Billet d’humeur #10

Je vous ai sondés, vous n’avez rien dit, vous y consentiez donc, mais maintenant j’ai le doigt qui pue. Alors comme vous m’avez cherché, que vous n’êtes pas les seuls et que ces trois énergumènes trustent les écrans à m’en donner une nausée qu’aucune gastro ne serait égaler, je me lâche, je lâche tout, et j’inaugure le billet d’humeur et d’actualité pour ce dixième anniversaire. Vous êtes bientôt mille à avoir lu ce blog, c’est tout à fait énorme, et je ne me lasse pas de vous balancer ces débilités. Puissent-elles vous faire sourire, rire ou vomir, sans jamais vous laisser indifférents. Venez sur les réseaux en débattre et vous y battre s’il le faut. Je suis un piètre jouteur, mais j’aime vous y voir postillonner ! Bonne lecture, amis ! N’oubliez pas d’être heureux, il n’y a que vous qui puissiez choisir pour vous-même cette destinée, le reste n’est que littérature…

Ça sent le sapin

par @petrovskybl

Des profondeurs d’une gauche qui ne sait plus quel racolage utiliser pour conquérir des voix, à une chanteuse au nom de dessert japonais scatophile, en passant par le Mick Jagger des boîtes de Petri, rien n’y fit. Vous aviez pourtant la possibilité de diriger ma haine et mon courroux (coucou!) vers ces figures Warholiennes du succès immérité, mais vous optâtes pour la morosité la plus flasque, la platitude résignée du résineux saturnien qui encombre en ce moment nos trottoirs et nos cimetières alors que toussent et toussent les humains. Car oui, en ces temps de peste bubonique revisitée où l’humanité sait que demain sera moins bien qu’aujourd’hui et qu’hier ne meurt jamais, vous eussiez pu (tout simplement, parce que vous « eussiez putes » ça fait un peu trop néerlandais des ruelles ou brésilien des sous-bois), vous eussiez pu donc, verser dans la gaudriole facile et dans le calembour à deux sesterces, mais non, bravo, je suis fier de vous comme de cette première chemise que j’ai mise sous verre et que je regarde amoureusement en espérant qu’elle ait enfin un jour le goût de madeleine que m’a promis Proust, je vous admire même.

Car comme aurait dit Aya Kakamura, dont je me refuse à orthographier le nom correctement tant qu’elle n’aura pas écrit un texte qui ne fusionne pas dadaïsme et macramé : « Hello papi, mais qué pasa? J’entends des bails atroces sur moi. » Les juristes immobiliers auront rectifié d’eux-mêmes le pluriel de bail en baux, mais passons puisque ce n’est pas sur les bancs de l’école qu’on devient utile à la société a priori, la miss des bas studios ne peut donc être tenue pour responsable de ce langage que personne ne comprend et en réinvente le sens à sa propre interprétation. Entendons-nous sur une chose, il faut beaucoup de bouses pour que du bon engrais ainsi obtenu émerge l’excellence d’un blé merveilleux qui ondule aux alizés. Alors merci Aya Qu’akamouru pour tant de déjections verbales. Vous êtes le terreau fertile sur lequel va naître toute une génération d’écervelés qui ne remplissent plus les universités, mais écument les gloires faciles à la recherche d’une marche de porche où poser leur cul un soir de pluie, et pester sur ce monde qui ne veut pas d’eux. Quelle merde cette planète qui ne reconnaît pas le talent de ceux qui ne font qu’en vouloir, sans jamais oser en avoir. Le talent populaire c’est la démagogie de l’art. Combien sont morts pour être redécouverts ? Combien sont entrés dans l’histoire des décennies après en être sortis ? À combien d’acteurs fait-on reprendre chaque ligne, chaque anicroche d’élocution, inlassablement, pour enfin leur décerner un Oscar à quelques jours de leur mort ? Pas à Yaya Connemara ! Son instinct. Sa synthèse universelle de notre quotidien est sans appel. D’ailleurs personne ne conteste ses paroles, puisque personne ne les comprend. C’est d’ailleurs, passez-moi l’astuce vulgaire, le meilleur moyen de ne jamais être contredit. Aurais-je été un poil sarcastique dans mes propos, vous ne m’en tiendrez pas rigueur, et vous reconnaîtrez aisément qu’à défaut de nous faire réfléchir, elle nous fait bien rire… ou rigoler, ne l’emmerdons pas avec un verbe du troisième groupe trop ardu à conjuguer et restons au premier, même si c’est bas de plafond.

Barre à gauche toute ! Pour Mélenchon c’est autre chose. C’est un érudit. C’est un tribun. Pas de faute d’accord en nombre chez Jean-Luc. Il sait haranguer les foules et les faire siennes, même quand c’est un hologramme qui représente devant nous sa sainte personne. La République c’est lui, avait-il affirmé face à un inspecteur de police judiciaire qui se demandait au même moment s’il avait bien fermé la fenêtre de sa cuisine en partant le matin pour cette perquisition, durant laquelle il essayait de rester de marbre face à un petit frisé à lunette qui lui postillonnait à la tronche. D’aucuns auraient rétorqué à l’homme de gauche que La République c’était Platon, mais le bon mot en cet instant n’aurait pas trouvé son public. Notre diva des maux d’une génération qu’elle croit représenter aurait pu, si elle avait été là, balancer son célèbre : « Ferme, ferme la porte, t’as la pookie dans l’side Pookie, pookie, pookie », qui tel un « va, je ne te hais point » d’une Chimène de bas étage à un Rodrigue coi et idiot, aurait scotché toute la foule, mais elle n’était pas là et est-ce que sérieusement quelqu’un d’autre que sa môman aurait compris un broc de ce qu’elle aurait voulu dire ? Question rhétorique, tout cela se serait terminé au commissariat, le poignet agrafé à un radiateur pendant qu’au loin celui qui nous avait déjà attendus des heures se faisait mettre la fièvre par une meuf terrible, bien plus bonne que la plus bonne de nos copines. Mélenchon donc, roi des orateurs, mais éternel énervé, entouré d’une clique qui ne sert pas beaucoup son image, et dont on a oublié depuis longtemps le programme, dilué dans le marasme des mots inutiles et des petites phrases assassines de ses coreligionnaires. Mélenchon qui ferait mieux de se recentrer sur son mandat plutôt que sur le suivant, et qui de ses adeptes n’a fait que des déçus ou des moutons. Quand les idées ne sont plus le moteur, mais que Narcisse déboule avec ses reflets et son goût pour la masturbation, plus un seul humain ne sait se tenir. Il faut briller ou faire s’éteindre les autres, c’est l’un ou l’autre, pas d’échappatoire, pas de troisième voie. Tuer ou être tué, mais se donner en spectacle jusqu’au ridicule. N’est-ce pas le borgne de Saint-Cloud qui disait que peu lui importait la manière dont on parlait de lui, l’important était que son nom soit su et circule ? Le résultat est là. D’un extrême à l’autre, même stratégie, même désintérêt pour les gens face à sa propre gloire. Quant à sa prostate, mystère. Le dernier à avoir essayé de l’enculer est maintenant à l’Élysée, et s’il y est arrivé, il n’a jamais rapporté aucun avis médical sur l’organe enfoui de notre haineux des harengs de Bismarck.

Maintenant que votre appétit est aiguisé, vous reprendrez bien du Raoult ? Ne faites pas vos timides, il m’en reste des caisses entières, qui si elles avaient contenu plus de masques que de verves de sa part, nous auraient permis de terminer l’année dans les bras de nos proches plutôt que la gueule dans un plat réchauffé de fond de rayonnage au parfum de Viandox. À quoi servent-ils tous ces médecins ? Un ingénieur on lui demande de construire un pont, il construit un pont (aux erreurs de Gênes près) ; un paysagiste on lui dit de tailler une haie, il embauche trois immigrés clandestins et leur vole leurs papiers pour qu’ils le fassent à sa place, mais le résultat est là, la haie est taillée ; les paysans paysannent (sic) ; les marins marinent ; le vendeur vend ; même le banquier achève son travail tel qu’il le lui a été demandé. Mais les médecins ? Guérissent-ils ? Douze ans passés à faire reluire les allées des facs, à quoi bon ? La moindre toux et hop ! on traite les symptômes mais pas la maladie. Et nous ne parlons pas ici de connaître les tréfonds d’une galaxie lointaine au sein de laquelle se cache le secret de l’existence et un petit homme vert à grandes oreilles, nous parlons de notre corps, de notre enveloppe, celle que nous habitons depuis des millénaires. Celle que nous avons eu tout le loisir d’analyser, et pour l’étude de laquelle quelques dictatures bien réparties au fil des siècles ont aboli la place de certains humains dans la société pour que des expériences dont seuls les chiens et les chimpanzés avaient eu l’honneur, puissent se dérouler paisiblement à la sortie des douches collectives ou de la communion du p’tit dernier. Eh ben que dalle ! Pas foutu de nous soigner dès qu’une nouvelle maladie approche. Et ce sont ces mêmes médecins qui vont hurler au scandale quand le technicien de leur box internet n’arrive pas à la faire fonctionner, eux qui ont été incapables jusqu’à présent de nous faire éviter toutes ces morts certaines. Alors on crève d’une toux. On agonise d’un hoquet. L’amour lui-même nous foudroie depuis des décennies sans qu’aucun laboratoire ne s’émeuve de cette incompétence si chèrement rémunérée, sur le dos des infirmiers et des ambulanciers, qui eux seuls nous guérissent, épongent nos vomis et nos fronts, nous promettent que « oui, le médecin va passer vous voir », mais il ne passe jamais et on s’éteint. Professions maudites que celles qu’on trouve dans les hôpitaux. Mais c’était sans compter sur Saint Raoult de la Providence. Dans le bled de la Bonne Mère des cathos à l’accent de rascasse, trône l’empereur des « si on m’avait écouté » et des  » j’vous l’avais bien dit ». L’homme qui dit de lui-même que son CV est impressionnant, n’en pisse pas forcément plus loin que ses congénères, et s’est fait mettre de côté par toute l’intelligentsia médicale dont les lèvres papillonnaient autour des scrotums z’ou des vagins de nos ministres en émoi. Comme un garçon il a les cheveux longs, comme un garçon il porte un blouson, un médaillon, un gros ceinturon, et au mur son diplôme préféré, celui qui dit qu’il a la plus grosse, et qu’il sait résoudre des intégrales triples en moins de cinq minutes, sans pour autant savoir quoi en faire. Dans le poste, les médias de tous bords s’arrachent ce D’Artagnan des bacs à sable si télégénique, avec sa langue acérée, ses promesses de jours meilleurs et son arrogance juvénile. Et si on lui donnait les pleins pouvoirs, au gominé, si on lui filait tout le pouvoir qu’il réclame. Qu’en ferait-il ? La même gabegie que tous ses prédécesseurs. Et un autre prendrait sa place comme oiseau de mauvais augure piailleur (sic), la boucle serait bouclée. Finalement le mouvement perpétuel en politique existe déjà. S’il pouvait se transformer en énergie, plus besoin de centrales thermiques. Et la publicité des années quatre-vingt-dix ne dirait plus d’avoir un tigre dans son moteur, mais un Mélenchon ou un Valls ; « prenez un Balkany il vous rapporte plus qu’il ne vous coûte ! » ; ça donnerait des réclames formidables.

Trois figures, trois témoins de notre temps qui prendront plus de place dans les livres d’histoire que nous, pauvres erres inutiles qui nous escrimons à faire tourner la Terre en rond, pourvu qu’on ait bien compris qu’elle n’est pas plate (barrez-vous d’ici si vous le croyez !). Trois habitués des couvertures de magasines et des coups d’éclat, qui ne verront jamais ces mots. Trois pourvoyeurs d’illusions parmi lesquels je n’ai pas su choisir malgré vos réponses au sondage. Trois de ceux qui font notre paysage et qui, grâce aux battages qu’ils provoquent, me font penser que pour notre siècle et nos bons cœurs, pour notre salut et nos envies de quiétude ou de bonheur, ça sent le sapin.

Billet d’humeur #8

Gnagnagna on ne peut plus rien dire, gnagnagna-ouinouin… voilà l’argumentaire de ceux qui disent haut et fort que la liberté d’expression c’est bien, mais… ce « mais » est une insulte à notre capacité de penser, et à notre liberté d’être une espèce autre que purement évolutionniste qui ne veut que bouffer son voisin pour lui imposer sa loi…

Mes petites petites petites filles…

par @petrovskybl

Quand nous n’aurons plus le droit de nous exprimer qu’en levant la main à espérer, fébriles, qu’on nous interroge.

Quand il faudra, pour dire ce que l’on pense, engager dix avocats et autant de crevettes cocktails.

Quand merde, chier et putain seront des mots systématiquement soulignés en rouge dans nos traitements de textes.

Quand aimer la nudité sera devenu l’ultime tabou.

Quand rire d’avoir trop fait d’excès sera devenu la dernière des hontes, qui nous poussera à nous flageller sur la place publique avec des orties fraîches.

Quand le monde ne tournera plus rond car il sera devenu tout plat.

Quand l’évocation des noms de Cabu, Charb, Tignous, Honoré ou Wolinski n’inspirera que de la gêne aux oreilles chastes.

Quand Beaumarchais, Bukowski, Juvénal, Desproges, Boileau, La Fontaine, Rabelais et Nizan ne seront plus enseignés que comme des mauvais exemples, à une jeunesse mollassonne et endormie, sous le regard de vieux corbeaux austères de leurs maîtres.

Quand nous nous ferons tous peur les uns les autres, sans autre raison que notre propre existence et la découverte de nos différences.

Quand l’éloquence des armes taira celle des tribuns.

Quand ma fille et ses filles et leurs filles se demanderont ce que sont ces vieux journaux poussiéreux que gardait leur aïeul au grenier de cette maison de campagne que nous cherchons encore.

Quand elles les ouvriront pour y voir les gros nez des dictateurs de la pensée raillés en deux coups de crayon par d’éternels enfants.

Quand un exemplaire du mariage de Figaro arraché au dessous du pied d’une commode bancale leur fera déclamer en son nom que sans liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur, et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits.

Quand Serge retrouvera sa voix sous un saphir abandonné là et qu’elles se demanderont qui étaient ces Prévert et Cosma qui faisaient rimer les souvenirs avec les feuilles d’automne.

Quand l’une après l’autre mes traces ne seront qu’un moment d’étonnement et d’embarras pour ces petites princesses, dans quel monde vivront-elles ?

Dans quel monde les aurais-je laissées grandir ?

Devront-elles reconquérir une liberté perdue ?

Auront-elles connu le goût de notre liberté et en voudront-elles ? ou se satisferont-elles du sort offert par ceux qui penseront à leur place ?

Ce sera dans cent ans. 

Mais dans mille ? Dans dix mille ? Dans un million ? 

Qu’est-ce qui fera rire mes petites filles du bout des temps ?

Qu’est-ce qui les fera virevolter comme des papillons babillards ?

Est-ce qu’elles sauront rire, ces petites descendantes ?

Est-ce qu’elles en auront toujours le droit ?

Ou aura-t-on drapé leurs âmes vibrantes des étoffes de la soumission ?

Pour que demain chacun puisse encore se foutre de la gueule de tout et tourner en ridicule les risibles qui croient nous commander, et à qui nous confions comme des sots ce pouvoir, j’ai voulu ce futur podcast. 

Il y a Charlie, il y a Siné, il y a les Standupeurs américains, les punks russes et tant d’autres sur chaque continent, et dans le placard de notre chez-nous, il y aura moi. Résistant comme un fou à l’assombrissement du feu d’artifice que devrait être le bonheur de vivre, rendu nauséabond par quelques illuminés de tous poils.

Quand nous n’aurons plus le droit de définir nos propres limites, nous battrons-nous pour le récupérer ? Certains l’ont fait. Moi, je le dois à ma fille. 

Bienvenue dans Liberté Égalité Pains Au Lait.

(vidéos à (re)voir pour se faire du bien et se souvenir…)

Billet d’humeur #7

De retour alors que je m’étais promis que NON, mais l’actualité m’a fait perdre la tête…

Ma petite puce

par @petrovskybl

Mercredi.

Pas loin de la mi-octobre, mais déjà presque novembre. Année du pangolin.

J’attrape avec plaisir mon Charlie, glissé sous la porte de notre appartement boboïsant par une gardienne d’immeuble qui doit se demander ce qu’est cette revue à l’emballage opaque que je reçois chaque semaine. « Certainement de la pornographie, rumine-t-elle à coup sûr dans son duvet vieillissant, de toute façon il a une tête de pervers ce locataire et tous les samedis il jette des dizaines de bouteilles dans la poubelle à verre. C’est louche ». Non, chère voisine du rez-de-chaussée, ce n’est pas louche, j’ai juste des amis qui aiment les bonnes choses et la gueule de bois. Et alors que ma commère accusatrice doit être en quête d’une rumeur sur la voisine du premier qu’on entend de plus en plus gémir avec les jours qui raccourcissent, j’ouvre mon Charlie et je me régale.

Immédiatement je dévore Les Couvertures Auxquelles Vous Avez Echappé, elles sont acerbes à souhait et tellement justes qu’avec ma douce, à qui je fais la lecture et une description de chaque dessin cependant qu’elle nourrit notre progéniture à la manière d’une productrice de foie gras d’un Sud-Ouest aux effluves merveilleux de magret et de vin trop sucré, on se marre, on rit jaune parfois, mais de bon cœur, on se pince les lèvres même alors que s’étalent les calembours d’actualité sur les têtes coupées, et on se dit qu’on est heureux de s’être abonnés. Je regarde ma fille qui décidément ne ressemble ni à une oie ni à un canard du Périgord, et pourtant, quelle goulue !

Je m’ébroue ensuite quelques instants seul à la lecture des Crétins, florilège d’abrutis qui déversent leur désamour de Charlie et leur conviction que la liberté d’expression c’est bien, mais qu’il faut y mettre des limites. S’y perdent d’ailleurs quelques fous de dieux et autres astrologues qui me confortent dans ma peur des rues sombres et des esprits étroits. Je dévoile à ma tendre les fautes de syntaxe juteuses et la haine qui s’étale là comme du foutre précoce : trop secoué, frustrant, et souvent mal dirigé.

Des idiots de la page de gauche je glisse vers les Soutiens de la page de droite. Que des profs ou conjoints de, qui s’en perdre la tête, eux, dévoilent leurs angoisses, leurs témoignages et leur fatalisme. Le monde a dérivé vers quelque chose qu’ils ne maîtrisent plus et ceux qui gueulent plus fort que les autres ont entraîné dans leur discours baveux torrentiel les apprentis humains au cerveau encore trop malléable. Au milieu des mots, une phrase me tire, comme l’évocation de janvier 2015, une larme qui m’enserre la gorge alors que j’essaye de lire à haute voix : « Ce qui est sûr, c’est que désormais, je n’hésiterai plus jamais devant les thèmes qui dérangent des intégristes car je préfère prendre le risque de mourir pour un monde meilleur que de vivre dans un monde obscur. » Silence. Anne-Gaëlle D. qui écrit ces mots n’est pas lieutenant de vaisseau au large du Yémen ou ingénieure sans frontière au milieu du Sahel. Non. Anne-Gaëlle D. est professeur des écoles, institutrice quoi. Certainement avec ses craies, son tableau noir, ou tout autre ustensile apporté par la modernité, et vissée au corps sa conviction de façonner des petits êtres pour en faire des adultes responsables, ouverts, tolérants, réfléchis et heureux. Pour sa conviction qui l’aura amenée d’un IUFM disparu en 2013 à un parterre de bambins criards, Anne-Gaëlle D. est prête à mourir. Et vous ? Et moi, qui ne suis déjà que rarement prompt à sauter un repas ?

Madame Anne-Gaëlle D., aujourd’hui alors que ma fille s’endort et que je rêve éveillé qu’elle ait un jour une femme comme vous pour lui enseigner le monde, vous m’avez fait ressentir tout le poids de mon inutilité. Moi aussi j’ai fait de longues études, dans de belles écoles, et j’ai réussi à ne plus avoir de crainte du lendemain, financièrement. Par contre, le peu d’âme qu’il me reste est totalement effrayé par l’obscurantisme et la perte de contrôle sur nos libertés. Je n’ai jamais cru en aucun dieu, et les religieux, comme les diseuses de bonne aventure me font vomir en cela qu’ils manipulent les gens pour leur propre bénéfice et qu’ils leur volent leur liberté. Mais je ne me bats pas. J’ai pleuré en janvier 2015, après avoir frissonné au procès de 2007. Mais je ne suis pas prêt à mourir. Et vous l’êtes. Je voudrais avoir votre courage, je voudrais que nous l’ayons tous. Peut-être demain, qui sait ? je me réveillerai, et ma flamme ne sera plus seulement qu’une intention minable, mais sera devenue un brasier. Je l’espère.

Merci Anne-Gaëlle D. Merci Charlie. Ma petite puce est si jolie et sa vie mérite certainement que le feu, enfin, me dévore.