martin, fils d’un père et d’une mère, tous deux prédisposés à engendrer un gamin babillard, et dont il avait certainement hérité son goût pour les bons calembours et le borderline qu’il érigea tout le long des cinq années de l’émission en talent. Tout pouvait être dit lors de ces mini moments de vie imaginaire. Les histoires étaient toutes plus folles que les autres, elles ont façonné mes rêves d’alors. Chaque opus se terminait par un poème du Docteur qui en profitait pour nous expliquer à sa manière l’énigme, philosophique ou non, du jour, et presque à chaque fois en vers. Il introduisait son monologue par un très cérémonieux « j’ai explication ! » dans un fort accent germanique. Aujourd’hui encore, quand quelqu’un me demande si je connais la raison de telle ou telle chose, je réponds par réflexe presque myotatique cette même phrase de l’ami teuton. Marguerite, la chaussette qui parle, était la voix de la sagesse sortait Monsieur Fred des pires démons, Niluje un pré-pré-prépubère très en avance sur son âge était toujours jeté en pâture pour les pires missions ou bien se lançait à ingurgiter tout et n’importe quoi, ponctuant ses phrases de son rire strident d’humain en pleine mue, et Latex, aussi réalisateur de l’émission, qui balançait en permanence les mêmes phrases préenregistrées, mais grâce auxquelles on comprenait toujours ce qu’il voulait dire, et qui finalement était bien plus expressives que n’importe quelle logorrhée d’érudit.

Quand les aventures étaient terminées, on pouvait entendre un Follow the Yellow brick road, tiré du magicien d’Oz, qui signifiait qu’on allait bientôt s’endormir, puis un au revoir et sur certains épisodes un magique « fais de beaux rêves bébé schtroumpf » suivi de la chanson Nothing Compares 2 U interprétée par Sinead O’Connor.

Pour tous ceux qui ont été touchés par cette émission de radio, il y a eu un avant et un après. Nous nous reconnaissons sur les réseaux et dans la rue à coup de références lancées à la cantonade qui restent souvent incomprises du plus grand nombre. Mais quand enfin nous croisons un acolyte, alors le bonheur est immense. Comme celui de l’expatrié qui retrouve au détour d’un dîner un compatriote pour évoquer le pays de sa naissance, pleurer sur les souvenirs, et sourire tendrement au temps qui passe et qui ne nous les rendra pas. Il n’y a pas d’ennemis au sein des gens qui aiment les belles choses. Ces belles choses qui sont des petits riens. Une mélodie. Trois traits de pinceaux. Des textes ciselés et dits avec le cœur. Il n’y a de chamaillerie que sur ce qu’il faut expliquer. Sur ce qui ne touche pas universellement les âmes.

Je vais bientôt, ou bien tard si on s’en réfère aux doctrines qui m’entourent, être père, et j’espère que je pourrai m’asseoir dans quelques années avec ma fille pour écouter des épisodes du Monde de Monsieur Fred. Elle ne comprendra pas tout. Elle me traitera de vieux con et voudra partir s’amuser avec ses potes à je ne sais quel jeu ou je ne sais quelle activité qui sera à la mode à ce moment-là. Je la laisserai partir bien sûr, heureux de me dire que j’aurais peut-être alors modelé en elle un premier souvenir, un de ces souvenirs qui en resurgira que des décennies plus tard et affichera un sourire en coin sur son visage, accompagné d’un petit haussement d’épaules et de notre image à tous les deux lors de ce premier instant qui s’imprimera sur la rétine de sa mémoire. Je serai certainement mort, vieux, amnésique, perdu dans le brouillard d’une fin de vie à ce moment-là. C’est certain même. Elle se retournera vers son amant, son amante, son gosse, son perroquet gris, n’importe quoi, et lui dira comment son père l’avait assise une fois pour lui faire découvrir ses souvenirs. Elle s’assiéra alors et partagera avec cet être plus chanceux qu’il n’aurait jamais imaginé l’être, sa madeleine. Pas la nôtre. La sienne. Celle qui comme moi l’aura prise aux tripes, au hasard, en lui offrant les clefs de la compréhension de l’utilité de l’existence, celle de rêver de la beauté éternelle et de pouvoir, une seconde, la toucher puis la laisser s’évaporer et nous pénétrer à tout jamais.

Billet d’humeur #5

Un ami nous a fait parvenir ce petit moment d’humeur enfermé chez lui en ces instants où nous luttons contre un ennemi qui n’est invisible que parce que nous avons une mauvaise vue. Ledit ami n’est plus sous le coup d’une restriction de ses agissements sur twitter et, mais reste en isolement, alors il divague. Épisode #5

Une liberté

par @PetrovskyBL

J’écoute comme vous les appels à une nouvelle liberté alors que j’écris ces mots et qu’un barbu mi-gris, mi-crème m’explique à grand renfort de médamzéméssieus qu’il va falloir être libre, mais à condition de ne pas totalement l’être. Nous découvrons tous ensemble que la liberté peut être redéfinie à volonté. Et quoi de plus normal me direz-vous, que de donner une signification aux choses pour mieux les cerner ? Il n’en reste pas moins que de cette liberté nous avons tous une interprétation, personnelle qui vient d’être mise au pas pour, nous dit-on, le plus grand bien de l’humanité et la survie de l’espèce vivante qui inventa le dictionnaire. Enfin, dont l’un des représentants l’inventa, si on peut dire que c’est une invention et non simplement la chronique des savoirs supposés à un instant donné.

Qu’est-ce qui fait que le bleu est bleu et qu’un livre est un livre ? Rien d’autre que la volonté, vertueuse ou pas, de nous le faire croire, par ceux qui détiennent le pouvoir de le déterminer. Pas de théorie du complot derrière mes propos. Je déteste ça. Elles n’ont pour but que de remplir YouTube et de nous faire croire que tout le monde ment. Ce qu’on sait pertinemment vrai, si vous saisissez le paradoxe d’une telle affirmation. Donc qu’adviendrait-il si je décidais seul de redéfinir ma réalité ? Que se passerait-il si tout le monde faisait de même ? Mon bleu serait votre rouge qui serait le vert d’un autre. Ce serait un élan de liberté de penser incroyablement décomplexé, mais totalement désordonné, et finalement affreusement stérile. Je commanderais dans cet imaginaire une voiture et on me livrerait des beignets de fleurs de courgettes que je payerais en petit pois alors que mon vendeur en attendrait des nèfles. Ce serait une anarchie d’incompréhension. On peut aisément conceptualiser dans cette situation que certains, plus faibles ou plus en recherche de reconnaissance, se rapprocheraient de plus forts qu’eux pour s’en faire aimer ou être protégés ainsi des autres, ou plus fourbes, pour y chercher le sponsor à leurs propres mauvais comportements. Ainsi donc se formeraient des clans dans lesquels un langage commun devrait nécessairement apparaître pour assurer la bonne relation vassal-suzerain entre les membres. Il est tout aussi plausible que ce soient les plus forts qui rassemblent autour d’eux des ouailles, mais le résultat est le même, un fort au milieu de plus faibles dévoués. De l’autre côté des possibles, on peut conjecturer que des rapprochements plus égalitaires se feraient. Mais même en les voulant les plus utopiques et collaboratifs qui soient, il viendra un moment où ces nouvelles entités devront s’organiser pour optimiser leurs relations internes, voire se structurer face aux communautés plus centrées sur un membre dirigeant, comme les premières décrites plus haut, qui les menaceraient d’invasion ou de toute autre absurdité qu’on peut vouloir faire pour asservir son prochain. Il faudra donc que nos groupuscules créés pacifiquement dans un idéal de symbiose choisissent de tendre leurs différences vers une concorde. Ainsi certains ne seront plus libres de dire que leur rouge est le bleu de leur voisin. Tous auront le même vert, le même arbre, les mêmes pieds.

Voici donc une bien longue digression qui nous amène à ce jour. Ce jour de presque déconfinement où l’on comprend que nous avions tous une définition de la liberté, mais qu’il nous en est aujourd’hui imposé une. Nous pensions tous être libres, mais cet après-midi il a fallu qu’on nous explique comment nous le serions dorénavant. Et on comprend depuis notre petite fenêtre de pays de la révolution, de civilisation occidentale qui est persuadée de tout pouvoir enseigner aux autres, on comprend que jamais nous n’avons été, à aucun moment, libres. Nous n’avons fait que suivre des règles. Si ces règles se rapprochaient de ce qui nous satisfaisait, alors nous nous sentions affranchis, mais nous n’étions que des gamins débiles à qui on avait tendu un hochet. Et qui nous le tendait ? Pas une société secrète dominant le monde. Vous imaginez bien que l’existence même d’une telle confrérie serait trop belle, car elle expliquerait toute notre servilité sans nous en rendre responsables. Non. Celui, celle, qui nous tendait le hochet, c’était nous-mêmes. Nous-mêmes à travers ceux que nous avions décidé de suivre ? Nous-mêmes à travers nos voisins pour lesquels il ne faut pas trop faire de bruit en marchant sur le parquet ; à travers nos familles, nos amis, nos amours, pour qui on collectionne les concessions. Nous-mêmes à travers nos désirs et surtout à travers nos peurs par lesquelles nous confions à d’autres nos destins.

Il n’existe aucune liberté. Ni celle de naître ou de mourir, ni cette de dire ou d’écouter, d’apprécier, ni même celle de comprendre qu’on n’est pas libre. Tout est imposé. De l’explosion initiale qui donna son élan à l’univers, jusqu’à sa fin qu’aucune de nos sciences ne sait prédire. Entre les deux ? Des instantanés de rien, et nous. Ce « nous » conscient qui ne semble être que le passager d’un corps dont nous ne maîtrisons que très peu d’aspects. Cette conscience emprisonnée dans ce corps. Ces volontés qui ne se réalisent jamais. Entre la naissance et la mort de l’univers il n’y a qu’une presque-infinité de réactions qui s’enchaînent et que nous rêvons aléatoires ou sur lesquelles nous pensons avoir une influence. Nous n’en avons aucune. Et c’est quand on s’en rend compte enfin, que la liberté de croire à notre déterminisme désespérant finit par se faire jour.

Aujourd’hui nous hurlons après un discours dont le seul vrai but était de combler un temps mort entre deux réactions prévues depuis la nuit des temps, déjà programmé et que rien ne pouvait empêcher. Nous hurlons que notre liberté s’en va. Mais quelle liberté ? Donnez-en votre définition. Puis demandez à votre voisin la sienne et mesurez l’immense distance qui vous sépare et l’impossible coexistence de vos deux pensées.

Aujourd’hui nous nous sommes nous-mêmes infligé une définition de la liberté, qui en vaut bien d’autres. Elle ne convient à personne, mais elle nous est commune, comme elle l’a rarement été. Est-ce bien ? Est-ce mieux ? Je n’en sais rien. Je ne fais que la décrire et vais devoir, comme vous, m’y accoutumer… ou pas, qui sait si tout ceci n’est pas enfin l’étincelle du réveil collectif d’une espèce qui se dégoûte elle-même au point de s’entretuer sans relâche ? J’en fais ma part d’espoir et de rêve secret.

Billet d’humeur #4

Un ami nous a fait parvenir ce petit moment d’humeur enfermé chez lui en ces instants où nous luttons contre un ennemi qui n’est invisible que parce que nous avons une mauvaise vue. Ledit ami est sous le coup d’une restriction de ses agissements sur twitter et perdu dans son isolement, il divague. Épisode #4

Point-virgule

par @PetrovskyBL

On m’a fait remarquer, à juste titre ou pas mais la personne qui a osé a toutes les raisons de ne pas avoir tort, que j’utilisais trop, et trop mal, les points-virgules. Ce billet sera donc (je préviens !), en plus de ce qu’il devait être à la base, une anarchie, une rébellion, contre le parfait usage de la ponctuation ; et il y aura quatre points-virgules, dont celui que vous venez de passer, ni plus, ni moins, pour lutter contre leur extinction programmée par des réformistes sanguinaires à l’apnée médiocre. Que voulez-vous ? C’est mon côté sauvegarde-des-espèces-en-voie-de-disparition. J’ai d’ailleurs chez moi une femelle dodo vivante de toute beauté, prénommée Micheline, que beaucoup d’insulaires et d’ornithologues m’envieraient. Ce signe, le point-virgule — suivez un peu bon sang — peut servir à tout un tas de choses puisque son origine et ses premiers emplois sont flous, mais il est communément admis qu’il permet principalement de séparer les parties d’une phrase qui n’ont pas de lien entre elles, ou de faire une pause dans une phrase trop longue, notamment quand ladite phrase est déjà remplie de virgules qui auraient perdu le lecteur dans les méandres de la pensée d’un auteur tenté de croire, sans qu’on en ait de certitude, qu’un point trop rapidement posé est l’ennemi du bien, et que la langueur monotone des circonvolutions d’une interminable mélopée godillant de ponctuation en ponctuation résonne à l’oreille des liseurs comme le son feutré et grisant d’un string qu’on claque sur un fessier dont le sexe (ou le règne) ne regarde que les mœurs de celui ou celle qui le convoite. Le point-virgule sauve donc des vies en autorisant une légère respiration au lecteur qui sans cela tournerait au violet, ou au bleu, ou au vert pour ceux de nos congénères souffrant de tritanopie, sous l’absence d’oxygène et mourrait mollement dans un râle baveux dégoûtant. C’est que respirer est un réflexe qui a permis à notre espèce, et à toutes celles dites aérobie – rien à voir avec la gymnastique matinale – de survivre, de procréer sereinement sans s’étouffer et d’envahir la surface du globe tranquillement jusqu’à ce jour de retour de bâton où un pangolin a asphyxié l’humanité et nous oblige à côtoyer de près des proches devenus trop proches. Je n’ai pas ce problème car je suis très heureux de passer plus de temps avec ma douce, même si cette période est synonyme d’un surcroît d’activité pour nous-deux, et qu’elle m’éloigne tristement de cette machine automatique à café aux chromes tapageurs qui était devenue ma maîtresse de pauses ; enfermé je bois maintenant de l’eau chaude avec tout un tas de plantes dedans, ma compagne d’infortune, et de vie, appelle cela du thé et prétend que c’est très bon pour ce que j’ai (même si j’ignore ce que je suis censé avoir) mais je vois bien que c’est pour nommer l’innommable, ou pour m’amadouer, et elle y arrive en plus, c’est parce que je suis une bonne pâte et que je me laisse faire ; par contre qu’est-ce que ça fait pisser ! Mais penchons-nous, sans tout de même laisser notre fondement et ses orifices accessibles aux plus affamés des confinés, je vous rappelle qu’il faut garder ses distances, et que cela vaut pour toutes les parties du corps ; penchons-nous donc sur cette humanité recluse à la manière d’un vieil ermite malodorant au sommet d’une montagne qui n’attire que les pandas belliqueux et les producteurs de dessins animés. Puisqu’on parle de respirer au milieu d’une tirade trop longue — le point-virgule toujours — interrogeons-nous. Cette pause horrible demandée par la nature à notre espèce humanoïde, absolument pas enviée par aucune autre, humanoïde ou pas, de l’univers qui serait capable de nous contacter, car aucune ne l’a fait, ce qui prouve (monsieur le juge !) qu’on doit être sacrément peu désirables, ou que leur système postal est aussi détestable que nos livreurs de colis qui prétendent qu’on n’est jamais chez nous, même quand c’est le docteur qui nous y oblige. Personnellement je vais faire montre d’honnêteté et attribuer cette attitude énervante des services de messagerie aux dysfonctionnements chroniques de notre interphone, que notre propriétaire, qui a la chance de posséder tout l’immeuble et de vivre au dernier étage de celui-ci, ne trouve pas assez rentable de réparer, nous offrant ainsi de nous muscler les cuisses, ou d’user un peu plus notre ascenseur vieillissant, pour descendre ouvrir aux rares visiteurs qui ne se seraient pas enfuis au beau milieu de cette attente effroyable. Cette pause, revenons-y enfin (et relisez tout ce qui précède si vous êtes perdus, en prenant des notes cette fois, merci), que notre humanité donne à la planète, a de plus en plus bonne presse auprès de ceux qui pensent que nous nous en relèverons plus forts, plus que jamais citoyens de notre agora bienveillante qui sera née de cette période de distanciation forcée. Avons-nous tenu nos promesses après les attentats dits « de Charlie Hebdo » ? Non. Depuis le premier que fut le procès intenté contre eux en 2007 et contre la liberté d’expression (car oui c’était un attentat, je n’ai pas honte de l’affirmer), à celui qui vit disparaître ceux qui m’avaient (nous avaient) tant apporté et qui ouvraient leurs gueules quand nous n’étions que trop pleutres pour seulement tiquer. Après ces attaques, nous devions renaître plus soudés, on se l’était juré, il n’en a rien été. Ceux qui disent #JeSuisCharlie sont les premiers à hurler quand la liberté de blâmer les atteint, et ce, même quand ils bossent dans un canard qui se revendique de Beaumarchais et de son plus grand héros. Après le Bataclan : rebelote, nous étions #TousEnTerrasse, mon foie a pris un sacré coup mais aujourd’hui après qu’on se soit encore une fois promis que plus jamais on ne serait désunis, il n’en reste plus rien, c’est oublié. Alors des #RestezChezVous aux applaudissements de façades qui n’acclament qu’une infime proportion (même si elle le mérite mille fois) de ceux qui se battent, en délaissant tous ces métiers de l’ombre qui continuent de faire tourner le monde, aux hashtags les plus inventifs pour attirer les badauds, et j’en fais tristement partie, badaud côté pile, charmeur de serpents côté face, il n’y aura aucun héritage. C’est en homme pessimiste, heureux cependant d’être enfermé avec mon petit Soleil et bientôt libéré, que je regarderai les bonnes intentions du moment se dissoudre dans les marécages acides du quotidien qui nous aura rejoints avec son aréopage de réalités et d’actes manqués à vomir.

ps : je ne suis plus banni.

Billet d’humeur #3

Un ami nous a fait parvenir ce petit moment d’humeur enfermé chez lui en ces instants où nous luttons contre un ennemi qui n’est invisible que parce que nous avons une mauvaise vue. Ledit ami est sous le coup d’une restriction de ses agissements sur twitter et perdu dans son isolement, il divague. Épisode #3

Le chant de la mouette

par @PetrovskyBL

Ça ne chante pas une mouette, ça rit puis ça hurle. Ça ne sait faire que ça. Ça dort un peu. Ça chie beaucoup, car ça mange tout autant et ça a un système digestif finalement assez court, il n’y a en effet pas besoin d’une énergie démentielle pour envoyer en l’air ce volatile dont les os sont aussi creux que les pensées d’un bigot face à une capote anglaise. Ou face à ma soeur si j’en avais une. Depuis ma maison devenue prison, depuis que l’on m’a banni, depuis que nous avons tous l’impression d’être dans un mauvais film, je pense à la mouette comme d’autres pensent au cygne majestueux qui danse sur ses pointes et meurt devant le public. Je suis la mort rieuse. Car oui, c’est peut-être plus drôle en ce moment de mourir que de rester. Tant partent qui laissent les damnés guéris, ou pas encore malades, avec leurs larmes. C’est triste de vivre, mais la mouette rit. Elle se fout légèrement de nous, elle sera là demain encore à grignoter des vers puisque nos déchets seront morts avec nous, et que ces lombrics nous prendront notre sève, notre chair. Ça ne vit pas vieux une mouette, et parfois même moins quand ça se prend une voiture lancée trop vite entre un chez-soi exigu et la tablée d’une belle-mère un dimanche de cris d’enfants. Mais il n’y a plus de voitures maintenant, et les enfants crient de peur de ne jamais grandir ; ce maudit Pan qui ne le voulait pas, lui, maintenant il en rêverait. Je n’ai toujours pas de caillou à jeter à cette mouette, je ne sais même pas si c’est celle d’hier ou une de ses soeurs, ou cousines, ou cousin, j’en sais quoi, moi, de l’arbre généalogique de ces piafs et de leurs sexes ? Je fais d’un oeil le tour de la pièce qui me calfeutre, il n’y a rien à lancer, rien qui ne me soit devenu que trop précieux aujourd’hui. Tout ce que je ne voulais plus, pour rien au monde maintenant je ne m’en séparerais. Tout m’accompagnera dans cette tombe où je gis déjà accoudé à la fenêtre. Gésir. Voilà un joli verbe que je n’aurais pas assez employé. Gésir. Comme les rois et les reines qui seuls gisent alors que nous nous décomposons, et que je regarde ma mouette qui n’a aucune attention pour moi. Je vais refermer la fenêtre et si demain je me lève, je reviendrai la voir, cette pétasse, qui sera encore là quand je serai mort à manger des papiers dans cette poubelle des quais de Seine que le vent agite bien gentiment.

Billet d’humeur #2

Un ami nous a fait parvenir ce petit moment d’humeur enfermé chez lui en ces instants où nous luttons contre un ennemi qui n’est invisible que parce que nous avons une mauvaise vue. Ledit ami est sous le coup d’une restriction de ses agissements sur twitter et perdu dans son isolement, il divague. Épisode #2

1000 mots tout pile !

par @PetrovskyBL

Il ne faut jamais commencer un texte en parlant de la météo et du temps qui passe. Le génie qui a écrit ça n’a jamais vécu en confinement, et n’a jamais été banni de Twitter (ou j’ai une petite aigreur et ça risque de ressortir dans plusieurs billets). Alors en la mémoire de celui qui, caché quelque part dans l’Internet des donneurs de leçon, érige les règles qui doivent faire de nous de meilleurs écrivains, mais toujours moins bon que lui pour qu’il garde sa suprématie, je vais vous dire qu’il fait beau et que le temps semble s’étirer comme un long ruban infini de morve. J’utilise le masculin parce que ma maudite langue n’a pas de neutre, ce qui est d’une débilité sans nom et prouve bien qu’à un moment précis de notre histoire une bande de mecs s’est réunie pour établir qu’ils allaient prendre la main sur toute la population humaine, gonzesses comprises, et balancer par la fenêtre tout ce qui pourrait nuire à cette suprématie. Monde de merde. Je glisse deux trois lieux communs de telle sorte qu’on soit sur la même longueur d’onde : manger ou être mangé (maxime qui se révèle aussi être un excellent exercice de conjugaison pour les massacreurs d’orthographe et de grammaire du web – et non je ne suis pas un grammar-nazi, mais si j’écris « mangé ou être manger » ben ça ne veut pas du tout dire la même chose ; alors, écrivez comme vous voulez, mais rendez-le compréhensible bordel de nom d’un p’tit bonhomme en bois). Donc, vous voyez vous me faites digresser, manger ou être mangé. Chacun se grimpe dessus, on est ravi de donner un coup de main, mais faut que ça se voit, faut qu’on parle de nous. Même ceux dont c’est la vocation se médiatisent comme des bimbos à (trop) gros tétés sur des écrans plats comme leurs encéphalogrammes. Les bigots en tout genre, les patrons d’industries, les mécènes, les guides spirituels (dont on espère que la plupart toussent, car sans vouloir leur mort, pendant qu’ils font ça, ils nous emmerdent moins) et mon voisin qui a cru bon de mettre une affiche dans l’escalier et de la signer de manière assez explicite afin qu’on le reconnaisse bien. Il s’y est tellement bien pris qu’après avoir lu son message, sa signature m’a tellement subjugué que j’ai complètement oublié de quoi il voulait parler. Il fait beau donc, et les gens profitent de chaque instant donné pour se montrer supérieurs. Même simplement « merci » relève de l’art de passer au-dessus de celui qui nous a rendu service. On répond à ces mails de collègues qui nous apportent la donnée indispensable qu’on attendait depuis des jours par un : « merci Machin, grâce à toi je vais enfin pouvoir avancer mon truc formidable qui révolutionnera l’univers ». Analysons cette phrase. Elle commence bien « merci Machin », sobre, efficace ; les variantes boboïsanto-cadre-supérieurs « merci à toi » ou « merci pour l’équipe » sont toutes deux valables, quoi qu’elles amènent une petite envie de gerber supplémentaire. « grâce à toi », sublime, on reconnaît dans l’auteur de la missive à laquelle on répond qu’il a contribué à nous sortir d’une merde noire ; certains utilisent aussi cette formule avec beaucoup d’ironie, mais cela présuppose que les autres lecteurs et le récipiendaire aient une capacité intellectuelle légèrement au-dessus de celle de la fougère, et rien n’est moins sûr à ce stade d’anthropophagie bureaucratique. « je vais enfin pouvoir avancer », et bim ! dans ta face ; ça fait des mois qu’on poireaute espèce de dégénéré et c’est maintenant que tu daignes te sortir les doigts du rectum pour faire quelque chose de correct de ta vie, branleur. « mon truc » c’est le mien à moi, le plus beau le plus doux le plus indispensable que tu sais pas encore que tu ne pourras plus t’en passer mais je te le dis déjà c’t’une tuerie ; pas mieux comme explication. « formidable qui révolutionnera l’univers » on touche au sublime, comme disait l’autre (je ne le cite plus parce qu’il a écrit du génial mais il pensait comme un anus atrophié gorgé d’hémorroïdes), c’est l’infini mis à la portée des caniches. Voilà. Quelle autre démonstration voulez-vous ? Ne recevez-vous pas, et surtout, bande d’infâmes prétentieux du bon-cœur gratos mais avec Taxe Insipide du Tout Pour Moi Les Trous-d’Balles (TITPMLB, on y reviendra un jour, retenez le concept), n’écrivez-vous pas vous-même ce genre de messages ? Avouez ! Et même si vous n’avouez pas, je le sais, je le sens ; et je le fais aussi. Évidemment, vous ne pensez tout de même pas que je vais laisser Bidule du service marketing ou Trucmuche du cinquième étage de mon immeuble, s’accorder une gloire qui aura déjà assez de mal à couvrir mes épaules larges comme celles de mille Titans ? Faut pas déconner. Il fait beau. Cette conne de mouette ou une de ses cousines est revenue. Je ne sais même plus ce que je voulais vous dire, et pourtant je sens que c’était très important. Alors, adulez-moi comme si je vous avais raconté l’histoire du siècle, parlez-en autour de vous, que la plèbe s’en délecte également. Et si vous croisez mon salopard de voisin, vous lui direz que ce n’est pas le moment de faire des travaux de percement en plein confinement, ça peut rendre les voisins du dessous légèrement irritables, et contrairement à lui ces mêmes voisins ont fait les études scientifiques, notamment en chimie, nécessaires pour lui rendre la vie tout à fait misérable, il n’aura jamais assez de PQ pour tenir ces années d’isolement social qui se profilent à l’horizon. Quoi ? Vous croyez vraiment que ça ne va durer que quelques semaines ? Les portes se rouvriront, oui, mais vous verrez, l’isolement enroulé dans son drap trompeur de bienfaisance, de fraternité, d’amour mutuel et de vivre-ensemble, cet isolement des âmes ne se rencontrant que pour s’affronter ne fait que commencer. Bon combat à tous. La nature saura réguler le reste, faisons-lui confiance, elle est déjà en train de le faire.

Billet d’humeur #1

Un ami nous a fait parvenir ce petit moment d’humeur enfermé chez lui en ces instants où nous luttons contre un ennemi qui n’est invisible que parce que nous avons une mauvaise vue. Ledit ami est sous le coup d’une restriction de ses agissements sur twitter et perdu dans son isolement, il divague.

Fuckin’ platane

par @PetrovskyBL

Bon. Seulement la mi-temps de cette première semaine au milieu de moi-même et je suis invisible sur Twitter. Un connard a dû appuyer sur le bouton qu’il ne fallait pas toucher. Et ça tombe sur moi. Pendant ce temps-là les hordes de pisse-froid abrutis au trigger-warnings de la team premier degré se promènent sans souci. La vie est un long confinement. Et j’vais vous dire : c’n’est pas plus mal que si c’était pire cette histoire (Michel si tu nous entends…). Ça m’a permis de voir que des gens sur ce réseau bientôt suranné tenaient à moi, ou à ma présence en tout cas. Qu’ai-je fait pour mériter ça ? Je ne sais déjà même pas si je suis en train de subir autre chose qu’un affreux bug. En plus j’n’aime pas les insectes, et ce merdier ça n’va pas m’aider à apprécier à leur juste valeur (protéinique) ces bestioles aux pattes bien trop nombreuses. Alors, tiens. Je regarde par la fenêtre. Il fait beau. Une mouette passe. C’est ironique. Personne ne l’a bannie, elle, cette salope. Elle vole. Elle ne me calcule même pas. Si j’avais un caillou, je le lui balancerais bien à la gueule. Mais je n’ai que mon téléphone. Je ne vais pas jeter mon téléphone quand même. J’ai bien trop à me plaindre de ma situation pour me priver d’en faire part au monde. En faire part, ridicule, faudra-t-il encore que ledit monde reçoive ma diatribe. Qu’est-ce que je me fais chier. Doublement isolé. Triplement bientôt si je tombe en rade de PQ. Je pourrai me soulager par la fenêtre, ça ne ferait pas grande différence, la rue est déserte. De loin les gens prendraient mon cul pour un pot de fleurs en terre cuite. Quoique je l’ai plutôt pâle après tous ces mois d’hiver. Si je vise bien je participerai à l’intérêt général en gratifiant d’engrais tout chaud le platane dont les branches frottent contre mes volets quand le vent forcit. C’lui là aussi quand une bagnole le percutera, il ne l’aura pas volé. C’est con un platane. Vous savez que c’est une invention humaine ? Eh ouaip, le platane commun c’est nous qui l’avons pondu. Comme si on n’passait déjà pas assez de temps à détruire toutes les espèces endémiques de notre planète, v’là qu’il a fallu qu’on crée notre propre arbre débile. Un aimant à ivrognes qui lui pissent dessus, le repeignent de gerbe en sortant des bars ou foncent dedans avec leur voiture et deux grammes dans chaque bras. Au secours donc. J’en suis a vouloir déféquer sur tronc.