Billet d’humeur #10

Je vous ai sondés, vous n’avez rien dit, vous y consentiez donc, mais maintenant j’ai le doigt qui pue. Alors comme vous m’avez cherché, que vous n’êtes pas les seuls et que ces trois énergumènes trustent les écrans à m’en donner une nausée qu’aucune gastro ne serait égaler, je me lâche, je lâche tout, et j’inaugure le billet d’humeur et d’actualité pour ce dixième anniversaire. Vous êtes bientôt mille à avoir lu ce blog, c’est tout à fait énorme, et je ne me lasse pas de vous balancer ces débilités. Puissent-elles vous faire sourire, rire ou vomir, sans jamais vous laisser indifférents. Venez sur les réseaux en débattre et vous y battre s’il le faut. Je suis un piètre jouteur, mais j’aime vous y voir postillonner ! Bonne lecture, amis ! N’oubliez pas d’être heureux, il n’y a que vous qui puissiez choisir pour vous-même cette destinée, le reste n’est que littérature…

Ça sent le sapin

par @petrovskybl

Des profondeurs d’une gauche qui ne sait plus quel racolage utiliser pour conquérir des voix, à une chanteuse au nom de dessert japonais scatophile, en passant par le Mick Jagger des boîtes de Petri, rien n’y fit. Vous aviez pourtant la possibilité de diriger ma haine et mon courroux (coucou!) vers ces figures Warholiennes du succès immérité, mais vous optâtes pour la morosité la plus flasque, la platitude résignée du résineux saturnien qui encombre en ce moment nos trottoirs et nos cimetières alors que toussent et toussent les humains. Car oui, en ces temps de peste bubonique revisitée où l’humanité sait que demain sera moins bien qu’aujourd’hui et qu’hier ne meurt jamais, vous eussiez pu (tout simplement, parce que vous « eussiez putes » ça fait un peu trop néerlandais des ruelles ou brésilien des sous-bois), vous eussiez pu donc, verser dans la gaudriole facile et dans le calembour à deux sesterces, mais non, bravo, je suis fier de vous comme de cette première chemise que j’ai mise sous verre et que je regarde amoureusement en espérant qu’elle ait enfin un jour le goût de madeleine que m’a promis Proust, je vous admire même.

Car comme aurait dit Aya Kakamura, dont je me refuse à orthographier le nom correctement tant qu’elle n’aura pas écrit un texte qui ne fusionne pas dadaïsme et macramé : « Hello papi, mais qué pasa? J’entends des bails atroces sur moi. » Les juristes immobiliers auront rectifié d’eux-mêmes le pluriel de bail en baux, mais passons puisque ce n’est pas sur les bancs de l’école qu’on devient utile à la société a priori, la miss des bas studios ne peut donc être tenue pour responsable de ce langage que personne ne comprend et en réinvente le sens à sa propre interprétation. Entendons-nous sur une chose, il faut beaucoup de bouses pour que du bon engrais ainsi obtenu émerge l’excellence d’un blé merveilleux qui ondule aux alizés. Alors merci Aya Qu’akamouru pour tant de déjections verbales. Vous êtes le terreau fertile sur lequel va naître toute une génération d’écervelés qui ne remplissent plus les universités, mais écument les gloires faciles à la recherche d’une marche de porche où poser leur cul un soir de pluie, et pester sur ce monde qui ne veut pas d’eux. Quelle merde cette planète qui ne reconnaît pas le talent de ceux qui ne font qu’en vouloir, sans jamais oser en avoir. Le talent populaire c’est la démagogie de l’art. Combien sont morts pour être redécouverts ? Combien sont entrés dans l’histoire des décennies après en être sortis ? À combien d’acteurs fait-on reprendre chaque ligne, chaque anicroche d’élocution, inlassablement, pour enfin leur décerner un Oscar à quelques jours de leur mort ? Pas à Yaya Connemara ! Son instinct. Sa synthèse universelle de notre quotidien est sans appel. D’ailleurs personne ne conteste ses paroles, puisque personne ne les comprend. C’est d’ailleurs, passez-moi l’astuce vulgaire, le meilleur moyen de ne jamais être contredit. Aurais-je été un poil sarcastique dans mes propos, vous ne m’en tiendrez pas rigueur, et vous reconnaîtrez aisément qu’à défaut de nous faire réfléchir, elle nous fait bien rire… ou rigoler, ne l’emmerdons pas avec un verbe du troisième groupe trop ardu à conjuguer et restons au premier, même si c’est bas de plafond.

Barre à gauche toute ! Pour Mélenchon c’est autre chose. C’est un érudit. C’est un tribun. Pas de faute d’accord en nombre chez Jean-Luc. Il sait haranguer les foules et les faire siennes, même quand c’est un hologramme qui représente devant nous sa sainte personne. La République c’est lui, avait-il affirmé face à un inspecteur de police judiciaire qui se demandait au même moment s’il avait bien fermé la fenêtre de sa cuisine en partant le matin pour cette perquisition, durant laquelle il essayait de rester de marbre face à un petit frisé à lunette qui lui postillonnait à la tronche. D’aucuns auraient rétorqué à l’homme de gauche que La République c’était Platon, mais le bon mot en cet instant n’aurait pas trouvé son public. Notre diva des maux d’une génération qu’elle croit représenter aurait pu, si elle avait été là, balancer son célèbre : « Ferme, ferme la porte, t’as la pookie dans l’side Pookie, pookie, pookie », qui tel un « va, je ne te hais point » d’une Chimène de bas étage à un Rodrigue coi et idiot, aurait scotché toute la foule, mais elle n’était pas là et est-ce que sérieusement quelqu’un d’autre que sa môman aurait compris un broc de ce qu’elle aurait voulu dire ? Question rhétorique, tout cela se serait terminé au commissariat, le poignet agrafé à un radiateur pendant qu’au loin celui qui nous avait déjà attendus des heures se faisait mettre la fièvre par une meuf terrible, bien plus bonne que la plus bonne de nos copines. Mélenchon donc, roi des orateurs, mais éternel énervé, entouré d’une clique qui ne sert pas beaucoup son image, et dont on a oublié depuis longtemps le programme, dilué dans le marasme des mots inutiles et des petites phrases assassines de ses coreligionnaires. Mélenchon qui ferait mieux de se recentrer sur son mandat plutôt que sur le suivant, et qui de ses adeptes n’a fait que des déçus ou des moutons. Quand les idées ne sont plus le moteur, mais que Narcisse déboule avec ses reflets et son goût pour la masturbation, plus un seul humain ne sait se tenir. Il faut briller ou faire s’éteindre les autres, c’est l’un ou l’autre, pas d’échappatoire, pas de troisième voie. Tuer ou être tué, mais se donner en spectacle jusqu’au ridicule. N’est-ce pas le borgne de Saint-Cloud qui disait que peu lui importait la manière dont on parlait de lui, l’important était que son nom soit su et circule ? Le résultat est là. D’un extrême à l’autre, même stratégie, même désintérêt pour les gens face à sa propre gloire. Quant à sa prostate, mystère. Le dernier à avoir essayé de l’enculer est maintenant à l’Élysée, et s’il y est arrivé, il n’a jamais rapporté aucun avis médical sur l’organe enfoui de notre haineux des harengs de Bismarck.

Maintenant que votre appétit est aiguisé, vous reprendrez bien du Raoult ? Ne faites pas vos timides, il m’en reste des caisses entières, qui si elles avaient contenu plus de masques que de verves de sa part, nous auraient permis de terminer l’année dans les bras de nos proches plutôt que la gueule dans un plat réchauffé de fond de rayonnage au parfum de Viandox. À quoi servent-ils tous ces médecins ? Un ingénieur on lui demande de construire un pont, il construit un pont (aux erreurs de Gênes près) ; un paysagiste on lui dit de tailler une haie, il embauche trois immigrés clandestins et leur vole leurs papiers pour qu’ils le fassent à sa place, mais le résultat est là, la haie est taillée ; les paysans paysannent (sic) ; les marins marinent ; le vendeur vend ; même le banquier achève son travail tel qu’il le lui a été demandé. Mais les médecins ? Guérissent-ils ? Douze ans passés à faire reluire les allées des facs, à quoi bon ? La moindre toux et hop ! on traite les symptômes mais pas la maladie. Et nous ne parlons pas ici de connaître les tréfonds d’une galaxie lointaine au sein de laquelle se cache le secret de l’existence et un petit homme vert à grandes oreilles, nous parlons de notre corps, de notre enveloppe, celle que nous habitons depuis des millénaires. Celle que nous avons eu tout le loisir d’analyser, et pour l’étude de laquelle quelques dictatures bien réparties au fil des siècles ont aboli la place de certains humains dans la société pour que des expériences dont seuls les chiens et les chimpanzés avaient eu l’honneur, puissent se dérouler paisiblement à la sortie des douches collectives ou de la communion du p’tit dernier. Eh ben que dalle ! Pas foutu de nous soigner dès qu’une nouvelle maladie approche. Et ce sont ces mêmes médecins qui vont hurler au scandale quand le technicien de leur box internet n’arrive pas à la faire fonctionner, eux qui ont été incapables jusqu’à présent de nous faire éviter toutes ces morts certaines. Alors on crève d’une toux. On agonise d’un hoquet. L’amour lui-même nous foudroie depuis des décennies sans qu’aucun laboratoire ne s’émeuve de cette incompétence si chèrement rémunérée, sur le dos des infirmiers et des ambulanciers, qui eux seuls nous guérissent, épongent nos vomis et nos fronts, nous promettent que « oui, le médecin va passer vous voir », mais il ne passe jamais et on s’éteint. Professions maudites que celles qu’on trouve dans les hôpitaux. Mais c’était sans compter sur Saint Raoult de la Providence. Dans le bled de la Bonne Mère des cathos à l’accent de rascasse, trône l’empereur des « si on m’avait écouté » et des  » j’vous l’avais bien dit ». L’homme qui dit de lui-même que son CV est impressionnant, n’en pisse pas forcément plus loin que ses congénères, et s’est fait mettre de côté par toute l’intelligentsia médicale dont les lèvres papillonnaient autour des scrotums z’ou des vagins de nos ministres en émoi. Comme un garçon il a les cheveux longs, comme un garçon il porte un blouson, un médaillon, un gros ceinturon, et au mur son diplôme préféré, celui qui dit qu’il a la plus grosse, et qu’il sait résoudre des intégrales triples en moins de cinq minutes, sans pour autant savoir quoi en faire. Dans le poste, les médias de tous bords s’arrachent ce D’Artagnan des bacs à sable si télégénique, avec sa langue acérée, ses promesses de jours meilleurs et son arrogance juvénile. Et si on lui donnait les pleins pouvoirs, au gominé, si on lui filait tout le pouvoir qu’il réclame. Qu’en ferait-il ? La même gabegie que tous ses prédécesseurs. Et un autre prendrait sa place comme oiseau de mauvais augure piailleur (sic), la boucle serait bouclée. Finalement le mouvement perpétuel en politique existe déjà. S’il pouvait se transformer en énergie, plus besoin de centrales thermiques. Et la publicité des années quatre-vingt-dix ne dirait plus d’avoir un tigre dans son moteur, mais un Mélenchon ou un Valls ; « prenez un Balkany il vous rapporte plus qu’il ne vous coûte ! » ; ça donnerait des réclames formidables.

Trois figures, trois témoins de notre temps qui prendront plus de place dans les livres d’histoire que nous, pauvres erres inutiles qui nous escrimons à faire tourner la Terre en rond, pourvu qu’on ait bien compris qu’elle n’est pas plate (barrez-vous d’ici si vous le croyez !). Trois habitués des couvertures de magasines et des coups d’éclat, qui ne verront jamais ces mots. Trois pourvoyeurs d’illusions parmi lesquels je n’ai pas su choisir malgré vos réponses au sondage. Trois de ceux qui font notre paysage et qui, grâce aux battages qu’ils provoquent, me font penser que pour notre siècle et nos bons cœurs, pour notre salut et nos envies de quiétude ou de bonheur, ça sent le sapin.

Billet d’humeur #6

Nous sommes libres. Mais ces quelques semaines de repos forcé. D’enfermement presque volontaire n’ont pas laissé intacte nos santés mentales. Alors les billets d’humeurs et les souvenirs doivent continuer de pleuvoir. Épisode #6

The Lost World

par @PetrovskyBL

Quand Michael Crichton publia en 1995 ses histoires abracadabrantesques sur de grosses bestioles qui reprenaient vie par la volonté seule de quelques hommes mégalomanes, il n’imaginait certainement pas à quel point il écrivait en réalité sur tous les nostalgiques.
Et j’en suis.
J’en suis de ceux qui pensent aux évènements passés en permanence, et s’y accrochent comme des moules à un rocher la veille de la braderie de Lille. J’ai bientôt quarante ans. Un âge que je ne me voyais jamais atteindre. Un âge où normalement on grisonne, et on amène ses gosses devant l’école, dans une bagnole qui ne fait rêver aucune des filles qui s’étalent sur les vitrines des kiosques à journaux, mais peut-être une ou deux mères, c’est toujours ça. J’ai bientôt quarante ans et moi qui fête tous les ans mon anniversaire à m’en faire péter les veines, cette année, à cause d’un virus, je le célèbrerai de chez moi. Et c’est peut-être mieux ? J’en ai marre de boire. J’en ai marre de ne plus me souvenir de ce que je fais. Et puis je vais être père. Bordel. Enfin, si ce machin qui va frôler les quatre kilos aux dires d’un médecin vu hier et qui s’enorgueillissait de badigeonner le ventre bedonnant de ma douce, arrive à s’en extraire ? D’après dame nature oui. Mais quand on est au pied du mur, qui est l’endroit où l’on voit le mieux le mur et non nécessairement le maçon, je le rappelle, on se demande quand même si l’option d’être ovipare n’aurait pas été meilleure ou moins douloureuse. Même si, perdant continuellement tout ce que je cherche en vain, mes clefs principalement, il n’aurait mieux pas valu me confier l’œuf sans une sérieuse balise GPS.

Enfin. J’attends donc, confiné et sobre, ce changement de vie qui en a frappé d’autres avant moi et j’écoute mes souvenirs me causer. Il y a vingt ans. Vingt-deux ans si on tient à être aussi précis que la mode des arrondis ne nous y autorise pas, je passais mon bac, et comme il était de bon ton, j’entamais une première année de classe préparatoire aux grandes écoles d’ingénieurs, qui n’ont de grandes finalement que le fronton sur lequel elles inscrivent leur nom, et leur orgueil. Leur peur aussi de ne plus être grandes un jour et de devoir se mêler à celles qu’elles n’auront jamais que regardées de haut. Une première année de prépa qui découlera sur une seconde, puis trois années d’ingénieur et un DEA (je vous laisse aller sur les moteurs de recherche pour trouver la signification de ce témoignage du passé), dans des établissements qui feraient rêver, mais ne m’ont rien appris. Tout ce que je sais de mon métier aujourd’hui et dont je me sers quotidiennement, je l’ai appris par l’expérience, et la prépa. Oui. Car c’est la prépa qui a certainement été le moment de mes études que j’ai préféré. Apprendre pour apprendre. Sans but. Si ce n’est celui des concours. Mais ils ne m’ont jamais fait peur comme à certains de mes comparses. Du moins jamais autant. Pour autant il fallait bûcher dur pour tout intégrer. Les journées étaient intenses, comme les soirées et les nuits courtes, embrouillées par cet amoncellement de connaissances que le sommeil était censé trier. C’est à ces moments-là. Entre travail et limbes, à la recherche de musique ou de quoi que ce soit d’autre qui pourrait m’apaiser, qu’une nuit je suis tombé sur cette émission de radio qui a marqué ma vie, et ressort aujourd’hui dans mon cœur.

Elle s’appelait LMDMF, « Le Monde De Monsieur Fred », à prononcer LMDMeufs. Notez toute la sensibilité du jeu de mots. Une bande de potes, alunis par hasard sur OUÏ FM, qui n’était alors qu’une radio locale sur Paris, et qui nous jouait de 23 h à minuit des pièces de théâtre radiophoniques qui auraient fait pâlir par leur absurdité le plus fervent adepte de La Huchette, le tout prenant scène dans une onirique forêt magique. Il y avait le gosse Niluje, le Docteur Helmut Perchu, Monsieur Meuble, Léon Tom Cruise, Marguerite, Latex… et plusieurs autres, tous autour de Monsieur Fred, planté par Fred Martin, fils d’un père et d’une mère, tous deux prédisposés à engendrer un gamin babillard, et dont il avait certainement hérité son goût pour les bons calembours et le borderline qu’il érigea tout le long des cinq années de l’émission en talent. Tout pouvait être dit lors de ces mini moments de vie imaginaire. Les histoires étaient toutes plus folles que les autres, elles ont façonné mes rêves d’alors. Chaque opus se terminait par un poème du Docteur qui en profitait pour nous expliquer à sa manière l’énigme, philosophique ou non, du jour, et presque à chaque fois en vers. Il introduisait son monologue par un très cérémonieux « j’ai explication ! » dans un fort accent germanique. Aujourd’hui encore, quand quelqu’un me demande si je connais la raison de telle ou telle chose, je réponds par réflexe presque myotatique cette même phrase de l’ami teuton. Marguerite, la chaussette qui parle, était la voix de la sagesse sortait Monsieur Fred des pires démons, Niluje un pré-pré-prépubère très en avance sur son âge était toujours jeté en pâture pour les pires missions ou bien se lançait à ingurgiter tout et n’importe quoi, ponctuant ses phrases de son rire strident d’humain en pleine mue, et Latex, aussi réalisateur de l’émission, qui balançait en permanence les mêmes phrases préenregistrées, mais grâce auxquelles on comprenait toujours ce qu’il voulait dire, et qui finalement était bien plus expressives que n’importe quelle logorrhée d’érudit.

Quand les aventures étaient terminées, on pouvait entendre un Follow the Yellow brick road, tiré du magicien d’Oz, qui signifiait qu’on allait bientôt s’endormir, puis un au revoir et sur certains épisodes un magique « fais de beaux rêves bébé schtroumpf » suivi de la chanson Nothing Compares 2 U interprétée par Sinead O’Connor.

Pour tous ceux qui ont été touchés par cette émission de radio, il y a eu un avant et un après. Nous nous reconnaissons sur les réseaux et dans la rue à coup de références lancées à la cantonade qui restent souvent incomprises du plus grand nombre. Mais quand enfin nous croisons un acolyte, alors le bonheur est immense. Comme celui de l’expatrié qui retrouve au détour d’un dîner un compatriote pour évoquer le pays de sa naissance, pleurer sur les souvenirs, et sourire tendrement au temps qui passe et qui ne nous les rendra pas. Il n’y a pas d’ennemis au sein des gens qui aiment les belles choses. Ces belles choses qui sont des petits riens. Une mélodie. Trois traits de pinceaux. Des textes ciselés et dits avec le cœur. Il n’y a de chamaillerie que sur ce qu’il faut expliquer. Sur ce qui ne touche pas universellement les âmes.

Je vais bientôt, ou bien tard si on s’en réfère aux doctrines qui m’entourent, être père, et j’espère que je pourrai m’asseoir dans quelques années avec ma fille pour écouter des épisodes du Monde de Monsieur Fred. Elle ne comprendra pas tout. Elle me traitera de vieux con et voudra partir s’amuser avec ses potes à je ne sais quel jeu ou je ne sais quelle activité qui sera à la mode à ce moment-là. Je la laisserai partir bien sûr, heureux de me dire que j’aurais peut-être alors modelé en elle un premier souvenir, un de ces souvenirs qui en resurgira que des décennies plus tard et affichera un sourire en coin sur son visage, accompagné d’un petit haussement d’épaules et de notre image à tous les deux lors de ce premier instant qui s’imprimera sur la rétine de sa mémoire. Je serai certainement mort, vieux, amnésique, perdu dans le brouillard d’une fin de vie à ce moment-là. C’est certain même. Elle se retournera vers son amant, son amante, son gosse, son perroquet gris, n’importe quoi, et lui dira comment son père l’avait assise une fois pour lui faire découvrir ses souvenirs. Elle s’assiéra alors et partagera avec cet être plus chanceux qu’il n’aurait jamais imaginé l’être, sa madeleine. Pas la nôtre. La sienne. Celle qui comme moi l’aura prise aux tripes, au hasard, en lui offrant les clefs de la compréhension de l’utilité de l’existence, celle de rêver de la beauté éternelle et de pouvoir, une seconde, la toucher puis la laisser s’évaporer et nous pénétrer à tout jamais.

Billet d’humeur #5

Un ami nous a fait parvenir ce petit moment d’humeur enfermé chez lui en ces instants où nous luttons contre un ennemi qui n’est invisible que parce que nous avons une mauvaise vue. Ledit ami n’est plus sous le coup d’une restriction de ses agissements sur twitter et, mais reste en isolement, alors il divague. Épisode #5

Une liberté

par @PetrovskyBL

J’écoute comme vous les appels à une nouvelle liberté alors que j’écris ces mots et qu’un barbu mi-gris, mi-crème m’explique à grand renfort de médamzéméssieus qu’il va falloir être libre, mais à condition de ne pas totalement l’être. Nous découvrons tous ensemble que la liberté peut être redéfinie à volonté. Et quoi de plus normal me direz-vous, que de donner une signification aux choses pour mieux les cerner ? Il n’en reste pas moins que de cette liberté nous avons tous une interprétation, personnelle qui vient d’être mise au pas pour, nous dit-on, le plus grand bien de l’humanité et la survie de l’espèce vivante qui inventa le dictionnaire. Enfin, dont l’un des représentants l’inventa, si on peut dire que c’est une invention et non simplement la chronique des savoirs supposés à un instant donné.

Qu’est-ce qui fait que le bleu est bleu et qu’un livre est un livre ? Rien d’autre que la volonté, vertueuse ou pas, de nous le faire croire, par ceux qui détiennent le pouvoir de le déterminer. Pas de théorie du complot derrière mes propos. Je déteste ça. Elles n’ont pour but que de remplir YouTube et de nous faire croire que tout le monde ment. Ce qu’on sait pertinemment vrai, si vous saisissez le paradoxe d’une telle affirmation. Donc qu’adviendrait-il si je décidais seul de redéfinir ma réalité ? Que se passerait-il si tout le monde faisait de même ? Mon bleu serait votre rouge qui serait le vert d’un autre. Ce serait un élan de liberté de penser incroyablement décomplexé, mais totalement désordonné, et finalement affreusement stérile. Je commanderais dans cet imaginaire une voiture et on me livrerait des beignets de fleurs de courgettes que je payerais en petit pois alors que mon vendeur en attendrait des nèfles. Ce serait une anarchie d’incompréhension. On peut aisément conceptualiser dans cette situation que certains, plus faibles ou plus en recherche de reconnaissance, se rapprocheraient de plus forts qu’eux pour s’en faire aimer ou être protégés ainsi des autres, ou plus fourbes, pour y chercher le sponsor à leurs propres mauvais comportements. Ainsi donc se formeraient des clans dans lesquels un langage commun devrait nécessairement apparaître pour assurer la bonne relation vassal-suzerain entre les membres. Il est tout aussi plausible que ce soient les plus forts qui rassemblent autour d’eux des ouailles, mais le résultat est le même, un fort au milieu de plus faibles dévoués. De l’autre côté des possibles, on peut conjecturer que des rapprochements plus égalitaires se feraient. Mais même en les voulant les plus utopiques et collaboratifs qui soient, il viendra un moment où ces nouvelles entités devront s’organiser pour optimiser leurs relations internes, voire se structurer face aux communautés plus centrées sur un membre dirigeant, comme les premières décrites plus haut, qui les menaceraient d’invasion ou de toute autre absurdité qu’on peut vouloir faire pour asservir son prochain. Il faudra donc que nos groupuscules créés pacifiquement dans un idéal de symbiose choisissent de tendre leurs différences vers une concorde. Ainsi certains ne seront plus libres de dire que leur rouge est le bleu de leur voisin. Tous auront le même vert, le même arbre, les mêmes pieds.

Voici donc une bien longue digression qui nous amène à ce jour. Ce jour de presque déconfinement où l’on comprend que nous avions tous une définition de la liberté, mais qu’il nous en est aujourd’hui imposé une. Nous pensions tous être libres, mais cet après-midi il a fallu qu’on nous explique comment nous le serions dorénavant. Et on comprend depuis notre petite fenêtre de pays de la révolution, de civilisation occidentale qui est persuadée de tout pouvoir enseigner aux autres, on comprend que jamais nous n’avons été, à aucun moment, libres. Nous n’avons fait que suivre des règles. Si ces règles se rapprochaient de ce qui nous satisfaisait, alors nous nous sentions affranchis, mais nous n’étions que des gamins débiles à qui on avait tendu un hochet. Et qui nous le tendait ? Pas une société secrète dominant le monde. Vous imaginez bien que l’existence même d’une telle confrérie serait trop belle, car elle expliquerait toute notre servilité sans nous en rendre responsables. Non. Celui, celle, qui nous tendait le hochet, c’était nous-mêmes. Nous-mêmes à travers ceux que nous avions décidé de suivre ? Nous-mêmes à travers nos voisins pour lesquels il ne faut pas trop faire de bruit en marchant sur le parquet ; à travers nos familles, nos amis, nos amours, pour qui on collectionne les concessions. Nous-mêmes à travers nos désirs et surtout à travers nos peurs par lesquelles nous confions à d’autres nos destins.

Il n’existe aucune liberté. Ni celle de naître ou de mourir, ni cette de dire ou d’écouter, d’apprécier, ni même celle de comprendre qu’on n’est pas libre. Tout est imposé. De l’explosion initiale qui donna son élan à l’univers, jusqu’à sa fin qu’aucune de nos sciences ne sait prédire. Entre les deux ? Des instantanés de rien, et nous. Ce « nous » conscient qui ne semble être que le passager d’un corps dont nous ne maîtrisons que très peu d’aspects. Cette conscience emprisonnée dans ce corps. Ces volontés qui ne se réalisent jamais. Entre la naissance et la mort de l’univers il n’y a qu’une presque-infinité de réactions qui s’enchaînent et que nous rêvons aléatoires ou sur lesquelles nous pensons avoir une influence. Nous n’en avons aucune. Et c’est quand on s’en rend compte enfin, que la liberté de croire à notre déterminisme désespérant finit par se faire jour.

Aujourd’hui nous hurlons après un discours dont le seul vrai but était de combler un temps mort entre deux réactions prévues depuis la nuit des temps, déjà programmé et que rien ne pouvait empêcher. Nous hurlons que notre liberté s’en va. Mais quelle liberté ? Donnez-en votre définition. Puis demandez à votre voisin la sienne et mesurez l’immense distance qui vous sépare et l’impossible coexistence de vos deux pensées.

Aujourd’hui nous nous sommes nous-mêmes infligé une définition de la liberté, qui en vaut bien d’autres. Elle ne convient à personne, mais elle nous est commune, comme elle l’a rarement été. Est-ce bien ? Est-ce mieux ? Je n’en sais rien. Je ne fais que la décrire et vais devoir, comme vous, m’y accoutumer… ou pas, qui sait si tout ceci n’est pas enfin l’étincelle du réveil collectif d’une espèce qui se dégoûte elle-même au point de s’entretuer sans relâche ? J’en fais ma part d’espoir et de rêve secret.

Deuxième Édition – 13 avril 2020

 

Sommaire

Mini-édito au gluten
Fiat lux et facta est lux (texte court)
Là-bas – épisode 1 (texte court)
Vegan ! (texte court)
Sortir (poème)
Vole (poème)
La découverte (poème)
Le roi de la phtalate (poème)
Conclusion avec sucre ajouté



Mini-édito au gluten

Numéro deux, qui presque jamais ne sortit, mais qui est ravi de vous voir z’ici si prompts à vous écorcher les yeux sur ces textes bruts, qui n’ont reçu de correction que celle d’un martinet bienveillant. Excusons-nous par avance de ne pas être enclins à nous excuser de toutes les offenses que nous pourrions vous faire. Même ces excuses-là sont un camouflet. Que la bien-pensance nous honore de son dégueulis d’insultes et de reproches, nous nous en délectons déjà. Venez à nous pour partager un texte, nos colonnes vous sont ouvertes, et nos cœurs acquis. 

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Fiat lux et facta est lux

par @MetalAssBender

@MetalAssBender

Le réveil

Je me réveille d’un long sommeil, les yeux collés et une trace d’oreiller sur la joue. Je n’ose pas imaginer l’état de ma coiffure.

— La vache, j’ai bien dormi. Quelle heure il est ?

Je regarde la pendule cosmique.

— Bon moi !  Sept-cent-trente-sept-mille-trois-cents jours ! Mazette ! C’était pas une sieste, j’ai fait ma nuit. Bon, quel temps il fait en bas ?

Je me redresse et je prends quelques secondes sur le rebord de mon nimbostratus. Il me faut quelques jours pour reprendre mes esprits. J’ai la tête qui tourne. J’arrive enfin à me mettre debout. Oups, j’ai oublié ma toge, je ne peux pas sortir comme ça. Je l’enfile. Je m’avance et je me penche au bord du cumulonimbus qui me sert d’habitat céleste. Je regarde ma création avec la hauteur du Tout-Puissant, normal, c’est moi.

— Bordel ! Mais… qu’est-ce qu’ils ont glandé ? C’est quoi ce foutoir ?

Je vois à peine à travers l’atmosphère jaunie, je suis obligé d’utiliser mon omniscience pour essayer de comprendre ce qu’il se passe en bas. Ce que je vois me terrifie.

— Comment j’ai pu dormir si longtemps ? Personne n’a prié ? Comment ça se passe ?

Je regarde si le réseau est toujours en ligne. Non. Aucune connexion.

— Ah ben c’est sûr, ils pouvaient toujours m’implorer… qui est-ce qui m’a foutu un machin pareil ? Moi ? Ouais, pas faux.

Intérieurement, je me questionne pour comprendre comment ils ont pu se débrouiller pour arriver à un tel résultat en si peu de temps.

— Pourtant, avant, il se démerdaient pas trop mal. Je comprends pas, j’ai dû oublier un truc, c’est pas possible.

Je vérifie les données implémentées pour l’humanité sur mon transpondeur temporel. Je suis stupéfait de ce qui s’affiche sous mes yeux.

— Mais c’est ça ! J’ai oublié de leur refiler le gêne de l’intelligence innée… Je l’ai pourtant mis à toutes les autres créatures. Je me souviens pas avoir voulu expérimenter ça. J’ai dû me planter. Bon, je peux pas laisser ça comme ça, ils vont tout bousiller ces imbéciles.

Mise à jour

J’utilise mon omnipotence pour diminuer la température de trois degrés. Je modifie la composition de l’atmosphère pour retirer les gaz à effet de serre. Ensuite, je continue en faisant croitre la glace sur les pôles. Après cela, je reverdis les forêts primaires. Il faut également que je réimplante un grand nombre d’espèces qui, curieusement, ont disparu.

— Ça m’a l’air déjà un peu mieux. Mais bon, c’est pas top non plus. Tiens , c’est quoi ça ? Mais pourquoi le taux de radiation est aussi élevé ?

Je comprends en omniscientisant les modes d’énergie et les armements des Hommes.

— Mais qui leur a donné ces informations ? J’avais dit qu’il fallait pas leur faire connaître ça. Regardez-moi ça, ils en ont foutu partout ! Allez hop, ça, on vire.

Pouf ! D’un claquement de doigt, plus d’arsenal nucléaire, plus de centrales atomiques. D’un autre, je réduis la radiation à son taux initial. C’est beaucoup mieux. En observant la situation de plus près, je prends connaissance de la misère, de la pauvreté et je vois certains se gaver alors que d’autres meurent de faim.

— Mais ils ont absolument rien compris au concept… c’est désespérant. Il faut vraiment tout faire soi-même. Allez, ça aussi ça dégage.

Une pensée me suffit à faire disparaître les bourses et la haute finance. Je crée la nourriture manquante et j’égalise le tout pour que chacun ait de quoi vivre. Il va me falloir encore un petit moment pour gérer tout ce capharnaüm. Je dois faire plus attention.

Épilogue

Je descends d’un étage pour retrouver les archanges et mon fiston. Je les regarde, ils sont tranquillement installés devant un cirrostratus à faire une partie de Populous. Mon sang divin ne fait qu’un tour.

— Mais sérieusement, vous vous moquez de qui ? Vous avez vu le boxon qu’ils ont foutu en bas ? Personne n’a rien remarqué ?

Aucun ne répond, ils n’aiment pas quand je suis en colère. Tout le cumulonimbus se charge d’électricité et tonne. Je fais des gros yeux au petit Jésus.

— Dis-donc toi ! J’en ai marre. T’es une vraie plaie. Heureusement que ta mère est pas là pour voir ça. Un adolescent qui passe son temps à jouer au stratus et qui sort même pas vider les poubelles.

— Mais ! Papa ! C’est Uriel et Michel qui m’ont lancé un défi…

— Tu as toujours des excuses de toute façon. Quand c’est pas Judas, c’est un autre. C’est jamais toi. Allez, hop, debout, t’as du pain sur la planche.

— Quoi ?

— Tu y retournes !

— Ah non pas question. La dernière fois, je me suis fait torturer.

— Nan, mais cette fois-ci, ce sera différent. Promis.

— Mouais… non, mais non ! J’irai pas !

— Tu vas obéir oui ? Je suis ton père !

Il va quand même pas continuer à me casser les pieds longtemps ce petit insolent. Depuis qu’ils l’ont messifié, il a pris la grosse tête. Je jette un regard mauvais aux archanges, histoire de leur faire comprendre qu’ils doivent se remettre au travail. Voilà, c’est comme ça qu’on remet de l’ordre. bon, maintenant, il faut que je m’occupe des autres univers…

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Là-bas – Épisode I

Par @WapinBlanc

Je pousse la porte de la maison. Je suis enfin chez moi après tout ce temps passé en exil. J’apprécie l’odeur qui flotte dans mon hall d’entrée, le parfum du foyer retrouvé. Aussitôt, Billy vient à ma rencontre. Il est ébahi par ma seule présence et je ne puis l’en blâmer. À dire vrai, je n’aurais jamais pensé le revoir, moi non plus.

— M’sieur ?! Mais vous… vous êtes allé là-bas ? Et vous en êtes revenu ?!?

— Oui Billy, et j’en ai vu de belles.

— Racontez-moi ça, je veux tout savoir !

— Prépare-nous une bonne tasse de thé et rejoins-moi dans le salon, lui dis-je, lui ébouriffant les cheveux alors qu’il s’exécute en poussant des cris de joie.

Je m’assois dans mon canapé et je manque de m’endormir sur-le-champ. Il y avait longtemps que je n’avais pas ressenti un tel confort.

— Cette tribu a bien failli avoir ma peau, me dis-je en m’étirant de toutes mes forces.

Bientôt, Billy revient avec le thé. Un bon vieux sachet d’Earl Grey bien industriel et non-équitable de chez Twinnings, rien de mieux pour rincer mon gosier asséché. Je mets les pieds sur mon pouf en cuir véritable et je contemple mon plafond un instant.

Billy est mort de curiosité, il me presse de ses questions.

— Alors M’sieur ? C’était comment ?!

Avant de lui répondre, je prends une longue bouffée de ma pipe. On dit qu’au moment de mourir, on voit sa vie défiler devant ses yeux, mais je peux vous dire que c’est également le cas au moment où l’on revit enfin après une période de douleur profonde.

Quand je suis arrivé là-bas, j’ai été accueilli à bras ouverts. Ils se sont jetés à mon cou et m’ont souhaité la bienvenue à plusieurs reprises. « Bienvenue et crois en toi » m’avaient-ils dit avec bienveillance. Je me souviens de cette fille qui s’était accrochée à moi, humant discrètement le parfum délicat de mon eau de toilette. Elle avait l’air d’être en état de manque, car, non contente de presser son bas-ventre contre le mien, elle me donnait l’impression de vouloir m’aspirer tout entier à travers ses narines.

Je compris par la suite que leurs coutumes prohibaient une telle conduite, car elle s’était habilement détachée au moment où les autres s’étaient rendu compte que le câlin tirait un peu trop en longueur pour être honnête. L’instant d’après, elle chuchotait quelque chose à l’oreille du chef du village, qui s’adressa à moi immédiatement.

— Bienvenue et croyez en vous, étranger. Par contre… euh… ça m’ennuie de vous demander ça ! Je me permets, hein ? Alors… euh… pourriez-vous s’il vous plaît aller sans attendre vous laver dans la rivière ? Votre parfum a quelque peu déstabilisé notre jeune camarade ici présente. Elle s’est sentie attirée par votre odeur durant votre étreinte.

— Ah euh… Mais c’est elle qui… je… vous m’en voyez désolé ! dis-je humblement.

— Aucun problème mon ami, ce n’est pas si grave. Et vous êtes parfait comme vous êtes, surtout n’en doutez pas.

— Oui. Vous êtes super comme ça ! scandèrent les autres en chœur.

— Du coup puisque ce n’est pas si grave, je peux rester comme ça ? Pas besoin d’aller à la rivière ?

— Si. Parce que notre amie se sent à présent offensée. Elle ne cherche pas de relation pour l’instant vous savez.

— Mais…mais je n’ai rien fait ! Vous êtes sûrs que je suis bien comme je suis ?

— Surtout ne changez rien.

— Sauf mon parfum, parce qu’il déclenche malgré moi un intérêt de la part de cette fille ?

— Voiiiiilà.

Il me prit en aparté.

— C’est ainsi que ça marche ici. Quand une femme fait des avances, il faut immédiatement la rejeter. Ainsi nous évitons plus facilement un procès. Vous savez, notre système judiciaire est très performant depuis qu’on utilise les réseaux sociaux comme salle de tribunal.

— Vous m’en direz tant ! fis-je, les yeux ébahis.

— Puis c’est meilleur pour l’environnement de ne pas porter de parfum. C’est un peu comme le maquillage qui est imposé par la frange patriarcale de notre société, et qui vise à transformer la femme en objet sexuel, voyez-vous.

— La frange patriar… bon.

Ne voyant pas ce qu’une coupe de cheveux pour homme venait faire dans l’histoire, et ne voulant pas démarrer un esclandre à peine arrivé, je me suis exécuté à contrecœur. Arrivé à la rivière, j’ai déballé ma trousse de toilette et en ai extirpé mon savon. À ce moment exact, une autre femme m’a abordé.

— Dites donc, étranger, ce n’est pas pour vous critiquer – je ne me permettrais pas car vous êtes super – mais vous savez qu’il y a de l’huile de palme dans votre savon ?

Il m’apparut alors clair que mon voyage là-bas ne faisait que commencer…

(À suivre)

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Vegan !

Par @CondieRais

C’est arrivé peu de temps après le jour de mes cinquante ans.

J’imagine que l’idée avait dû faire son chemin tout doucement, sans bruit, ramper lentement au fond de mon cerveau imbibé de Sauvignon avant de jaillir à la surface. Les choses arrivent rarement comme ça, d’un seul coup. Et elles résultent la plupart du temps d’un faisceau de facteurs, rarement d’une cause unique. C’est valable pour les grands événements historiques comme pour la plupart des décisions qui jalonnent notre misérable existence. On pense qu’on a fait ceci ou cela « sur un coup de tête », alors qu’en réalité, c’est la conséquence d’un long et complexe processus de maturation inconsciente.

Bref.

Je n’ai jamais été un gamin de la campagne. J’ai toujours habité la banlieue, ou le centre-ville de Paris. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours passé mes vacances au bord de la mer ou dans des métropoles à l’étranger, ou encore dans des réserves africaines. Autrement dit, je n’ai jamais réellement fait le lien entre le jambon-beurre que je m’enfilais chaque matin depuis des années au petit déjeuner, et l’animal vivant appelé « cochon » ou « porc ». – pour tout dire, je me rends compte en écrivant ces lignes que je n’ai jamais vu de cochon, en un demi-siècle, autrement qu’en photo ou à la télé. Pas plus que je n’ai jamais fait le rapprochement entre la délicieuse blanquette de ma grand-mère et le mignon petit veau arraché à sa mère, ni entre le bœuf-bourguignon et l’animal concerné, etc. Dans mon schéma mental, un « steak-frites » a toujours été un plat qui aurait pu tout aussi bien pousser sur les arbres ou être fabriqué dans une usine spécialisée. La viande était pour moi une matière première comestible comme une autre – non, je corrige, ma préférée -, comme les champignons, comme les carottes, et ainsi de suite.

Je réalise à quel point nous pouvons savoir une chose sans en avoir pleinement conscience.

§

Il ne s’agit pas ici d’écrire un texte militant, de faire la morale à qui que ce soit, ni même d’essayer de vous convaincre de suivre mon chemin, cher lecteur. Après tout, j’ai bouffé des rillettes, du saucisson, j’ai avalé toutes sortes de viandes pendant cinquante ans. Je m’en suis régalé. Chaque jour de ma vie, ou quasiment. Alors je serais gonflé de venir emmerder mes semblables sous prétexte que j’ai arrêté. Comme si je ne sais quelle révélation divine m’était soudainement dégringolée dessus et que je me sentais un devoir moral supérieur d’aller porter je ne sais quelle bonne parole urbi et orbi.

Du tout.

J’allais dire, bien au contraire.

Pour être tout à fait honnête, j’ai l’impression d’être tombé dans un piège. Un peu comme pour la cigarette – je suis un gros fumeur depuis trente-cinq ans -, mais à l’envers. De même que je me ruine la santé avec le tabac sans pouvoir m’arrêter pour autant, je me ruine le moral sans pouvoir remanger de la viande. Dans un cas, je suis piégé par l’accoutumance. Dans l’autre, par un impératif moral dans lequel je me suis enfermé tout seul, et qu’on pourrait résumer de la manière suivante : mon plaisir ne mérite pas la souffrance endurée par un animal au cours de son élevage, de son transport et de son abattage.

Alors c’est tout juste si je ne suis pas en train de vous mettre en garde, chers lecteurs carnivores. Ne vous posez pas de question, n’allez pas vous gâcher la vie avec des interrogations sur les veaux, vaches, cochons et autres volailles.

Vous risqueriez de le regretter chaque foutu jour que Dieu fait.

Voilà, j’ai toujours été le contraire d’un militant, de toute façon.

§

La viande me manque, putain.

La charcuterie, surtout.

Je tente d’aller chercher un peu de réconfort sur Internet. Histoire de me sentir moins seul. C’est dire si je régresse, parce que je sais d’expérience qu’on trouve beaucoup de choses, sur la Toile, mais plutôt dans la catégorie immondices en tous genres.

N’empêche, je m’inscris pour participer à un forum vegan, après avoir fait un petit tour sur ce qui existe sur le Web. Je me dis qu’il y a bien ici quelques personnes dans mon genre, des néo-convertis qui ont le plus grand mal à faire leur deuil des côtelettes de porc et du double cheeseburger.

Sauf que ça ne tourne pas comme je l’espérais…

Je balance un post complètement honnête sur le fait que j’ai arrêté la viande – je mange tout de même du poisson et des fruits de mer, ajouté-je en toute transparence -, mais que les plats en sauce me manquent, que c’est dur, est-ce normal ? Combien de temps faut-il pour que ça passe ?

Et là, on me tombe dessus à bras raccourcis :

— Comment est-ce que j’ose venir souiller un temple du véganisme alors que je mange des pauvres poissons ?

— Est-ce que j’ai au moins eu la décence d’arrêter les œufs ? Et le lait ? Les yaourts ? Et le fromage?

Non ? Et bien je suis responsable de la torture infligée à des dizaines de millions de poules et de vaches, atrocement exploitées pour mon sale petit confort égoïste. Sans parler des millions de poussins mâles broyés après qu’ils aient à peine vu le jour, parce qu’un coq, ça ne pond pas. Donc, on les massacre de la pire des façons. Pour le reste, ai-je sérieusement songé à la souffrance de la langoustine qu’on ébouillante ? Ne suis-je donc pas une sorte de nazi, en pire, venu provoquer les véritables sauveurs de la planète ? Hum ?

S’ensuit un débat confus au sujet des huîtres et des moules. Un intervenant avance qu’on peut en manger, parce que ça n’a pas de cerveau, un coquillage, on peut même considérer que d’un certain point de vue, ce n’est pas vraiment un animal.

Le pauvre type se fait sèchement renvoyer dans les cordes par l’un des Grands Prêtres du Temple : « Les coquillages, ça possède un système nerveux. Donc ça souffre. Point barre. Et dehors, le fasciste qui prend la défense du nazillon ! »

Lâchement, je prends le large au moment où on m’interroge sur le sort que je réserve aux moustiques l’été.

Je me déconnecte.

§

Un week-end, je me retrouve à la campagne – je hais la campagne, mais je n’ai pas le temps de vous raconter le concours de circonstances qui m’a amené ici. Je passe devant un champ peuplé de vaches. Elles sont très belles, dans les tons blancs et noirs. Il émane d’elles une force tranquille, une sorte de bienveillance même. Je m’arrête au bord de la route et je descends de la voiture pour m’approcher de l’enclos.

L’une d’elle se tourne vers moi. Elle continue de mâchonner un peu de foin, tout en me dévisageant. Dans son regard, je ne sens rien. Pas une once de reconnaissance. Pas la moindre petite lueur qui dirait : « Merci, mon grand, de ce que tu fais pour nous. Tiens le coup ! Ne te laisse pas abattre ! On est avec toi ! »

Pff. Bande de sales ingrates

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Sortir

Par @AntonyAulin

Pousser les murs
De la pointe du stylo
Et que se fissurent
Les envies de bistros
Pleins à craquer

Au diable les ratures
Suivons le tempo
Pour célébrer la lecture
Les longs moments en solo
L’espoir craquelé

Désormais on mesure
Chaque jour clos
La chance pure
Qui coulait à flot
De pouvoir se déplacer

 

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Vole

Par @BernieCalling1

Vole, vole mon papa
Vole, vole retrouver ton amour
Vole, tu ne l’as pas volé
Aurait pu te chanter Céline Dion
Moi, je te dis
Merci pour les heures de lecture à deux en secouant cette feuille de papier comme le demandait la logopède. Oui-Oui ne devait pas être ta tasse de thé, mais toute la bibliothèque y est passée.
Merci pour m’avoir permis d’être ton second dans les gros travaux que tu faisais dans la maison.
Merci pour l’apprentissage du vélo.
Merci pour les jours de départ en vacances où on chargeait la voiture.
Merci pour les châteaux de sable et les bagarres contre la mer pour protéger le paravent des marées.
Merci pour tout ce que tu as apporté à ma vie, les heures de conduite accompagnée, jouer au chauffeur pour l’association dont je faisais partie.
Merci et tu vas me manquer énormément
Ta place est auprès de maman, là où tu es le plus heureux.

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La découverte

Par @PetrovskyBL

Il y a donc plus de jours à vivre
Que d’éternités à les attendre
Je n’y étais pas préparé
Mais je les savoure déjà

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Le roi de la phtalate

Par @DeuxDents

Bonjour, bonjour gentes dames,
Venez admirer cette gamme
Des produits caressant votre nez
Vos narines en seront enchantées !

Suave exhalaison florale
Fragrance Bois de Santal
Effluve épice virile
Parfums qui titillent !

Vous pouvez vous extasier
Devant ces poudres colorées
Vous rendre belle, tel est mon contrat
Votre teint vous en remerciera !

Un fard sur la joue, une ombre à paupière
Que ce soit bleu azur ou ocre terre
Quelle classe ! Quel éclat!
Votre beauté nous éblouira!

Cependant, un léger détail
Ce n’est rien, un petit rien qui vaille
Qu’on s’y attarde, c’est d’un ennui…
Eussiez-vous cru que c’était gratuit ?
Que votre peau, que votre santé
N’en soient point affectées?

Que pensiez-vous, mes très chères?
Qu’aucun prix n’y était lié ?
Le coût est celui de vos chairs
Toutes flétries et toutes ridées !

C’est que, voyez-vous mes amies,
Je ne vous rends service, que nenni !
Je suis le roi de la phtalate
Du cancer et de la stigmate!

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Conclusion avec sucre ajouté

Et voici le pdf, pour ceux qui aiment encore lire en format papier : LEPAL 2

On vous dit à bientôt, rejoignez-nous sur twitter et ne participez pas au challenge #GobeTonAubergine sauf si vous avez un bon verre d’eau !

Bises.

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Billet d’humeur #4

Un ami nous a fait parvenir ce petit moment d’humeur enfermé chez lui en ces instants où nous luttons contre un ennemi qui n’est invisible que parce que nous avons une mauvaise vue. Ledit ami est sous le coup d’une restriction de ses agissements sur twitter et perdu dans son isolement, il divague. Épisode #4

Point-virgule

par @PetrovskyBL

On m’a fait remarquer, à juste titre ou pas mais la personne qui a osé a toutes les raisons de ne pas avoir tort, que j’utilisais trop, et trop mal, les points-virgules. Ce billet sera donc (je préviens !), en plus de ce qu’il devait être à la base, une anarchie, une rébellion, contre le parfait usage de la ponctuation ; et il y aura quatre points-virgules, dont celui que vous venez de passer, ni plus, ni moins, pour lutter contre leur extinction programmée par des réformistes sanguinaires à l’apnée médiocre. Que voulez-vous ? C’est mon côté sauvegarde-des-espèces-en-voie-de-disparition. J’ai d’ailleurs chez moi une femelle dodo vivante de toute beauté, prénommée Micheline, que beaucoup d’insulaires et d’ornithologues m’envieraient. Ce signe, le point-virgule — suivez un peu bon sang — peut servir à tout un tas de choses puisque son origine et ses premiers emplois sont flous, mais il est communément admis qu’il permet principalement de séparer les parties d’une phrase qui n’ont pas de lien entre elles, ou de faire une pause dans une phrase trop longue, notamment quand ladite phrase est déjà remplie de virgules qui auraient perdu le lecteur dans les méandres de la pensée d’un auteur tenté de croire, sans qu’on en ait de certitude, qu’un point trop rapidement posé est l’ennemi du bien, et que la langueur monotone des circonvolutions d’une interminable mélopée godillant de ponctuation en ponctuation résonne à l’oreille des liseurs comme le son feutré et grisant d’un string qu’on claque sur un fessier dont le sexe (ou le règne) ne regarde que les mœurs de celui ou celle qui le convoite. Le point-virgule sauve donc des vies en autorisant une légère respiration au lecteur qui sans cela tournerait au violet, ou au bleu, ou au vert pour ceux de nos congénères souffrant de tritanopie, sous l’absence d’oxygène et mourrait mollement dans un râle baveux dégoûtant. C’est que respirer est un réflexe qui a permis à notre espèce, et à toutes celles dites aérobie – rien à voir avec la gymnastique matinale – de survivre, de procréer sereinement sans s’étouffer et d’envahir la surface du globe tranquillement jusqu’à ce jour de retour de bâton où un pangolin a asphyxié l’humanité et nous oblige à côtoyer de près des proches devenus trop proches. Je n’ai pas ce problème car je suis très heureux de passer plus de temps avec ma douce, même si cette période est synonyme d’un surcroît d’activité pour nous-deux, et qu’elle m’éloigne tristement de cette machine automatique à café aux chromes tapageurs qui était devenue ma maîtresse de pauses ; enfermé je bois maintenant de l’eau chaude avec tout un tas de plantes dedans, ma compagne d’infortune, et de vie, appelle cela du thé et prétend que c’est très bon pour ce que j’ai (même si j’ignore ce que je suis censé avoir) mais je vois bien que c’est pour nommer l’innommable, ou pour m’amadouer, et elle y arrive en plus, c’est parce que je suis une bonne pâte et que je me laisse faire ; par contre qu’est-ce que ça fait pisser ! Mais penchons-nous, sans tout de même laisser notre fondement et ses orifices accessibles aux plus affamés des confinés, je vous rappelle qu’il faut garder ses distances, et que cela vaut pour toutes les parties du corps ; penchons-nous donc sur cette humanité recluse à la manière d’un vieil ermite malodorant au sommet d’une montagne qui n’attire que les pandas belliqueux et les producteurs de dessins animés. Puisqu’on parle de respirer au milieu d’une tirade trop longue — le point-virgule toujours — interrogeons-nous. Cette pause horrible demandée par la nature à notre espèce humanoïde, absolument pas enviée par aucune autre, humanoïde ou pas, de l’univers qui serait capable de nous contacter, car aucune ne l’a fait, ce qui prouve (monsieur le juge !) qu’on doit être sacrément peu désirables, ou que leur système postal est aussi détestable que nos livreurs de colis qui prétendent qu’on n’est jamais chez nous, même quand c’est le docteur qui nous y oblige. Personnellement je vais faire montre d’honnêteté et attribuer cette attitude énervante des services de messagerie aux dysfonctionnements chroniques de notre interphone, que notre propriétaire, qui a la chance de posséder tout l’immeuble et de vivre au dernier étage de celui-ci, ne trouve pas assez rentable de réparer, nous offrant ainsi de nous muscler les cuisses, ou d’user un peu plus notre ascenseur vieillissant, pour descendre ouvrir aux rares visiteurs qui ne se seraient pas enfuis au beau milieu de cette attente effroyable. Cette pause, revenons-y enfin (et relisez tout ce qui précède si vous êtes perdus, en prenant des notes cette fois, merci), que notre humanité donne à la planète, a de plus en plus bonne presse auprès de ceux qui pensent que nous nous en relèverons plus forts, plus que jamais citoyens de notre agora bienveillante qui sera née de cette période de distanciation forcée. Avons-nous tenu nos promesses après les attentats dits « de Charlie Hebdo » ? Non. Depuis le premier que fut le procès intenté contre eux en 2007 et contre la liberté d’expression (car oui c’était un attentat, je n’ai pas honte de l’affirmer), à celui qui vit disparaître ceux qui m’avaient (nous avaient) tant apporté et qui ouvraient leurs gueules quand nous n’étions que trop pleutres pour seulement tiquer. Après ces attaques, nous devions renaître plus soudés, on se l’était juré, il n’en a rien été. Ceux qui disent #JeSuisCharlie sont les premiers à hurler quand la liberté de blâmer les atteint, et ce, même quand ils bossent dans un canard qui se revendique de Beaumarchais et de son plus grand héros. Après le Bataclan : rebelote, nous étions #TousEnTerrasse, mon foie a pris un sacré coup mais aujourd’hui après qu’on se soit encore une fois promis que plus jamais on ne serait désunis, il n’en reste plus rien, c’est oublié. Alors des #RestezChezVous aux applaudissements de façades qui n’acclament qu’une infime proportion (même si elle le mérite mille fois) de ceux qui se battent, en délaissant tous ces métiers de l’ombre qui continuent de faire tourner le monde, aux hashtags les plus inventifs pour attirer les badauds, et j’en fais tristement partie, badaud côté pile, charmeur de serpents côté face, il n’y aura aucun héritage. C’est en homme pessimiste, heureux cependant d’être enfermé avec mon petit Soleil et bientôt libéré, que je regarderai les bonnes intentions du moment se dissoudre dans les marécages acides du quotidien qui nous aura rejoints avec son aréopage de réalités et d’actes manqués à vomir.

ps : je ne suis plus banni.

Billet d’humeur #3

Un ami nous a fait parvenir ce petit moment d’humeur enfermé chez lui en ces instants où nous luttons contre un ennemi qui n’est invisible que parce que nous avons une mauvaise vue. Ledit ami est sous le coup d’une restriction de ses agissements sur twitter et perdu dans son isolement, il divague. Épisode #3

Le chant de la mouette

par @PetrovskyBL

Ça ne chante pas une mouette, ça rit puis ça hurle. Ça ne sait faire que ça. Ça dort un peu. Ça chie beaucoup, car ça mange tout autant et ça a un système digestif finalement assez court, il n’y a en effet pas besoin d’une énergie démentielle pour envoyer en l’air ce volatile dont les os sont aussi creux que les pensées d’un bigot face à une capote anglaise. Ou face à ma soeur si j’en avais une. Depuis ma maison devenue prison, depuis que l’on m’a banni, depuis que nous avons tous l’impression d’être dans un mauvais film, je pense à la mouette comme d’autres pensent au cygne majestueux qui danse sur ses pointes et meurt devant le public. Je suis la mort rieuse. Car oui, c’est peut-être plus drôle en ce moment de mourir que de rester. Tant partent qui laissent les damnés guéris, ou pas encore malades, avec leurs larmes. C’est triste de vivre, mais la mouette rit. Elle se fout légèrement de nous, elle sera là demain encore à grignoter des vers puisque nos déchets seront morts avec nous, et que ces lombrics nous prendront notre sève, notre chair. Ça ne vit pas vieux une mouette, et parfois même moins quand ça se prend une voiture lancée trop vite entre un chez-soi exigu et la tablée d’une belle-mère un dimanche de cris d’enfants. Mais il n’y a plus de voitures maintenant, et les enfants crient de peur de ne jamais grandir ; ce maudit Pan qui ne le voulait pas, lui, maintenant il en rêverait. Je n’ai toujours pas de caillou à jeter à cette mouette, je ne sais même pas si c’est celle d’hier ou une de ses soeurs, ou cousines, ou cousin, j’en sais quoi, moi, de l’arbre généalogique de ces piafs et de leurs sexes ? Je fais d’un oeil le tour de la pièce qui me calfeutre, il n’y a rien à lancer, rien qui ne me soit devenu que trop précieux aujourd’hui. Tout ce que je ne voulais plus, pour rien au monde maintenant je ne m’en séparerais. Tout m’accompagnera dans cette tombe où je gis déjà accoudé à la fenêtre. Gésir. Voilà un joli verbe que je n’aurais pas assez employé. Gésir. Comme les rois et les reines qui seuls gisent alors que nous nous décomposons, et que je regarde ma mouette qui n’a aucune attention pour moi. Je vais refermer la fenêtre et si demain je me lève, je reviendrai la voir, cette pétasse, qui sera encore là quand je serai mort à manger des papiers dans cette poubelle des quais de Seine que le vent agite bien gentiment.

Billet d’humeur #2

Un ami nous a fait parvenir ce petit moment d’humeur enfermé chez lui en ces instants où nous luttons contre un ennemi qui n’est invisible que parce que nous avons une mauvaise vue. Ledit ami est sous le coup d’une restriction de ses agissements sur twitter et perdu dans son isolement, il divague. Épisode #2

1000 mots tout pile !

par @PetrovskyBL

Il ne faut jamais commencer un texte en parlant de la météo et du temps qui passe. Le génie qui a écrit ça n’a jamais vécu en confinement, et n’a jamais été banni de Twitter (ou j’ai une petite aigreur et ça risque de ressortir dans plusieurs billets). Alors en la mémoire de celui qui, caché quelque part dans l’Internet des donneurs de leçon, érige les règles qui doivent faire de nous de meilleurs écrivains, mais toujours moins bon que lui pour qu’il garde sa suprématie, je vais vous dire qu’il fait beau et que le temps semble s’étirer comme un long ruban infini de morve. J’utilise le masculin parce que ma maudite langue n’a pas de neutre, ce qui est d’une débilité sans nom et prouve bien qu’à un moment précis de notre histoire une bande de mecs s’est réunie pour établir qu’ils allaient prendre la main sur toute la population humaine, gonzesses comprises, et balancer par la fenêtre tout ce qui pourrait nuire à cette suprématie. Monde de merde. Je glisse deux trois lieux communs de telle sorte qu’on soit sur la même longueur d’onde : manger ou être mangé (maxime qui se révèle aussi être un excellent exercice de conjugaison pour les massacreurs d’orthographe et de grammaire du web – et non je ne suis pas un grammar-nazi, mais si j’écris « mangé ou être manger » ben ça ne veut pas du tout dire la même chose ; alors, écrivez comme vous voulez, mais rendez-le compréhensible bordel de nom d’un p’tit bonhomme en bois). Donc, vous voyez vous me faites digresser, manger ou être mangé. Chacun se grimpe dessus, on est ravi de donner un coup de main, mais faut que ça se voit, faut qu’on parle de nous. Même ceux dont c’est la vocation se médiatisent comme des bimbos à (trop) gros tétés sur des écrans plats comme leurs encéphalogrammes. Les bigots en tout genre, les patrons d’industries, les mécènes, les guides spirituels (dont on espère que la plupart toussent, car sans vouloir leur mort, pendant qu’ils font ça, ils nous emmerdent moins) et mon voisin qui a cru bon de mettre une affiche dans l’escalier et de la signer de manière assez explicite afin qu’on le reconnaisse bien. Il s’y est tellement bien pris qu’après avoir lu son message, sa signature m’a tellement subjugué que j’ai complètement oublié de quoi il voulait parler. Il fait beau donc, et les gens profitent de chaque instant donné pour se montrer supérieurs. Même simplement « merci » relève de l’art de passer au-dessus de celui qui nous a rendu service. On répond à ces mails de collègues qui nous apportent la donnée indispensable qu’on attendait depuis des jours par un : « merci Machin, grâce à toi je vais enfin pouvoir avancer mon truc formidable qui révolutionnera l’univers ». Analysons cette phrase. Elle commence bien « merci Machin », sobre, efficace ; les variantes boboïsanto-cadre-supérieurs « merci à toi » ou « merci pour l’équipe » sont toutes deux valables, quoi qu’elles amènent une petite envie de gerber supplémentaire. « grâce à toi », sublime, on reconnaît dans l’auteur de la missive à laquelle on répond qu’il a contribué à nous sortir d’une merde noire ; certains utilisent aussi cette formule avec beaucoup d’ironie, mais cela présuppose que les autres lecteurs et le récipiendaire aient une capacité intellectuelle légèrement au-dessus de celle de la fougère, et rien n’est moins sûr à ce stade d’anthropophagie bureaucratique. « je vais enfin pouvoir avancer », et bim ! dans ta face ; ça fait des mois qu’on poireaute espèce de dégénéré et c’est maintenant que tu daignes te sortir les doigts du rectum pour faire quelque chose de correct de ta vie, branleur. « mon truc » c’est le mien à moi, le plus beau le plus doux le plus indispensable que tu sais pas encore que tu ne pourras plus t’en passer mais je te le dis déjà c’t’une tuerie ; pas mieux comme explication. « formidable qui révolutionnera l’univers » on touche au sublime, comme disait l’autre (je ne le cite plus parce qu’il a écrit du génial mais il pensait comme un anus atrophié gorgé d’hémorroïdes), c’est l’infini mis à la portée des caniches. Voilà. Quelle autre démonstration voulez-vous ? Ne recevez-vous pas, et surtout, bande d’infâmes prétentieux du bon-cœur gratos mais avec Taxe Insipide du Tout Pour Moi Les Trous-d’Balles (TITPMLB, on y reviendra un jour, retenez le concept), n’écrivez-vous pas vous-même ce genre de messages ? Avouez ! Et même si vous n’avouez pas, je le sais, je le sens ; et je le fais aussi. Évidemment, vous ne pensez tout de même pas que je vais laisser Bidule du service marketing ou Trucmuche du cinquième étage de mon immeuble, s’accorder une gloire qui aura déjà assez de mal à couvrir mes épaules larges comme celles de mille Titans ? Faut pas déconner. Il fait beau. Cette conne de mouette ou une de ses cousines est revenue. Je ne sais même plus ce que je voulais vous dire, et pourtant je sens que c’était très important. Alors, adulez-moi comme si je vous avais raconté l’histoire du siècle, parlez-en autour de vous, que la plèbe s’en délecte également. Et si vous croisez mon salopard de voisin, vous lui direz que ce n’est pas le moment de faire des travaux de percement en plein confinement, ça peut rendre les voisins du dessous légèrement irritables, et contrairement à lui ces mêmes voisins ont fait les études scientifiques, notamment en chimie, nécessaires pour lui rendre la vie tout à fait misérable, il n’aura jamais assez de PQ pour tenir ces années d’isolement social qui se profilent à l’horizon. Quoi ? Vous croyez vraiment que ça ne va durer que quelques semaines ? Les portes se rouvriront, oui, mais vous verrez, l’isolement enroulé dans son drap trompeur de bienfaisance, de fraternité, d’amour mutuel et de vivre-ensemble, cet isolement des âmes ne se rencontrant que pour s’affronter ne fait que commencer. Bon combat à tous. La nature saura réguler le reste, faisons-lui confiance, elle est déjà en train de le faire.

Première Édition – 23 mars 2020

 

Sommaire

Édito au gluten
Monothéisme ta mère ! (texte court)
Syndrome d’Immuno-Empathie Acquise (texte court)
Grain de riz (texte très court)
La messe est dite (poème)
Dissonance-TV (poème)
Conclusion avec sucre ajouté



Edito au gluten

Les réseaux sociaux et leur morale m’ont pris de court, moi et toute une bande de gens qui pensaient y trouver un moyen libre d’expression loin de la censure des média traditionnels. Lapalissade médiocre mais jetée au devant de la réalité avec l’apparition d’un ennemi qu’on ne soupçonnait pas de pouvoir exister : la team premier degré. Des profondeurs du néant, la sous-couche des infâmes choqués de tout, s’érigeant en chevaliers blancs d’une droiture de pensée qui ne fait que servir leur propre intérêt médiatique, parcourt les réseaux et tabasse tous ceux qui ne pensent pas comme eux ou ouvrent la brèche d’une moquerie acerbe, prêtant le dos au bâton de leur police des mœurs modernes. Ici nous leur disons merde.

Premier numéro, pas le dernier. Alors que nous sommes tous confinés, on s’occupe et on a envie d’gueuler, et de publier des conneries aussi grosses que nous sommes en train de devenir, sous les assauts de hordes de knackis et de pots de pâtes à tartiner qui s’étalent sur nos pains au lait bourrés de gluten.

Bonne lecture !

Branchez votre mode #SecondDegré !

Et si la moindre chose vous offusque, allez donc jouer sur l’autoroute !

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Monothéisme ta mère !

par @PetrovskyBL

Au début ça devait juste être une réunion pour comprendre pourquoi les habitants de la région chiaient liquide. Les soupçons se portèrent rapidement sur les cochons d’un des fermiers dont les enclos étaient proches d’une zone marécageuse, nauséabonde et où on jetait les déchets de nos repas. Au dernier banquet l’odeur des brochettes ne donnait pas envie de s’en mettre plein le bide d’après eux. Ce soir-là je m’étais contenté de picoler et de me taper les gonzesses d’un ou deux potes qui avaient envie de s’amuser pendant que la mienne se faisait refaire le dentier par un voyageur de passage. Une soirée bien tranquille, mais je n’avais pas d’appétit. Ce n’est que le lendemain que les sphincters des plus jeunes et des plus fragiles ont commencé à montrer des signes de faiblesse. 
Un des vieux du bas du village qui avait pour habitude d’aller mater les gosses devant le lavoir collectif, a été le premier à dégobiller sur la tronche du gamin du forgeron alors qu’il essayait de lui montrer un truc caché dans la doublure de sa toge. Peu à peu de nombreux villageois se mirent à recracher par tous les orifices possibles le contenu de leur estomac.

On décida donc de réunir le grand conseil, en tout cas ceux du grand conseil qui avaient été épargnés par la carne daubée.
Je dus m’y rendre pour remplacer ma daronne obligée de garder mon paternel qui devait tenir la couche car il souillait trop la sienne. Toutes les femmes durent d’ailleurs s’y faire remplacer par un proche car, curieusement moins touchées, elles avaient préféré rester auprès des leurs pour s’occuper d’eux. Il n’y avait aucune raison, pensaient-elles, que l’assemblée des sages décidât quoi que ce soit qui ne saurait aller dans le sens du bien collectif. Cela faisait des siècles qu’il en était ainsi et ainsi en serait-il toujours, alors autant s’occuper de ceux qu’elles aimaient.

Pendant qu’elles pansaient nos maux, dans l’enceinte de l’assemblée qui devait trouver les solutions pour nous sortir de là, ça gueulait sec dans tous les sens, les dieux furent interpellés un à un pour déterminer auquel il faudrait faire un sacrifice afin d’endiguer cette épidémie. Personne n’était d’accord avec personne évidemment. Chacun invoquait sa divinité préférée. Moi, j’avais juste envie que ça se termine pour retourner dans ma cahute. L’envie d’un huitième gosse me prenait et je n’avais pas l’intention que ma femme le conçoive avec le voyageur rencontré la veille. L’hiver d’avant nous avions perdu les trois plus jeunes, et il fallait qu’on ait des bras rapidement pour aider à la cueillette. Les enfants faisaient de parfaits ouvriers pour ces tâches. L’érection qui survint à cette pensée d’un moment de perpétuation de l’espèce, ne laissa pas de doute sur mon besoin du moment et je me dis qu’il était temps que cette discussion avance avant que mon engouement ne se remarque trop sous le frêle tissu que je portais.

— Et si on attribuait ça à une entité supérieure à toutes les autres. Une sorte de super-dieu, proposai-je, à regret aujourd’hui. Cela nous éviterait de perdre du temps et on pourrait passer à autre chose.
Personne ne dit rien pendant un temps qui me parut trop long pour que mon membre tendu sous mes vêtements ne me semble pas devenir le centre de l’attraction générale. Puis, le blondinet, qu’on soupçonnait avoir été adopté d’une tribu plus au Nord par des parents qui se disaient stériles et qui faisait office d’éleveur de lombrics pour la communauté me relança :
— Ah ouaip ? Et on va la faire sortir d’où ta super divinité. On a un panthéon qui tient à peu près la route, on ne va pas tout foutre en l’air parce que t’es pressé de sortir te la fourrer au chaud !
Je savais, moi, que ses parents n’étaient pas stériles, ils étaient tout simplement anthropophages et ils bouffaient leurs nouveau-nés. C’était un peu honteux, la réminiscence d’une vieille tradition, mais l’addiction était parfois trop forte pour les adeptes les plus orthodoxes.
— On a qu’à dire, tentai-je pour accélérer le pas, qu’il nous est apparu pendant la réunion. Franchement les gars, on ne sait pas soigner les maladies, mais à chaque fois qu’on leur fait croire qu’un clampin assis sur un nuage peut gérer leurs malheurs, tous ces abrutis y croient aussi fort que quand la fille du vieux de la forêt se pointe pour nous laisser penser qu’on va pouvoir se la faire, et disparaît aussitôt qu’elle a rempli deux outres de lait de chèvre.
— C’est vrai qu’elle est sacrément gaulée la rouquine, rêvassa mon voisin l’écailleur d’œufs de cailles.
— En tout cas, repris-je, ils se concentrent là-dessus plutôt que de nous demander des comptes. Non, vraiment, si on veut avoir la vie peinarde et retourner à nos orgies, faut qu’on pose un truc costaud et un chouïa fédérateur. Le coup du dieu unique, si on le fait propre, ça peut marcher.
— Et on l’assied comment en haut de la hiérarchie, ton dieu ? interrogea l’épouilleur.
— D’ailleurs, insista l’attrapeur de mouches avec du vinaigre, mec ou gonzesse ? Non, je demande ça parce qu’il y a quelques milliers de saisons elles nous ont collé leur déesse de la fécondité, et on en a chié pour rééquilibrer leur délire et reprendre le dessus. Alors, dans un truc avec plusieurs dieux, un semblant de parité j’veux bien, ça noie le poisson, mais s’il ne doit en rester qu’un, moi j’vous dit, faut que ce soit un gars, sinon on n’en sortira jamais.
— Oui, puis faut le faire bien méchant, trouva bon de surenchérir l’asticoteur de troncs. Genre il aurait déjà décimé l’humanité deux ou trois fois avec de la flotte et tout et tout.
— Mais carrément, rebondit heureux l’épilateur d’oursins, et faut mettre les frangines dans le coup. Faut que ce soit à cause d’elles que tout est parti en cacahuète une de ces fois-là.
— Toutes les fois même, dit l’asticoteur de troncs reprenant la parole en même temps que la paternité de son idée, si on n’veut pas qu’elles essayent de nous la faire à l’envers faut qu’on leur colle bien profond la culpabilité de toutes les saloperies présentes et à venir.
— Pas si vite les gars, s’insurgea le tripoteur de triporteurs, j’arrive pas à tout retenir. Faut pas en perdre une miette, tiens, si on gravait des petits signes dans l’argiles et qu’on leur attribuait une signification pour se souvenir de tout ce qu’on vient de dire ?
Il avait de drôles d’idées, celle-ci fut immédiatement mise de côté, il n’était pas question d’inventer quoi que ce soit qui aurait pu laisser une trace de notre complot.
La petite horde était devenue hors de contrôle. La suite de ce capharnaüm, comme tout le monde je n’ai fait que le subir, j’étais sorti de la hutte pour essayer de tringler, si ce n’était ma propre femme, au moins quelque chose de potable qui n’était pas encore en train de vider ses tripes dans un coin. 

À l’intérieur, ils continuèrent jusqu’au petit matin, profitant tous de l’aubaine pour y aller de leurs petites revendications et refiler à ce nouveau dieu des volontés saugrenues qui faisaient bien leur affaire.

Bien sûr la consommation des cochons fut interdite, il fallait bien donner un peu de consistance sanitaire à tout ce merdier dictatorial, mais en plus, deux ou trois moches qui en avaient ras-le-bol de voir leur femme se faire brouter par les voisins alors qu’eux même n’avaient plus la force de leur apporter le moindre plaisir, imposèrent d’un coup la monogamie et le délit d’adultère… pour les femmes uniquement cela allait de soi. Ils décidèrent des tenues que chacun devrait porter. Les hommes se gardèrent l’accès à l’éducation, à la chasse, le droit de se rassembler et d’être libre, les femmes devraient servir à la reproduction et à tout ce que les mâles trouvaient trop ennuyeux, il leur fut interdit de se promener en-dehors du foyer et de parler sans y être invitées. Les jours qui seraient travaillés et de ceux qui seraient chômés pour rendre hommage au despote fraichement démoulé devinrent strictement régis. Ainsi, par ma faute et mon empressement, s’établirent les fondements de l’existence de leur nouveau super copain invisible qui devait les aider à régner sur la Terre et sur l’autre moitié de l’humanité qui était restée s’occuper des plus faibles dont certains, bientôt remis sur pieds, seraient les premiers à leur imposer les nouvelles lois de cette nouvelle ère d’ignorance et d’asservissement.

Et moi ? Moi, je pris la mienne par la taille et nous partîmes le plus vite possible. Nous n’avions aucune envie de voir la suite de cette mascarade. J’espérais qu’un de nos lointains cousins pourrait nous accueillir un peu plus à l’ouest, le voyageur qui s’était bien occupé de ma compagne nous suivit un temps, jusqu’à ce qu’elle tombât enceinte et devienne moins à son goût. Aujourd’hui, installés loin de ces tourments, nous avons de temps à autre des rumeurs colportées par des caravaniers. Le pouvoir de notre ancienne tribu s’étend, elle convertit les faibles qui veulent dominer ceux qui ne voulaient que vivre paisiblement, sans heurt.

Impardonnable et meurtri d’avoir offert cette horreur au monde, j’attends maintenant une mort qui ne sera que trop douce au regard de mon héritage ; entouré de ces enfants qui naissent et meurent plus vite que les arbres fruitiers et de cette femme qui me sourit comme si j’étais innocent.

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Syndrome d’Immuno-Empathie Acquise

Par @WapinBlanc

Je ne m’y attendais pas moi, quand je l’ai vue débarquer dans ma boîte à messages. Au début je pensais que c’était une farce. Mais j’ai dû me rendre à l’évidence, elle ne plaisantait pas. Les mots « J’ai le SIDA » étaient écrits en toutes lettres sur mon écran.

Je ne sais plus trop ce que j’ai répondu mais clairement, elle y a vu de la compassion. En confiance, elle a commencé à me raconter comment c’était arrivé. Pire. Elle m’a demandé si elle pouvait passer.

Pour le coup, ça m’arrangeait moyen moi, son SIDA. Il me restait mille préparatifs pour la réunion du lendemain. Et puis j’étais pas trop sûr. On se connaissait pas si bien que ça. Je dois bien l’avouer, même si je l’avais jadis trouvée mignonne, l’annonce de sa maladie venait de mettre fin à mon intérêt pour elle.

Bref, elle s’est quand-même pointée, a enchaîné quelques banalités, m’a dit merci pour mon oreille attentive. Je suis un véritable ami. La suite, je sais plus, j’étais concentré, en train de coller les stickers sur mes affiches. Elle m’a proposé de l’aide pour tout terminer.

Bien sûr, elle a sangloté un peu, étalé sa morve beaucoup, et puis elle a utilisé beaucoup de phrases toutes faites. J’avais oublié à quel point c’était une championne en la matière. C’était pas faute d’avoir liké ses posts pendant trois ans, pourtant.

« Enfin, tout ce qui ne me tue pas me rend plus forte ! »

J’ai entendu un bruit assourdissant. La terre venait de trembler. Normal. Tous les médecins de l’univers, vivants, morts, ou à naître, se sont probablement frappés le front de la paume de leur main, à l’unisson, à l’écoute de cette aberration médicale.

À défaut de l’eau chaude, elle venait d’inventer le SIDA qui rend plus fort.

Consterné, j’ai laissé le silence s’installer. Grossière erreur. Elle en a profité pour se remettre à chialer. Et mon Walkman était déchargé. Si au moins j’avais des piles de rechange. Mais non, il a fallu que je l’affronte sans munitions. Et c’est ainsi que je me suis retrouvé où je suis : dans mon salon, à consoler cette emmerdeuse qui, non contente de glapir sans arrêt, n’a terminé que cinq affiches depuis son arrivée.

J’ai envie de lui hurler qu’elle est foutue, cramée, que c’est terminé, clap de fin des haricots. Je reste là, en face d’elle, et je manque lui faire rentrer ses putain de cernes dans la gorge. Tiens ? Ça commence à se voir d’ailleurs, son truc, là. Mais je me contiens. Après six ans à jouer les peluches pastel sur les réseaux sociaux, je suis rôdé à l’exercice.

Je tente l’apaisement. Une tape, deux, puis trois sur son épaule. Je risque un : « Là… Là..» qui, je l’espère, sonnera comme bienveillant. J’acquiesce, je souris, j’abonde dans son sens. Je suis quelqu’un de délicat, après tout. J’ai trois mille six cents followers pour le confirmer.

C’est quoi le temps minimum nécessaire pour ne pas paraître sans cœur ? 12 secondes, ça ira ?

Je commence à bailler, j’exagère le trait, il faut qu’elle dégage. Je me lève tôt demain. J’ai encore un avenir, moi. Elle comprend le message, et je la vois, pitoyable, en train de ramasser ses affaires. Sauf qu’elle s’accroche :

« On pourra se revoir pour parler ? J’ai vraiment besoin d’un ami ».

Je ne réponds rien, je hoche la tête en silence, consterné, me demandant encore comment j’en suis arrivé là. La rançon de la gloire, je suppose. Ma réputation m’a trop bien précédé.

« D’accord, je t’appelle alors. C’est quoi déjà ton téléphone ?

— Un Galaxy S10

— Non, je veux dire…

— Il prend des super photos. Deux caméras de 12 Mpx et une de 16…

— Non je…

— CPU Octa-core à 2.7 Ghz, batterie 3400 mAh… »

Message reçu. Elle me fait un sourire triste. Me fait la bise. Me remercie encore. Elle sort.

Pas trop tôt.

Bon, dodo. Ça m’a épuisé moi, ce rendez-vous psy. D’ailleurs, plus que deux et ça lui fera une trithérapie. Il faut bien commencer quelque part.

Demain, c’est la journée de la femme, je dois être en forme pour aller aux manifestations. Tiphaine et toutes ses copines seront-là, c’est une occasion unique de montrer mon féminisme. Et puis, ensuite, je pourrai poster les photos sur Twitter. Elles en raffolent.

Oh, je sais ce que vous allez dire d’elles. Et c’est vrai.

La plupart de ces personnages sont des gens sans consistance, sans révolte ni passion. Des gens banals qui se choquent de tout et ne croient même pas en leurs propres paroles. Ils errent à la recherche de communautés constituées de gens comme eux, qui n’ont plus d’intérêt particulier pour leur propre vie, et recherchent le compliment facile pour en donner un en retour.

La plupart finit par se rendre compte qu’ils n’ont rien à se dire et continuent uniquement leur valse égocentrique pour le plaisir d’un fix d’ego, bradé sous la forme d’un petit cœur rouge sous leur dernière élucubration. Mais qu’importe que tout le monde mente, c’est gratuit, ça réconforte et c’est à la mode.

Et puis c’est une communauté facile à aborder.

Il suffit de quelques mots doux, afficher le drapeau LGBT à côté de son pseudo, de relancer de quinze smileys, et vous voilà dans le cercle, sans mauvais jeu de mots. Ensuite il ne vous reste plus qu’à vous offusquer de tout ce qui ne rentre pas dans le moule pour marquer des points auprès des plus crédules. La peur d’un mouvement de masse — par opposition à un mouvement de foule qui est organisé et réfléchi — fera le reste face à ceux qui voient clair dans votre jeu. Et vous aurez l’humanité à vos pieds.

Je suis le maître de ces lieux, de cette société infantilisée à l’extrême, au sein de laquelle on vous dit quand vous pouvez rire, quand vous pouvez penser, et quand vous devez la fermer.

Mais à présent que je glisse vers Morphée, je dois avouer que je suis pris de remords. Je me demande si je n’ai pas fait une immense connerie en la laissant partir toute seule.
Imaginez qu’elle se suicide.
Le Sidaction est dans deux semaines, et les anciens de Starmania viendront chanter en ville. C’était l’occasion unique de faire un jeu concours, d’obtenir des passes backstage grâce à ma nouvelle amie à qui l’on ne peut rien refuser, de faire 4 500 likes, et enfin sauter Tiphaine.
C’était une erreur de ne pas prendre son numéro.
Mais bon, après tout, je ne suis qu’un humain comme les autres.

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Grain de riz

Par @MetalAssBender

Au détour des mansardes d’une demeure cossue, un couple d’habiles édiles se retrouve au soir d’une journée bien remplie. Un doux regard amoureux est le prélude d’une discussion au coin du feu. L’homme, dont la carrure et le bagout imposait le respect, demanda :

— Auriez-vous une idée ma chère pour enjoliver notre gloire ?

Sans se faire prier la femme, à l’allure austère mais élégante, rétorqua :

— Figurez-vous qu’il m’est venu à l’esprit que nous pourrions faire œuvre d’humanité pour une fois. Les benêts du bourg en auraient plein les mirettes.

Une esquisse de sourire se dessina sur les lèvres du grand gaillard. D’un geste galant, il lui donna la parole. La dame aux richissimes atours avança quelques explications.

— Vous n’êtes pas sans savoir la terrible condition de ces pauvres hères du Cambodge qui traversent les mers sur des embarcations de fortune. Je me dis que, peut-être, en accueillir un dans notre mairie renforcerait notre capital sympathie auprès des grincheux. Dès lors, l’on ne pourrait plus nous taxer de ne considérer que les bourgeois.

Le bourgmestre écarquilla ses yeux. Sa mine ébahie laissa penser à son épouse qu’elle avait tapé juste. D’une voix rocailleuse, il ajouta :

— C’est une excellente idée ma chère. En plus, nous n’aurions pas à le rétribuer grassement vu d’où il vient, et il ne se courroucera pas de faire plus de trente-cinq heures par semaine. C’est magnifique tant d’ingéniosité !

En riant, la matrone ajouta :

— J’ai déjà tout préparé, j’étais sûre que vous seriez d’accord. Les papiers sont en règle mais je vous avoue qu’il a un nom à dormir dehors. J’ai pris la liberté de le rebaptiser. Grain-de-riz, c’est ainsi qu’il se nommera sur le registre d’état civil. Il était kinésithérapeute dans son pays, il parait qu’il fait d’excellent massages !

Le bon mari déposa un chaste baiser sur les lèvres de sa radieuse épouse. Il la serra dans ses bras et acheva la discussion d’une parole mémorable :

— C’est quand même beau la politique ! Non ?

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La messe est dite

Par @FRoukine

Qu’il en appelle à ma rage
Ô désespoir
Je lui passe une couche de cirage
Ô la bonne poire

Son jus n’a plus de goût
Fallait bien placer une rime avec fesse
Elle arrive, vieux grigou
Puisque sous les liards, tu t’affaisses

Encore du veaux, vaches, cochons
Adieu la métrique
Autant s’en friser le bichon
Des ennuis gastriques

Car si le vers solidaire ironise
Les gents comptant s’en gondolent
Clair, comme canal plus à Venise
Où le samedi, ça dégonde la doll

Lui invoquait ton courroux
Dix vins
Et je finis sur mon cul roux
Maudit écrivain

La faim s’impose subite
J’aime la bite
Être mise sur orbite
La messe est dite

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Dissonance-TV

Par @DeuxDents

Les images crachées
Par la virale télé
Aiguise la malice
Et incohérence complice

« J’me protège, MOI! »
Professe-t-elle derrière son masque,
Mains gantées et Purell d’attaque
En appui à ce discours sur ses frasques,
Descend son voile, se lèche un doigt
Tourne la page et reprend ses routines patraques

« Pourquoi prendre le service de livraison,
Pour deux bananes, ce serait con! »
L’arrogance bien avisée du retraité
Lui procurera cet ultime repas :
Fruits en purée, toux flambée
Et pour bien rincer, un p’tit trépas.

(les deux dernières strophes ont été inspirés d’événements vus récemment. La connerie, comme les virus, ignore les frontières…)

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Conclusion avec sucre ajouté

Et voici le pdf, pour ceux qui aiment encore lire en format papier : LEPAL Première

On vous dit à bientôt, rejoignez-nous sur twitter, mangez du beurre ou beurrez-vous la raie si vous êtes au régime, en ces temps de disette ça illuminera peut-être vos nuits.

Bises.

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