Deuxième Édition – 13 avril 2020

 

Sommaire

Mini-édito au gluten
Fiat lux et facta est lux (texte court)
Là-bas – épisode 1 (texte court)
Vegan ! (texte court)
Sortir (poème)
Vole (poème)
La découverte (poème)
Le roi de la phtalate (poème)
Conclusion avec sucre ajouté



Mini-édito au gluten

Numéro deux, qui presque jamais ne sortit, mais qui est ravi de vous voir z’ici si prompts à vous écorcher les yeux sur ces textes bruts, qui n’ont reçu de correction que celle d’un martinet bienveillant. Excusons-nous par avance de ne pas être enclins à nous excuser de toutes les offenses que nous pourrions vous faire. Même ces excuses-là sont un camouflet. Que la bien-pensance nous honore de son dégueulis d’insultes et de reproches, nous nous en délectons déjà. Venez à nous pour partager un texte, nos colonnes vous sont ouvertes, et nos cœurs acquis. 

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Fiat lux et facta est lux

par @MetalAssBender

@MetalAssBender

Le réveil

Je me réveille d’un long sommeil, les yeux collés et une trace d’oreiller sur la joue. Je n’ose pas imaginer l’état de ma coiffure.

— La vache, j’ai bien dormi. Quelle heure il est ?

Je regarde la pendule cosmique.

— Bon moi !  Sept-cent-trente-sept-mille-trois-cents jours ! Mazette ! C’était pas une sieste, j’ai fait ma nuit. Bon, quel temps il fait en bas ?

Je me redresse et je prends quelques secondes sur le rebord de mon nimbostratus. Il me faut quelques jours pour reprendre mes esprits. J’ai la tête qui tourne. J’arrive enfin à me mettre debout. Oups, j’ai oublié ma toge, je ne peux pas sortir comme ça. Je l’enfile. Je m’avance et je me penche au bord du cumulonimbus qui me sert d’habitat céleste. Je regarde ma création avec la hauteur du Tout-Puissant, normal, c’est moi.

— Bordel ! Mais… qu’est-ce qu’ils ont glandé ? C’est quoi ce foutoir ?

Je vois à peine à travers l’atmosphère jaunie, je suis obligé d’utiliser mon omniscience pour essayer de comprendre ce qu’il se passe en bas. Ce que je vois me terrifie.

— Comment j’ai pu dormir si longtemps ? Personne n’a prié ? Comment ça se passe ?

Je regarde si le réseau est toujours en ligne. Non. Aucune connexion.

— Ah ben c’est sûr, ils pouvaient toujours m’implorer… qui est-ce qui m’a foutu un machin pareil ? Moi ? Ouais, pas faux.

Intérieurement, je me questionne pour comprendre comment ils ont pu se débrouiller pour arriver à un tel résultat en si peu de temps.

— Pourtant, avant, il se démerdaient pas trop mal. Je comprends pas, j’ai dû oublier un truc, c’est pas possible.

Je vérifie les données implémentées pour l’humanité sur mon transpondeur temporel. Je suis stupéfait de ce qui s’affiche sous mes yeux.

— Mais c’est ça ! J’ai oublié de leur refiler le gêne de l’intelligence innée… Je l’ai pourtant mis à toutes les autres créatures. Je me souviens pas avoir voulu expérimenter ça. J’ai dû me planter. Bon, je peux pas laisser ça comme ça, ils vont tout bousiller ces imbéciles.

Mise à jour

J’utilise mon omnipotence pour diminuer la température de trois degrés. Je modifie la composition de l’atmosphère pour retirer les gaz à effet de serre. Ensuite, je continue en faisant croitre la glace sur les pôles. Après cela, je reverdis les forêts primaires. Il faut également que je réimplante un grand nombre d’espèces qui, curieusement, ont disparu.

— Ça m’a l’air déjà un peu mieux. Mais bon, c’est pas top non plus. Tiens , c’est quoi ça ? Mais pourquoi le taux de radiation est aussi élevé ?

Je comprends en omniscientisant les modes d’énergie et les armements des Hommes.

— Mais qui leur a donné ces informations ? J’avais dit qu’il fallait pas leur faire connaître ça. Regardez-moi ça, ils en ont foutu partout ! Allez hop, ça, on vire.

Pouf ! D’un claquement de doigt, plus d’arsenal nucléaire, plus de centrales atomiques. D’un autre, je réduis la radiation à son taux initial. C’est beaucoup mieux. En observant la situation de plus près, je prends connaissance de la misère, de la pauvreté et je vois certains se gaver alors que d’autres meurent de faim.

— Mais ils ont absolument rien compris au concept… c’est désespérant. Il faut vraiment tout faire soi-même. Allez, ça aussi ça dégage.

Une pensée me suffit à faire disparaître les bourses et la haute finance. Je crée la nourriture manquante et j’égalise le tout pour que chacun ait de quoi vivre. Il va me falloir encore un petit moment pour gérer tout ce capharnaüm. Je dois faire plus attention.

Épilogue

Je descends d’un étage pour retrouver les archanges et mon fiston. Je les regarde, ils sont tranquillement installés devant un cirrostratus à faire une partie de Populous. Mon sang divin ne fait qu’un tour.

— Mais sérieusement, vous vous moquez de qui ? Vous avez vu le boxon qu’ils ont foutu en bas ? Personne n’a rien remarqué ?

Aucun ne répond, ils n’aiment pas quand je suis en colère. Tout le cumulonimbus se charge d’électricité et tonne. Je fais des gros yeux au petit Jésus.

— Dis-donc toi ! J’en ai marre. T’es une vraie plaie. Heureusement que ta mère est pas là pour voir ça. Un adolescent qui passe son temps à jouer au stratus et qui sort même pas vider les poubelles.

— Mais ! Papa ! C’est Uriel et Michel qui m’ont lancé un défi…

— Tu as toujours des excuses de toute façon. Quand c’est pas Judas, c’est un autre. C’est jamais toi. Allez, hop, debout, t’as du pain sur la planche.

— Quoi ?

— Tu y retournes !

— Ah non pas question. La dernière fois, je me suis fait torturer.

— Nan, mais cette fois-ci, ce sera différent. Promis.

— Mouais… non, mais non ! J’irai pas !

— Tu vas obéir oui ? Je suis ton père !

Il va quand même pas continuer à me casser les pieds longtemps ce petit insolent. Depuis qu’ils l’ont messifié, il a pris la grosse tête. Je jette un regard mauvais aux archanges, histoire de leur faire comprendre qu’ils doivent se remettre au travail. Voilà, c’est comme ça qu’on remet de l’ordre. bon, maintenant, il faut que je m’occupe des autres univers…

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Là-bas – Épisode I

Par @WapinBlanc

Je pousse la porte de la maison. Je suis enfin chez moi après tout ce temps passé en exil. J’apprécie l’odeur qui flotte dans mon hall d’entrée, le parfum du foyer retrouvé. Aussitôt, Billy vient à ma rencontre. Il est ébahi par ma seule présence et je ne puis l’en blâmer. À dire vrai, je n’aurais jamais pensé le revoir, moi non plus.

— M’sieur ?! Mais vous… vous êtes allé là-bas ? Et vous en êtes revenu ?!?

— Oui Billy, et j’en ai vu de belles.

— Racontez-moi ça, je veux tout savoir !

— Prépare-nous une bonne tasse de thé et rejoins-moi dans le salon, lui dis-je, lui ébouriffant les cheveux alors qu’il s’exécute en poussant des cris de joie.

Je m’assois dans mon canapé et je manque de m’endormir sur-le-champ. Il y avait longtemps que je n’avais pas ressenti un tel confort.

— Cette tribu a bien failli avoir ma peau, me dis-je en m’étirant de toutes mes forces.

Bientôt, Billy revient avec le thé. Un bon vieux sachet d’Earl Grey bien industriel et non-équitable de chez Twinnings, rien de mieux pour rincer mon gosier asséché. Je mets les pieds sur mon pouf en cuir véritable et je contemple mon plafond un instant.

Billy est mort de curiosité, il me presse de ses questions.

— Alors M’sieur ? C’était comment ?!

Avant de lui répondre, je prends une longue bouffée de ma pipe. On dit qu’au moment de mourir, on voit sa vie défiler devant ses yeux, mais je peux vous dire que c’est également le cas au moment où l’on revit enfin après une période de douleur profonde.

Quand je suis arrivé là-bas, j’ai été accueilli à bras ouverts. Ils se sont jetés à mon cou et m’ont souhaité la bienvenue à plusieurs reprises. « Bienvenue et crois en toi » m’avaient-ils dit avec bienveillance. Je me souviens de cette fille qui s’était accrochée à moi, humant discrètement le parfum délicat de mon eau de toilette. Elle avait l’air d’être en état de manque, car, non contente de presser son bas-ventre contre le mien, elle me donnait l’impression de vouloir m’aspirer tout entier à travers ses narines.

Je compris par la suite que leurs coutumes prohibaient une telle conduite, car elle s’était habilement détachée au moment où les autres s’étaient rendu compte que le câlin tirait un peu trop en longueur pour être honnête. L’instant d’après, elle chuchotait quelque chose à l’oreille du chef du village, qui s’adressa à moi immédiatement.

— Bienvenue et croyez en vous, étranger. Par contre… euh… ça m’ennuie de vous demander ça ! Je me permets, hein ? Alors… euh… pourriez-vous s’il vous plaît aller sans attendre vous laver dans la rivière ? Votre parfum a quelque peu déstabilisé notre jeune camarade ici présente. Elle s’est sentie attirée par votre odeur durant votre étreinte.

— Ah euh… Mais c’est elle qui… je… vous m’en voyez désolé ! dis-je humblement.

— Aucun problème mon ami, ce n’est pas si grave. Et vous êtes parfait comme vous êtes, surtout n’en doutez pas.

— Oui. Vous êtes super comme ça ! scandèrent les autres en chœur.

— Du coup puisque ce n’est pas si grave, je peux rester comme ça ? Pas besoin d’aller à la rivière ?

— Si. Parce que notre amie se sent à présent offensée. Elle ne cherche pas de relation pour l’instant vous savez.

— Mais…mais je n’ai rien fait ! Vous êtes sûrs que je suis bien comme je suis ?

— Surtout ne changez rien.

— Sauf mon parfum, parce qu’il déclenche malgré moi un intérêt de la part de cette fille ?

— Voiiiiilà.

Il me prit en aparté.

— C’est ainsi que ça marche ici. Quand une femme fait des avances, il faut immédiatement la rejeter. Ainsi nous évitons plus facilement un procès. Vous savez, notre système judiciaire est très performant depuis qu’on utilise les réseaux sociaux comme salle de tribunal.

— Vous m’en direz tant ! fis-je, les yeux ébahis.

— Puis c’est meilleur pour l’environnement de ne pas porter de parfum. C’est un peu comme le maquillage qui est imposé par la frange patriarcale de notre société, et qui vise à transformer la femme en objet sexuel, voyez-vous.

— La frange patriar… bon.

Ne voyant pas ce qu’une coupe de cheveux pour homme venait faire dans l’histoire, et ne voulant pas démarrer un esclandre à peine arrivé, je me suis exécuté à contrecœur. Arrivé à la rivière, j’ai déballé ma trousse de toilette et en ai extirpé mon savon. À ce moment exact, une autre femme m’a abordé.

— Dites donc, étranger, ce n’est pas pour vous critiquer – je ne me permettrais pas car vous êtes super – mais vous savez qu’il y a de l’huile de palme dans votre savon ?

Il m’apparut alors clair que mon voyage là-bas ne faisait que commencer…

(À suivre)

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Vegan !

Par @CondieRais

C’est arrivé peu de temps après le jour de mes cinquante ans.

J’imagine que l’idée avait dû faire son chemin tout doucement, sans bruit, ramper lentement au fond de mon cerveau imbibé de Sauvignon avant de jaillir à la surface. Les choses arrivent rarement comme ça, d’un seul coup. Et elles résultent la plupart du temps d’un faisceau de facteurs, rarement d’une cause unique. C’est valable pour les grands événements historiques comme pour la plupart des décisions qui jalonnent notre misérable existence. On pense qu’on a fait ceci ou cela « sur un coup de tête », alors qu’en réalité, c’est la conséquence d’un long et complexe processus de maturation inconsciente.

Bref.

Je n’ai jamais été un gamin de la campagne. J’ai toujours habité la banlieue, ou le centre-ville de Paris. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours passé mes vacances au bord de la mer ou dans des métropoles à l’étranger, ou encore dans des réserves africaines. Autrement dit, je n’ai jamais réellement fait le lien entre le jambon-beurre que je m’enfilais chaque matin depuis des années au petit déjeuner, et l’animal vivant appelé « cochon » ou « porc ». – pour tout dire, je me rends compte en écrivant ces lignes que je n’ai jamais vu de cochon, en un demi-siècle, autrement qu’en photo ou à la télé. Pas plus que je n’ai jamais fait le rapprochement entre la délicieuse blanquette de ma grand-mère et le mignon petit veau arraché à sa mère, ni entre le bœuf-bourguignon et l’animal concerné, etc. Dans mon schéma mental, un « steak-frites » a toujours été un plat qui aurait pu tout aussi bien pousser sur les arbres ou être fabriqué dans une usine spécialisée. La viande était pour moi une matière première comestible comme une autre – non, je corrige, ma préférée -, comme les champignons, comme les carottes, et ainsi de suite.

Je réalise à quel point nous pouvons savoir une chose sans en avoir pleinement conscience.

§

Il ne s’agit pas ici d’écrire un texte militant, de faire la morale à qui que ce soit, ni même d’essayer de vous convaincre de suivre mon chemin, cher lecteur. Après tout, j’ai bouffé des rillettes, du saucisson, j’ai avalé toutes sortes de viandes pendant cinquante ans. Je m’en suis régalé. Chaque jour de ma vie, ou quasiment. Alors je serais gonflé de venir emmerder mes semblables sous prétexte que j’ai arrêté. Comme si je ne sais quelle révélation divine m’était soudainement dégringolée dessus et que je me sentais un devoir moral supérieur d’aller porter je ne sais quelle bonne parole urbi et orbi.

Du tout.

J’allais dire, bien au contraire.

Pour être tout à fait honnête, j’ai l’impression d’être tombé dans un piège. Un peu comme pour la cigarette – je suis un gros fumeur depuis trente-cinq ans -, mais à l’envers. De même que je me ruine la santé avec le tabac sans pouvoir m’arrêter pour autant, je me ruine le moral sans pouvoir remanger de la viande. Dans un cas, je suis piégé par l’accoutumance. Dans l’autre, par un impératif moral dans lequel je me suis enfermé tout seul, et qu’on pourrait résumer de la manière suivante : mon plaisir ne mérite pas la souffrance endurée par un animal au cours de son élevage, de son transport et de son abattage.

Alors c’est tout juste si je ne suis pas en train de vous mettre en garde, chers lecteurs carnivores. Ne vous posez pas de question, n’allez pas vous gâcher la vie avec des interrogations sur les veaux, vaches, cochons et autres volailles.

Vous risqueriez de le regretter chaque foutu jour que Dieu fait.

Voilà, j’ai toujours été le contraire d’un militant, de toute façon.

§

La viande me manque, putain.

La charcuterie, surtout.

Je tente d’aller chercher un peu de réconfort sur Internet. Histoire de me sentir moins seul. C’est dire si je régresse, parce que je sais d’expérience qu’on trouve beaucoup de choses, sur la Toile, mais plutôt dans la catégorie immondices en tous genres.

N’empêche, je m’inscris pour participer à un forum vegan, après avoir fait un petit tour sur ce qui existe sur le Web. Je me dis qu’il y a bien ici quelques personnes dans mon genre, des néo-convertis qui ont le plus grand mal à faire leur deuil des côtelettes de porc et du double cheeseburger.

Sauf que ça ne tourne pas comme je l’espérais…

Je balance un post complètement honnête sur le fait que j’ai arrêté la viande – je mange tout de même du poisson et des fruits de mer, ajouté-je en toute transparence -, mais que les plats en sauce me manquent, que c’est dur, est-ce normal ? Combien de temps faut-il pour que ça passe ?

Et là, on me tombe dessus à bras raccourcis :

— Comment est-ce que j’ose venir souiller un temple du véganisme alors que je mange des pauvres poissons ?

— Est-ce que j’ai au moins eu la décence d’arrêter les œufs ? Et le lait ? Les yaourts ? Et le fromage?

Non ? Et bien je suis responsable de la torture infligée à des dizaines de millions de poules et de vaches, atrocement exploitées pour mon sale petit confort égoïste. Sans parler des millions de poussins mâles broyés après qu’ils aient à peine vu le jour, parce qu’un coq, ça ne pond pas. Donc, on les massacre de la pire des façons. Pour le reste, ai-je sérieusement songé à la souffrance de la langoustine qu’on ébouillante ? Ne suis-je donc pas une sorte de nazi, en pire, venu provoquer les véritables sauveurs de la planète ? Hum ?

S’ensuit un débat confus au sujet des huîtres et des moules. Un intervenant avance qu’on peut en manger, parce que ça n’a pas de cerveau, un coquillage, on peut même considérer que d’un certain point de vue, ce n’est pas vraiment un animal.

Le pauvre type se fait sèchement renvoyer dans les cordes par l’un des Grands Prêtres du Temple : « Les coquillages, ça possède un système nerveux. Donc ça souffre. Point barre. Et dehors, le fasciste qui prend la défense du nazillon ! »

Lâchement, je prends le large au moment où on m’interroge sur le sort que je réserve aux moustiques l’été.

Je me déconnecte.

§

Un week-end, je me retrouve à la campagne – je hais la campagne, mais je n’ai pas le temps de vous raconter le concours de circonstances qui m’a amené ici. Je passe devant un champ peuplé de vaches. Elles sont très belles, dans les tons blancs et noirs. Il émane d’elles une force tranquille, une sorte de bienveillance même. Je m’arrête au bord de la route et je descends de la voiture pour m’approcher de l’enclos.

L’une d’elle se tourne vers moi. Elle continue de mâchonner un peu de foin, tout en me dévisageant. Dans son regard, je ne sens rien. Pas une once de reconnaissance. Pas la moindre petite lueur qui dirait : « Merci, mon grand, de ce que tu fais pour nous. Tiens le coup ! Ne te laisse pas abattre ! On est avec toi ! »

Pff. Bande de sales ingrates

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Sortir

Par @AntonyAulin

Pousser les murs
De la pointe du stylo
Et que se fissurent
Les envies de bistros
Pleins à craquer

Au diable les ratures
Suivons le tempo
Pour célébrer la lecture
Les longs moments en solo
L’espoir craquelé

Désormais on mesure
Chaque jour clos
La chance pure
Qui coulait à flot
De pouvoir se déplacer

 

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Vole

Par @BernieCalling1

Vole, vole mon papa
Vole, vole retrouver ton amour
Vole, tu ne l’as pas volé
Aurait pu te chanter Céline Dion
Moi, je te dis
Merci pour les heures de lecture à deux en secouant cette feuille de papier comme le demandait la logopède. Oui-Oui ne devait pas être ta tasse de thé, mais toute la bibliothèque y est passée.
Merci pour m’avoir permis d’être ton second dans les gros travaux que tu faisais dans la maison.
Merci pour l’apprentissage du vélo.
Merci pour les jours de départ en vacances où on chargeait la voiture.
Merci pour les châteaux de sable et les bagarres contre la mer pour protéger le paravent des marées.
Merci pour tout ce que tu as apporté à ma vie, les heures de conduite accompagnée, jouer au chauffeur pour l’association dont je faisais partie.
Merci et tu vas me manquer énormément
Ta place est auprès de maman, là où tu es le plus heureux.

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La découverte

Par @PetrovskyBL

Il y a donc plus de jours à vivre
Que d’éternités à les attendre
Je n’y étais pas préparé
Mais je les savoure déjà

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Le roi de la phtalate

Par @DeuxDents

Bonjour, bonjour gentes dames,
Venez admirer cette gamme
Des produits caressant votre nez
Vos narines en seront enchantées !

Suave exhalaison florale
Fragrance Bois de Santal
Effluve épice virile
Parfums qui titillent !

Vous pouvez vous extasier
Devant ces poudres colorées
Vous rendre belle, tel est mon contrat
Votre teint vous en remerciera !

Un fard sur la joue, une ombre à paupière
Que ce soit bleu azur ou ocre terre
Quelle classe ! Quel éclat!
Votre beauté nous éblouira!

Cependant, un léger détail
Ce n’est rien, un petit rien qui vaille
Qu’on s’y attarde, c’est d’un ennui…
Eussiez-vous cru que c’était gratuit ?
Que votre peau, que votre santé
N’en soient point affectées?

Que pensiez-vous, mes très chères?
Qu’aucun prix n’y était lié ?
Le coût est celui de vos chairs
Toutes flétries et toutes ridées !

C’est que, voyez-vous mes amies,
Je ne vous rends service, que nenni !
Je suis le roi de la phtalate
Du cancer et de la stigmate!

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Conclusion avec sucre ajouté

Et voici le pdf, pour ceux qui aiment encore lire en format papier : LEPAL 2

On vous dit à bientôt, rejoignez-nous sur twitter et ne participez pas au challenge #GobeTonAubergine sauf si vous avez un bon verre d’eau !

Bises.

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Première Édition – 23 mars 2020

 

Sommaire

Édito au gluten
Monothéisme ta mère ! (texte court)
Syndrome d’Immuno-Empathie Acquise (texte court)
Grain de riz (texte très court)
La messe est dite (poème)
Dissonance-TV (poème)
Conclusion avec sucre ajouté



Edito au gluten

Les réseaux sociaux et leur morale m’ont pris de court, moi et toute une bande de gens qui pensaient y trouver un moyen libre d’expression loin de la censure des média traditionnels. Lapalissade médiocre mais jetée au devant de la réalité avec l’apparition d’un ennemi qu’on ne soupçonnait pas de pouvoir exister : la team premier degré. Des profondeurs du néant, la sous-couche des infâmes choqués de tout, s’érigeant en chevaliers blancs d’une droiture de pensée qui ne fait que servir leur propre intérêt médiatique, parcourt les réseaux et tabasse tous ceux qui ne pensent pas comme eux ou ouvrent la brèche d’une moquerie acerbe, prêtant le dos au bâton de leur police des mœurs modernes. Ici nous leur disons merde.

Premier numéro, pas le dernier. Alors que nous sommes tous confinés, on s’occupe et on a envie d’gueuler, et de publier des conneries aussi grosses que nous sommes en train de devenir, sous les assauts de hordes de knackis et de pots de pâtes à tartiner qui s’étalent sur nos pains au lait bourrés de gluten.

Bonne lecture !

Branchez votre mode #SecondDegré !

Et si la moindre chose vous offusque, allez donc jouer sur l’autoroute !

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Monothéisme ta mère !

par @PetrovskyBL

Au début ça devait juste être une réunion pour comprendre pourquoi les habitants de la région chiaient liquide. Les soupçons se portèrent rapidement sur les cochons d’un des fermiers dont les enclos étaient proches d’une zone marécageuse, nauséabonde et où on jetait les déchets de nos repas. Au dernier banquet l’odeur des brochettes ne donnait pas envie de s’en mettre plein le bide d’après eux. Ce soir-là je m’étais contenté de picoler et de me taper les gonzesses d’un ou deux potes qui avaient envie de s’amuser pendant que la mienne se faisait refaire le dentier par un voyageur de passage. Une soirée bien tranquille, mais je n’avais pas d’appétit. Ce n’est que le lendemain que les sphincters des plus jeunes et des plus fragiles ont commencé à montrer des signes de faiblesse. 
Un des vieux du bas du village qui avait pour habitude d’aller mater les gosses devant le lavoir collectif, a été le premier à dégobiller sur la tronche du gamin du forgeron alors qu’il essayait de lui montrer un truc caché dans la doublure de sa toge. Peu à peu de nombreux villageois se mirent à recracher par tous les orifices possibles le contenu de leur estomac.

On décida donc de réunir le grand conseil, en tout cas ceux du grand conseil qui avaient été épargnés par la carne daubée.
Je dus m’y rendre pour remplacer ma daronne obligée de garder mon paternel qui devait tenir la couche car il souillait trop la sienne. Toutes les femmes durent d’ailleurs s’y faire remplacer par un proche car, curieusement moins touchées, elles avaient préféré rester auprès des leurs pour s’occuper d’eux. Il n’y avait aucune raison, pensaient-elles, que l’assemblée des sages décidât quoi que ce soit qui ne saurait aller dans le sens du bien collectif. Cela faisait des siècles qu’il en était ainsi et ainsi en serait-il toujours, alors autant s’occuper de ceux qu’elles aimaient.

Pendant qu’elles pansaient nos maux, dans l’enceinte de l’assemblée qui devait trouver les solutions pour nous sortir de là, ça gueulait sec dans tous les sens, les dieux furent interpellés un à un pour déterminer auquel il faudrait faire un sacrifice afin d’endiguer cette épidémie. Personne n’était d’accord avec personne évidemment. Chacun invoquait sa divinité préférée. Moi, j’avais juste envie que ça se termine pour retourner dans ma cahute. L’envie d’un huitième gosse me prenait et je n’avais pas l’intention que ma femme le conçoive avec le voyageur rencontré la veille. L’hiver d’avant nous avions perdu les trois plus jeunes, et il fallait qu’on ait des bras rapidement pour aider à la cueillette. Les enfants faisaient de parfaits ouvriers pour ces tâches. L’érection qui survint à cette pensée d’un moment de perpétuation de l’espèce, ne laissa pas de doute sur mon besoin du moment et je me dis qu’il était temps que cette discussion avance avant que mon engouement ne se remarque trop sous le frêle tissu que je portais.

— Et si on attribuait ça à une entité supérieure à toutes les autres. Une sorte de super-dieu, proposai-je, à regret aujourd’hui. Cela nous éviterait de perdre du temps et on pourrait passer à autre chose.
Personne ne dit rien pendant un temps qui me parut trop long pour que mon membre tendu sous mes vêtements ne me semble pas devenir le centre de l’attraction générale. Puis, le blondinet, qu’on soupçonnait avoir été adopté d’une tribu plus au Nord par des parents qui se disaient stériles et qui faisait office d’éleveur de lombrics pour la communauté me relança :
— Ah ouaip ? Et on va la faire sortir d’où ta super divinité. On a un panthéon qui tient à peu près la route, on ne va pas tout foutre en l’air parce que t’es pressé de sortir te la fourrer au chaud !
Je savais, moi, que ses parents n’étaient pas stériles, ils étaient tout simplement anthropophages et ils bouffaient leurs nouveau-nés. C’était un peu honteux, la réminiscence d’une vieille tradition, mais l’addiction était parfois trop forte pour les adeptes les plus orthodoxes.
— On a qu’à dire, tentai-je pour accélérer le pas, qu’il nous est apparu pendant la réunion. Franchement les gars, on ne sait pas soigner les maladies, mais à chaque fois qu’on leur fait croire qu’un clampin assis sur un nuage peut gérer leurs malheurs, tous ces abrutis y croient aussi fort que quand la fille du vieux de la forêt se pointe pour nous laisser penser qu’on va pouvoir se la faire, et disparaît aussitôt qu’elle a rempli deux outres de lait de chèvre.
— C’est vrai qu’elle est sacrément gaulée la rouquine, rêvassa mon voisin l’écailleur d’œufs de cailles.
— En tout cas, repris-je, ils se concentrent là-dessus plutôt que de nous demander des comptes. Non, vraiment, si on veut avoir la vie peinarde et retourner à nos orgies, faut qu’on pose un truc costaud et un chouïa fédérateur. Le coup du dieu unique, si on le fait propre, ça peut marcher.
— Et on l’assied comment en haut de la hiérarchie, ton dieu ? interrogea l’épouilleur.
— D’ailleurs, insista l’attrapeur de mouches avec du vinaigre, mec ou gonzesse ? Non, je demande ça parce qu’il y a quelques milliers de saisons elles nous ont collé leur déesse de la fécondité, et on en a chié pour rééquilibrer leur délire et reprendre le dessus. Alors, dans un truc avec plusieurs dieux, un semblant de parité j’veux bien, ça noie le poisson, mais s’il ne doit en rester qu’un, moi j’vous dit, faut que ce soit un gars, sinon on n’en sortira jamais.
— Oui, puis faut le faire bien méchant, trouva bon de surenchérir l’asticoteur de troncs. Genre il aurait déjà décimé l’humanité deux ou trois fois avec de la flotte et tout et tout.
— Mais carrément, rebondit heureux l’épilateur d’oursins, et faut mettre les frangines dans le coup. Faut que ce soit à cause d’elles que tout est parti en cacahuète une de ces fois-là.
— Toutes les fois même, dit l’asticoteur de troncs reprenant la parole en même temps que la paternité de son idée, si on n’veut pas qu’elles essayent de nous la faire à l’envers faut qu’on leur colle bien profond la culpabilité de toutes les saloperies présentes et à venir.
— Pas si vite les gars, s’insurgea le tripoteur de triporteurs, j’arrive pas à tout retenir. Faut pas en perdre une miette, tiens, si on gravait des petits signes dans l’argiles et qu’on leur attribuait une signification pour se souvenir de tout ce qu’on vient de dire ?
Il avait de drôles d’idées, celle-ci fut immédiatement mise de côté, il n’était pas question d’inventer quoi que ce soit qui aurait pu laisser une trace de notre complot.
La petite horde était devenue hors de contrôle. La suite de ce capharnaüm, comme tout le monde je n’ai fait que le subir, j’étais sorti de la hutte pour essayer de tringler, si ce n’était ma propre femme, au moins quelque chose de potable qui n’était pas encore en train de vider ses tripes dans un coin. 

À l’intérieur, ils continuèrent jusqu’au petit matin, profitant tous de l’aubaine pour y aller de leurs petites revendications et refiler à ce nouveau dieu des volontés saugrenues qui faisaient bien leur affaire.

Bien sûr la consommation des cochons fut interdite, il fallait bien donner un peu de consistance sanitaire à tout ce merdier dictatorial, mais en plus, deux ou trois moches qui en avaient ras-le-bol de voir leur femme se faire brouter par les voisins alors qu’eux même n’avaient plus la force de leur apporter le moindre plaisir, imposèrent d’un coup la monogamie et le délit d’adultère… pour les femmes uniquement cela allait de soi. Ils décidèrent des tenues que chacun devrait porter. Les hommes se gardèrent l’accès à l’éducation, à la chasse, le droit de se rassembler et d’être libre, les femmes devraient servir à la reproduction et à tout ce que les mâles trouvaient trop ennuyeux, il leur fut interdit de se promener en-dehors du foyer et de parler sans y être invitées. Les jours qui seraient travaillés et de ceux qui seraient chômés pour rendre hommage au despote fraichement démoulé devinrent strictement régis. Ainsi, par ma faute et mon empressement, s’établirent les fondements de l’existence de leur nouveau super copain invisible qui devait les aider à régner sur la Terre et sur l’autre moitié de l’humanité qui était restée s’occuper des plus faibles dont certains, bientôt remis sur pieds, seraient les premiers à leur imposer les nouvelles lois de cette nouvelle ère d’ignorance et d’asservissement.

Et moi ? Moi, je pris la mienne par la taille et nous partîmes le plus vite possible. Nous n’avions aucune envie de voir la suite de cette mascarade. J’espérais qu’un de nos lointains cousins pourrait nous accueillir un peu plus à l’ouest, le voyageur qui s’était bien occupé de ma compagne nous suivit un temps, jusqu’à ce qu’elle tombât enceinte et devienne moins à son goût. Aujourd’hui, installés loin de ces tourments, nous avons de temps à autre des rumeurs colportées par des caravaniers. Le pouvoir de notre ancienne tribu s’étend, elle convertit les faibles qui veulent dominer ceux qui ne voulaient que vivre paisiblement, sans heurt.

Impardonnable et meurtri d’avoir offert cette horreur au monde, j’attends maintenant une mort qui ne sera que trop douce au regard de mon héritage ; entouré de ces enfants qui naissent et meurent plus vite que les arbres fruitiers et de cette femme qui me sourit comme si j’étais innocent.

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Syndrome d’Immuno-Empathie Acquise

Par @WapinBlanc

Je ne m’y attendais pas moi, quand je l’ai vue débarquer dans ma boîte à messages. Au début je pensais que c’était une farce. Mais j’ai dû me rendre à l’évidence, elle ne plaisantait pas. Les mots « J’ai le SIDA » étaient écrits en toutes lettres sur mon écran.

Je ne sais plus trop ce que j’ai répondu mais clairement, elle y a vu de la compassion. En confiance, elle a commencé à me raconter comment c’était arrivé. Pire. Elle m’a demandé si elle pouvait passer.

Pour le coup, ça m’arrangeait moyen moi, son SIDA. Il me restait mille préparatifs pour la réunion du lendemain. Et puis j’étais pas trop sûr. On se connaissait pas si bien que ça. Je dois bien l’avouer, même si je l’avais jadis trouvée mignonne, l’annonce de sa maladie venait de mettre fin à mon intérêt pour elle.

Bref, elle s’est quand-même pointée, a enchaîné quelques banalités, m’a dit merci pour mon oreille attentive. Je suis un véritable ami. La suite, je sais plus, j’étais concentré, en train de coller les stickers sur mes affiches. Elle m’a proposé de l’aide pour tout terminer.

Bien sûr, elle a sangloté un peu, étalé sa morve beaucoup, et puis elle a utilisé beaucoup de phrases toutes faites. J’avais oublié à quel point c’était une championne en la matière. C’était pas faute d’avoir liké ses posts pendant trois ans, pourtant.

« Enfin, tout ce qui ne me tue pas me rend plus forte ! »

J’ai entendu un bruit assourdissant. La terre venait de trembler. Normal. Tous les médecins de l’univers, vivants, morts, ou à naître, se sont probablement frappés le front de la paume de leur main, à l’unisson, à l’écoute de cette aberration médicale.

À défaut de l’eau chaude, elle venait d’inventer le SIDA qui rend plus fort.

Consterné, j’ai laissé le silence s’installer. Grossière erreur. Elle en a profité pour se remettre à chialer. Et mon Walkman était déchargé. Si au moins j’avais des piles de rechange. Mais non, il a fallu que je l’affronte sans munitions. Et c’est ainsi que je me suis retrouvé où je suis : dans mon salon, à consoler cette emmerdeuse qui, non contente de glapir sans arrêt, n’a terminé que cinq affiches depuis son arrivée.

J’ai envie de lui hurler qu’elle est foutue, cramée, que c’est terminé, clap de fin des haricots. Je reste là, en face d’elle, et je manque lui faire rentrer ses putain de cernes dans la gorge. Tiens ? Ça commence à se voir d’ailleurs, son truc, là. Mais je me contiens. Après six ans à jouer les peluches pastel sur les réseaux sociaux, je suis rôdé à l’exercice.

Je tente l’apaisement. Une tape, deux, puis trois sur son épaule. Je risque un : « Là… Là..» qui, je l’espère, sonnera comme bienveillant. J’acquiesce, je souris, j’abonde dans son sens. Je suis quelqu’un de délicat, après tout. J’ai trois mille six cents followers pour le confirmer.

C’est quoi le temps minimum nécessaire pour ne pas paraître sans cœur ? 12 secondes, ça ira ?

Je commence à bailler, j’exagère le trait, il faut qu’elle dégage. Je me lève tôt demain. J’ai encore un avenir, moi. Elle comprend le message, et je la vois, pitoyable, en train de ramasser ses affaires. Sauf qu’elle s’accroche :

« On pourra se revoir pour parler ? J’ai vraiment besoin d’un ami ».

Je ne réponds rien, je hoche la tête en silence, consterné, me demandant encore comment j’en suis arrivé là. La rançon de la gloire, je suppose. Ma réputation m’a trop bien précédé.

« D’accord, je t’appelle alors. C’est quoi déjà ton téléphone ?

— Un Galaxy S10

— Non, je veux dire…

— Il prend des super photos. Deux caméras de 12 Mpx et une de 16…

— Non je…

— CPU Octa-core à 2.7 Ghz, batterie 3400 mAh… »

Message reçu. Elle me fait un sourire triste. Me fait la bise. Me remercie encore. Elle sort.

Pas trop tôt.

Bon, dodo. Ça m’a épuisé moi, ce rendez-vous psy. D’ailleurs, plus que deux et ça lui fera une trithérapie. Il faut bien commencer quelque part.

Demain, c’est la journée de la femme, je dois être en forme pour aller aux manifestations. Tiphaine et toutes ses copines seront-là, c’est une occasion unique de montrer mon féminisme. Et puis, ensuite, je pourrai poster les photos sur Twitter. Elles en raffolent.

Oh, je sais ce que vous allez dire d’elles. Et c’est vrai.

La plupart de ces personnages sont des gens sans consistance, sans révolte ni passion. Des gens banals qui se choquent de tout et ne croient même pas en leurs propres paroles. Ils errent à la recherche de communautés constituées de gens comme eux, qui n’ont plus d’intérêt particulier pour leur propre vie, et recherchent le compliment facile pour en donner un en retour.

La plupart finit par se rendre compte qu’ils n’ont rien à se dire et continuent uniquement leur valse égocentrique pour le plaisir d’un fix d’ego, bradé sous la forme d’un petit cœur rouge sous leur dernière élucubration. Mais qu’importe que tout le monde mente, c’est gratuit, ça réconforte et c’est à la mode.

Et puis c’est une communauté facile à aborder.

Il suffit de quelques mots doux, afficher le drapeau LGBT à côté de son pseudo, de relancer de quinze smileys, et vous voilà dans le cercle, sans mauvais jeu de mots. Ensuite il ne vous reste plus qu’à vous offusquer de tout ce qui ne rentre pas dans le moule pour marquer des points auprès des plus crédules. La peur d’un mouvement de masse — par opposition à un mouvement de foule qui est organisé et réfléchi — fera le reste face à ceux qui voient clair dans votre jeu. Et vous aurez l’humanité à vos pieds.

Je suis le maître de ces lieux, de cette société infantilisée à l’extrême, au sein de laquelle on vous dit quand vous pouvez rire, quand vous pouvez penser, et quand vous devez la fermer.

Mais à présent que je glisse vers Morphée, je dois avouer que je suis pris de remords. Je me demande si je n’ai pas fait une immense connerie en la laissant partir toute seule.
Imaginez qu’elle se suicide.
Le Sidaction est dans deux semaines, et les anciens de Starmania viendront chanter en ville. C’était l’occasion unique de faire un jeu concours, d’obtenir des passes backstage grâce à ma nouvelle amie à qui l’on ne peut rien refuser, de faire 4 500 likes, et enfin sauter Tiphaine.
C’était une erreur de ne pas prendre son numéro.
Mais bon, après tout, je ne suis qu’un humain comme les autres.

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Grain de riz

Par @MetalAssBender

Au détour des mansardes d’une demeure cossue, un couple d’habiles édiles se retrouve au soir d’une journée bien remplie. Un doux regard amoureux est le prélude d’une discussion au coin du feu. L’homme, dont la carrure et le bagout imposait le respect, demanda :

— Auriez-vous une idée ma chère pour enjoliver notre gloire ?

Sans se faire prier la femme, à l’allure austère mais élégante, rétorqua :

— Figurez-vous qu’il m’est venu à l’esprit que nous pourrions faire œuvre d’humanité pour une fois. Les benêts du bourg en auraient plein les mirettes.

Une esquisse de sourire se dessina sur les lèvres du grand gaillard. D’un geste galant, il lui donna la parole. La dame aux richissimes atours avança quelques explications.

— Vous n’êtes pas sans savoir la terrible condition de ces pauvres hères du Cambodge qui traversent les mers sur des embarcations de fortune. Je me dis que, peut-être, en accueillir un dans notre mairie renforcerait notre capital sympathie auprès des grincheux. Dès lors, l’on ne pourrait plus nous taxer de ne considérer que les bourgeois.

Le bourgmestre écarquilla ses yeux. Sa mine ébahie laissa penser à son épouse qu’elle avait tapé juste. D’une voix rocailleuse, il ajouta :

— C’est une excellente idée ma chère. En plus, nous n’aurions pas à le rétribuer grassement vu d’où il vient, et il ne se courroucera pas de faire plus de trente-cinq heures par semaine. C’est magnifique tant d’ingéniosité !

En riant, la matrone ajouta :

— J’ai déjà tout préparé, j’étais sûre que vous seriez d’accord. Les papiers sont en règle mais je vous avoue qu’il a un nom à dormir dehors. J’ai pris la liberté de le rebaptiser. Grain-de-riz, c’est ainsi qu’il se nommera sur le registre d’état civil. Il était kinésithérapeute dans son pays, il parait qu’il fait d’excellent massages !

Le bon mari déposa un chaste baiser sur les lèvres de sa radieuse épouse. Il la serra dans ses bras et acheva la discussion d’une parole mémorable :

— C’est quand même beau la politique ! Non ?

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La messe est dite

Par @FRoukine

Qu’il en appelle à ma rage
Ô désespoir
Je lui passe une couche de cirage
Ô la bonne poire

Son jus n’a plus de goût
Fallait bien placer une rime avec fesse
Elle arrive, vieux grigou
Puisque sous les liards, tu t’affaisses

Encore du veaux, vaches, cochons
Adieu la métrique
Autant s’en friser le bichon
Des ennuis gastriques

Car si le vers solidaire ironise
Les gents comptant s’en gondolent
Clair, comme canal plus à Venise
Où le samedi, ça dégonde la doll

Lui invoquait ton courroux
Dix vins
Et je finis sur mon cul roux
Maudit écrivain

La faim s’impose subite
J’aime la bite
Être mise sur orbite
La messe est dite

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Dissonance-TV

Par @DeuxDents

Les images crachées
Par la virale télé
Aiguise la malice
Et incohérence complice

« J’me protège, MOI! »
Professe-t-elle derrière son masque,
Mains gantées et Purell d’attaque
En appui à ce discours sur ses frasques,
Descend son voile, se lèche un doigt
Tourne la page et reprend ses routines patraques

« Pourquoi prendre le service de livraison,
Pour deux bananes, ce serait con! »
L’arrogance bien avisée du retraité
Lui procurera cet ultime repas :
Fruits en purée, toux flambée
Et pour bien rincer, un p’tit trépas.

(les deux dernières strophes ont été inspirés d’événements vus récemment. La connerie, comme les virus, ignore les frontières…)

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Conclusion avec sucre ajouté

Et voici le pdf, pour ceux qui aiment encore lire en format papier : LEPAL Première

On vous dit à bientôt, rejoignez-nous sur twitter, mangez du beurre ou beurrez-vous la raie si vous êtes au régime, en ces temps de disette ça illuminera peut-être vos nuits.

Bises.

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